L’industrie nucléaire en France. 

De nos jours, l’énergie nucléaire en France fournit une part à hauteur de 65 % des besoins énergétiques du pays. Cette énergie, neutre dans ses émissions carbones, conserve le potentiel d’offrir à la France une complète autonomie énergétique. L’énergie nucléaire en France relève dés lors d’enjeux variés : économiques, scientifiques, et écologiques d’une part ; mais aussi politiques, et idéologiques de l’autre.  

Aout 1945, le monde rentre dans l’ère atomique.  

D’aucuns savent que le monde entier prit connaissance de la puissance de l’atome avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki , respectivement  les 6 et 9 aout 1945. Les morts quasi instantanés de dizaines de milliers d’individus ne manquèrent pas de susciter l’effroi. Albert Camus dans un éditorial publié le 8 aout 1945 dans le journal Combat écrit : “La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. […] Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.” 

C’est là évidemment un plaidoyer pour la paix, mais aussi la conscience qu’une nouvelle ère se dessine.  A ce titre, les journaux américains, anglais et français de l’époque ont pu témoigner une forme d’engouement de part un traitement plus “intellectuel” de la question. Beaucoup se demandaient quelles seraient les répercussions de l’arme atomique en termes de géopolitique, de technique, et de science. La bombe atomique ouvrait une nouvelle ère partagée entre l’incertitude, la peur et des perspectives géopolitiques bien nouvelles. Le monde entrait dans un nouvel ordre mondial tout autant que dans une “ère atomique”.  

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La genèse de l’industrie nucléaire en France 

A l’évocation des recherches scientifiques au sujet de l’atome, des noms comme Robert Oppenheimer, et d’autres savants du projet Manhattan peuvent venir à l’idée. Cela serait totalement oublier le rôle pionnier de la France dans le domaine. A ce titre, Henri Becquerel avait découvert la radioactivité dés 1896 à travers ses recherches sur les sels d’uranium. Comment ne pas mentionner aussi les travaux de Pierre et Marie Curie qui parviennent à isoler le radium et le polonium. Leurs successeurs, Irène et Frédéric Joliot-Curie découvrent la radioactivité artificielle en 1934, ce qui leur vaudra le prix Nobel en 1935. Autant de recherches et de découvertes qui ont permis de mieux comprendre les mécanismes de fission de l’atome. 

Irène et Frédéric Joliot-Curie

Fait marquant à noter, et malheureusement contrarié par la guerre, la publication en avril 1939 d’un article réalisé par Joliot-Curie, Halban, Kowarski et Perrin démontrant la réaction en chaîne de la fission de l’uranium. Une découverte ouvrant sur l’application possible à des fins de production d’énergie et… du perfectionnement des charges explosives. Par là, ils devançaient leurs concurrents américains.  

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La CEA : un organisme entre applications pratiques et militaires du nucléaire. 

Charles de Gaulle, alors président du gouvernement provisoire, prend vite en compte l’importance du nucléaire dans le futur positionnement stratégique de la France. Dès le 18 octobre 1945, il signe par ordonnance la création du CEA, (Commissariat à l’énergie atomique). La priorité est moins liée à la defense qu’à la recherche scientifique civile et  à la nécessaire reconstruction. Peu de jours auparavant la création du CEA, Charles de Gaulle dans une conférence dit :  

“[…] Quant à la bombe atomique, nous avons le temps. Je ne suis pas convaincu que l’on ait à employer les bombes atomiques à très bref délai dans ce monde. En tout cas, le gouvernement français ne perd pas de vue cette question qui est très grave pour le monde entier et dont les conséquences sont évidemment immenses. Cette bombe a abrégé la guerre. Pour le moment c’est une justice à lui rendre. Nous-mêmes et nos descendants verront si l’on doit continuer à lui rendre justice. »

C’est là une lucidité stratégique visant à rendre la France autonome de ses décisions dans ce nouveau concert des nations qui se dessine rapidement.

Charles de Gaulle

 

A la tête du CEA, l’on retrouve Frederic Joliot-Curie haut commissaire chargé des questions scientifiques et techniques et Raoul Dautry ministre de la Reconstruction et de l’urbanisme en tant qu’administrateur. L’organisme jouit aussi d’un statut singulier en tant que personnalité civile et d’une autonomie administrative et financière tout en gardant les prérogatives d’établissement publique.  

Raoul Dautry

Malgré les vétos, en particulier des Américains au sujet de l’uranium et de la recherche associée, la CEA connait d’excellent débuts. Au bout d’à peine trois ans, ils mettent au point la première pile atomique française dénommée Zoé. Un pas fondamental dans la future production de plutonium, composant essentiel de la bombe atomique.  

Comme nous l’avons vu à travers les mots du général de Gaulle, les premiers temps de la CEA sont dédiés à la recherche scientifique à des fins industrielles et civiles. L’idée de produire la bombe atomique était en périphérie. Le tournant militaire s’opère en 1949 avec l’explosion de la première bombe atomique par les Soviétiques.  

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Un tournant militaire

Jusqu’à alors la vocation pacifiste du CEA était soutenue par Frederic Joliot-Curie par ailleurs membre du PCF. Naturellement sa proximité avec les Soviétiques le rend suspect et il sera “remercié” ou plutôt forcé de démissionner du CEA en avril 1950. Un plan quinquennal est adopté en 1952 planifiant la construction de deux piles atomiques au graphite fonctionnant à l’uranium naturel. La création d’une usine d’extraction de plutonium et enfin le financement de 300 millions de francs.

Si la France se dote de moyens, la décision explicite de se doter de l’arme nucléaire n’est pas explicitement prise. Pourtant le developpement de l’energie atomique à des fins militaires et civiles est un enjeu d’indépendance nationale. En cela Charles de Gaulle l’avait déjà exprimé. En 1960 un premier essai nucléaire est réalisé en Algérie. D’autres suivront juqu’en 1996. Date à laquelle la France signe le TICE et s’engage à ne plus faire d’essais nucléaires “grandeur nature”.  

On le conçoit, le nucléaire est difficilement dissociable de l’arme atomique, et son application dans la vie civile fut aussi appréhendé avec des craintes.  

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Le nucléaire civil dédié à la production d’électricité 

Le site de Marcoule dans le Gard fut le premier à accueillir les infrastructures dédiées au nucléaire. D’abord avec la fabrication de la pile Zoé mentionnée plus haut. Puis en 1956 avec la centrale nucléaire G1 et une usine d’extraction du plutonium mise en service en 1958. Deux autres centrales sortirent de terre en 1958 et 1959. Puis des réacteurs de nouvelle génération les Célestin I et II, respectivement en 1967 et 1968.  

Le développement de l’industrie nucléaire francaise ne pouvait se faire entièrement seul. Des partenariats sont créés entre les Américains de General Electric et deux sociétés : Alsthom Atlantic et Framatome.  Une association qui perdura jusqu’en dans les années 1980 traduisant ainsi la continuité de la volonté d’indépendance française.  

Le nucléaire français pouvait incarner une réussite scientifique, technique et industrielle mais il ne tarda pas à susciter des oppositions.  

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Les mouvements anti-nucléaires 

Dés 1945, à la suite immédiate des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagazaki, des oppositions au nucléaire se sont naturellement formées. Cependant elles étaient avant tout focalisée sur les armes atomiques et leurs proliférations. C’est au tournant des années 1970 que les mouvements anti-nucléaires s’opposent de plus en plus au nucléaire civil.  

Ces mouvements divers se reunissent sur les dangers d’une technologie encore expérimentale et intimement liée aux armes atomiques. Dans les années 1980 les oppositions se chargent aussi de préoccupations environnementales (pollution des eaux et rivières, fuite de matériaux radiocatif et aussi accident de réacteur). Sur ce dernier point, l’accident de Tchernobyl n’a pas manqué de fournir des arguments en défaveur du nucléaire civil. Les années 1980 et le mandat de Francois Mitterand ne vit d’ailleurs pas de nouvelles centrales construites.  

Autre incident grave et ultra médiatisé, celui de Fukushima en 2011. Lié par ailleurs à un séisme. Les craintes à nouveau relancée, l’Allemagne fit le choix d’accélérer sa sortie de l’énergie nucléaire, concrétisée en 2023. Un choix par ailleurs critiqué du fait de la nécessaire réouverture de centrales thermiques, elles-mêmes polluantes.  

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L’industrie nucléaire francaise : un acteur économique d’importance. 

En France le nucléaire civil garde une part majeure dans la production d’electricité. A noter qu’en 2023 le nucléaire produisait 64,8% de l’electricité francaise. C’est à ce jour la proportion la plus forte seulement talonnée par la Slovaquie et ses 61.3 % et l’Ukraine avec 52 %. En terme de quantité, les Etats-Unis sont en tête avec 779.186 GWH. La Chine vient en deux avec 406,48 GWH et la France est à la troisième position avec 323,773 GWH.  

Du fait que la France produit plus q’elle ne consomme, elle peut etre exportatrice de son électricité. En 2024, les exportations ont connu même un record avec 101.3 TWh et des revenus générés de 5 milliars d’euros, soit près du double des performances habituelles. Les principaux pays clients étant l’Italie (32 %) l’Allemagne 18 % et la Belgique 15 %. Des résultats qui auraient pu etre enthousiasmant mais à relativiser tout de meme en considérant la forte dépendance de la France aux energies fossiles. La meme années, le pays a dépenser 64 milliars d’euros pour importer des combustibles fossiles. C’est ici l’exemple d’une contradiction malheureuse qui réduit l’indépendance energétique francaise. La transition vers des chauffages et des transports electriques, de meme que pour des industries lourdes (sidérurgie) étant des plus lentes. C’est tout autant des enjeux ecologiques, économiques, industriels et politiques que se dessinent pour la France. 

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L’industie nucléaire française : un pilier économique 

Nous l’avions mentionné plus haut le nucléaire en France reste un acteur économique primordial. A lui seul, il emploie 220 000 personnes qui y travaillent directement ou indirectement. Des sociétés bien connue comme EDF fait travailler 70 000 salariés, tandis que des sous-traitant et PME eux emploient environ 100 000 personnes.  

C’est aussi un secteur qui génére plus de 50 milliars d’euros de chiffre d’affaires annuel. Enfin, c’est une filière qui contribue à l’équilibre de la balance commerciale.  

Concurrence et impair stratégique

L’industrie nucléaire en France est aussi sujette à de la concurrence ce qui pose,  par extension, l’intervention du politique. C’est le cas d’Alstom et de General Electric. En 2015, la branche énergie d’Alstom (concevant notamment les turbines nucléaires Arabelle) est vendue à General Electric (GE). Ce fut une opération controversée soutenue par Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. De fait GE devint un acteur majeur dans la fabrication des turbines nucléaires essentielles dans la fabrication des reacteurs EPR. La France perdant ainsi un net avantage industriel.

Pourquoi un tel choix stratégique ? A l’époque Alstom souhaitait recentrer ses activités sur le transport férroviaire, hors la branche énergie était jugée moins rentable, et sa vente aurait permis d’eviter l’effondrement du groupe. La “facilitation” de cette vente par Emmanuel Macron a pu etre percue comme un signe de compromission de sa part. Non n’en débattrons pas plus ici. Plus grave dans cette affaire GE n’a pas tenu ses engagements en matière d’emploi, et plus de 5 000 postes ont été supprimés dont pas moins de 1 200 à Belfort. Enfin, cela a été qualifié comme une perte de souveraineté industrielle, notamment pour ce qui est des turbines Arabelle, considérées comme les plus puissantes existantes.  

Finalement cet impair a été “réparé” par le rachat de cette activité par EDF. C’est là une prise de conscience importante que le nucléaire en France est absolument crucial et qu’il ne doit pas etre bradé au nom d’intérêts privés. 

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Le nucléaire et sa place dans l’avenir de la France 

Le nucléaire en France est né de la recherche de brillants savants. Becquerel, Pierre et Marie Curie, Joliot-Curie sont autant de noms indissociables du long parcours scientifique et industriel qu’a connu la France dans ce domaine. Les bombardements d’Hiroshima et Nagazaki ont aussi fait prendre conscience que le nucléaire représentait un enjeu d’indépendance. Qu’il permettrait à la France de compter dans le nouveau concert des nations. Il a permi à l’hexagone de devenir un leader mondial dans la production d’électricité à bas carbonne. Cette reussite industrielle a cependant connu des controverses. Les risques environnementaux, les dangers sur la santé, et evidemment l’indissociable lien avec l’arme atomique.  

Le Plan France 2030 lui vise à relancer le nucléaire en France grace à des investissements significatifs et le developpement de technologies. Cela témoigne que le nucléaire reste une solution incontournable pour pallier les besoins energétique du pays. Un mal necessaire ? En tout cas, un recul pour les anti-nucléaires. Ce qui est certain, c’est que l’avenir du nucléaire en passera par la conciliation de la souveraineté energétique, accaptabilité sociale, et les enjeux techniques et climatiques. Plus qu’une industrie c’est un pan de l’histoire industrielle et scientifique de la France.  

Bibliographie et sources : 

  • Nuclear power in France – Wikipedia 
  • THE FRENCH EXPERIENCE IN NUCLEAR ENERGY: REASONS FOR SUCCESS – IAEA 
  • France and nuclear power – EBSCO Research Starters 
  • Exportations d’électricité française – RTE 
  • L’énergie nucléaire. Bibliographie sélective – BNF via INIS 

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