Les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagazaki

« L’utilisation de la bombe atomique alors que même en poussant le pragmatisme au maximum, ce n’était pas nécessaire, ça frôlait le péché impardonnable puisqu’il y aurait pu n’y avoir personne pour pardonner ». William S. Burroughs.

Le 6 août 1945, la ville d’Hiroshima au Japon fut frappée par une arme nouvelle à la puissance dévastatrice. « Little Boy », nom de code de la bombe atomique, semait une mort instantanée par son explosion et différée du fait des radiations. Il est estimé que le nombre de tués fut entre 100 000 et 140 0001.

Le 9 août, une autre bombe plus puissante, appelée « Fat man » s’abattit sur Nagazaki, causant à terme la mort d’entre 60 000 et 70 000 personnes.

Malgré cette terrible démonstration de force de la part des États-Unis, il fallut attendre le 14 août, pour que la Japon accepte de capituler sans conditions. Le 2 septembre 1945 la Seconde Guerre mondiale était officiellement terminée. Le bilan pour l’humanité était inouï et terrible : entre 35 et 60 millions de morts, des centaines de millions d’individus traumatisés par les deuils et les souffrances, une Europe en ruine et enfin la certitude que des villes entières pouvaient être rayées de la carte en un instant.

La bombe atomique : la science au service de la guerre 

La foi dans le progrès scientifique et humain se trouva ébranlé par la réalité de l’arme atomique et de son potentiel destructeur. L’écrivain français Albert Camus écrivit dans le journal combat daté du 8 août 1945 que « […] la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. […] la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.  » Les écrits de philosophes comme Gunther Anders : « Hiroshima est partout » ; ou ceux d’Hannah Arendt témoignent aussi de l’horreur et de la terreur suscitées par la bombe atomique. Au Japon, une littérature spécifique (Genbaku bungaku) s’est même développée sur les bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki.

La bombe atomique, fruit de la pensée et de la conjugaison de grands scientifiques, entre autres : Einstein, Oppenheimer, Fermi, Feynman, Von Neumann ; était la concrétisation du détournement de la science à des fins belliqueuses et du potentiel d’un anéantissement total de l’humanité.

Mettre un terme au conflit 

Dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’usage de « Little Boy » s’inscrivait dans la volonté américaine de terminer la guerre rapidement. Depuis le 8 mai 1945, l’Allemagne avait capitulé, pour les Américains les combats sur le front européen étaient terminés. Ces forces pouvaient donc être redistribuées pour un éventuel débarquement final au Japon. Le 26 juillet à la conférence interalliée de Postdam, le président américain Truman avait lancé un ultimatum à Tokyo. Si le Japon ne capitulait pas sans condition , il pourrait s’attendre à une « prompte et totale destruction .» Le gouvernement nippon choisit d’ignorer cet ultimatum. Soulignons que les mots de Truman n’étaient pas lancés en l’air. Une première bombe atomique avait été testée avec succès le 16 juillet à Alamogordo au Nouveau-Mexique. Le gouvernement américain entendait contraindre politiquement le Japon par une démonstration de force et ainsi s’épargner un débarquement qui aurait été très coûteux en vies humaines. En effet, lors de la phase préparatoire de l’opération Downfall – le plan de bataille visant à envahir le Japon – il fut estimé par le comité des chefs d’état-major interarmées que les victimes pourraient s’élever à 1 200 000 hommes, dont 267 000 morts2 . D’autres estimations notamment celle faite par Herbert Hoover évoquèrent le chiffre de 500 000 à

1 000 000 de tués. Ces prédictions se basaient aussi sur la coûteuse expérience acquise à la bataille d’Okinawa où près de 6 821 morts et 19 000 blessés3 furent à déplorer. Dans l’opinion publique américaine le poids de ces pertes devenait trop lourd à porter.

Un autre point à mentionner concerne les accords pris à Yalta entre les Américains et les Russes. Ces derniers prévoyaient d’entrer en guerre contre le Japon le 8 août 1945. Truman voulait empêcher les Soviétiques de s’emparer de vastes territoires en Mandchourie et dans le reste de l’Asie occupé par les Japonais. Staline aurait été dans la mesure de revendiquer des zones d’occupations au sein même du Japon. Ce contexte politique représentait déjà les prémisses de la guerre froide.

Des bombardements stratégique ?

Le 21 juillet 1945, le largage de la bombe est approuvé par le président Truman. Le choix de bombarder d’Hiroshima était, stratégiquement, pertinent sur plusieurs points. C’était une ville peuplée d’environ 250 000 habitants, importante dans l’histoire et la culture du pays. C’était aussi une base importante pour la défense du sud de l’archipel nippon. De plus, la ville avait été épargnée par des bombardements conventionnels, c’était alors l’occasion pour les Américains de mieux mesurer le potentiel destructeur de la bombe. Mentionnons que Tokyo avait déjà été largement bombardée durant les mois de février, mars et mai 1945, cent mille habitants y avaient déjà laissé la vie. Ce bombardement dit « conventionnel » causa plus de morts que celui, atomique, de Nagasaki. Les cas de Tokyo et des soixante autres villes japonaises bombardées rentraient dans le cadre du bombardement stratégique, celui-ci ayant pour but d’épuiser les ressources matérielles, économiques, et morales de l’ennemi. Cela ne suffisait pourtant pas à faire fléchir la résistance japonaise. Pour le commandement américain, le bombardement atomique par sa démonstration de puissance devait être apte à subjuguer l’adversaire et à le faire fléchir. Si le résultat d’un bombardement atomique est – en terme de destructions – similaire à celui d’un bombardement classique d’aviation. L’instantanéité destructive de l’arme et ses retombés radioactives causent un impact psychologique plus fort capable de à plier les velléités jusqu’au-boutistes, des Nippons.

Une troisième bombe

Du fait de la nature révolutionnaire de la bombe A, les Japonais supposaient ou plutôt espéraient que les Américains n’en disposaient pas d’autres. Nagasaki les détrompa. La capitulation sans conditions exigées par les américains ne venait pourtant pas. Les Japonais entendaient poser leurs conditions et notamment préserver le rôle et les pouvoirs de l ’empereur4, le 10 août les propositions japonaises étaient examinés par Truman. Il apprit dans le même temps qu’une nouvelle bombe était en préparation à Los Alamos au Mexique et était prête à être envoyée sur le Japon sous une dizaine de jours. Truman n’était pas décidée à donner l’ordre d’attaque, se refusant sans doute à continuer le massacre.

Le 14 août 1945, le Japon annonça sa capitulation sans conditions. Ce revirement est soudain, il s’explique évidemment par la pression de la bombe atomique, du fait de devoir se battre sur plusieurs fronts à la fois contre les Américains et le Soviétiques, mais aussi par des tensions internes au sein du gouvernement japonais. Le 2 septembre, la capitulation fut enfin signé.

Conclusion :

La guerre était finie et le monde rentrait violemment dans l’âge atomique. Désormais le fait de posséder cette nouvelle puissance était un gage de pertinence sur le nouvel échiquier mondial. « L’équilibre de la terreur » se mettait en place entre les nouveaux deux grands blocs mondiaux constitués par l’URSS et les États-Unis. Une destruction mutuelle était assurée en cas d’usage de ces armes.

Les exemples d’Hiroshima et de Nagasaki montrent que l’utilisation de l’arme nucléaire peut s’inscrire dans des considérations pragmatiques. Pour les Américains, il fallait terminer une guerre trop coûteuse en vies humaines. Le martyr atomique de ces deux villes octroya aux Japonais un statut de victime ; leur souffrance équilibrant, d’une certaine façon, celles qu’ils avaient infligés en Mandchourie.

Dans le contexte actuel, du conflit entre la Russie et l’Ukraine et de la montée des tensions entre la Chine et les États-Unis, la menace nucléaire redevient aussi présente que durant la guerre froide. Albert Einstein disait : « je ne sais pas comment sera la troisième guerre mondiale, mais je sais qu’il n’y aura pas beaucoup de monde pour voir la quatrième. »

1Estimation livrée par le mémorial pour la paix d’Hiroshima.

Ancre2Richard B. Frank, Downfall: The End of the Imperial Japanese Empire, Random House, 1999, p. 135-137.

3La bataille d’Iwo Jima, l’enfer du Pacifique | INA

41945 : les États-Unis prévoyaient d’envoyer une troisième bombe atomique sur le Japon | National Geographic

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