La légende arthurienne et le modèle du héros médiéval

Bien souvent, les légendes nous dépeignent des héros plongés dans de grandes épopées. Achille guerroyant sous les murs de Troie, Hercule effectuant ses douze travaux, ou encore Jason et les Argonautes n’en sont que quelques exemples. D’autres héros figurent dans les origines même d’une cité et plus largement d’un peuple, à l’image d’Énée qui fait le trait d’union entre la fondation de Rome et le récit légendaire de l’Illiade.

Dans la continuité de l’Antiquité, le Moyen-Age aussi eut ses héros légendaires et l’un des plus emblématiques fut sans doute le roi Arthur, personnage central de la légende – ou plutôt des légendes arthuriennes. Sa geste et celui de ses chevaliers fournirent une grande partie de ce qui est nommé : la matière de Bretagne. Soit un ensemble de légendes et de chansons, diffusées à l’origine par des jongleurs gallois et armoricains, qui alimentèrent, entre 1150 et 1250 environ, un certain nombre de romans appelés romans bretons1.

Les origines d’une œuvre collective :

Les premiers récits relatifs à Arthur remontent au VIe siècle avec le clerc Gildas et son De Excidio Britanniae. Le texte réellement fondateur de la légende reste celui de l’évêque gallois Geoffroy de Monmouth avec la Historia regum Britanniae en 11382. En 1155, Wace, poète normand, fait paraître son Roman de Brut. La particularité de ce dernier ouvrage est que l’histoire prend place en Angleterre et dans les îles de Bretagne. Brut est un descendant d’Énée qui se rend en Bretagne pour s’y tailler un royaume. L’on retrouve ici une filiation avec l’Antiquité et en particulier avec l’Énéide ; autre texte emblématique de la matière de Rome.

Le roman de Brut fut dédié à Aliénor d’Aquitaine, reine de France entre 1137 et 1152 puis d’Angleterre après s’être remariée avec Henri Plantagenêt. Dans le contexte du règne des Plantagenêt, il s’agissait d’une commande royale ayant pour but de se doter d’une figure aussi charismatique que celle de Charlemagne.

Arthur un personnage semi-légendaire

S’il convient de rester très prudent sur l’historicité d’Arthur, il est possible que l’inspiration du personnage vienne d’un chef normand qui aurait combattu les Saxons. Si le roi est associé au monde légendaire, sa figure n’en est pas moins importante pour ce qui est de la construction de la conscience nationale des Anglais.

Wace dresse l’ascendance d’Arthur en nous disant qu’il est le fils d’Uther Pendragon. De plus, l’auteur fait de son héros un illustre roi qui combat les forces du mal.

Merlin l’enchanteur, l’autre héros

Hormis Arthur, le personnage le plus important de la légende est sans doute Merlin. Le premier à en faire référence est Geoffroy de Monmouth. La tradition concernant l’origine de Merlin implique le diable. Le malin cherchant à imiter Dieu et la conception du Christ rencontre un jour une famille. Il jette son dévolu sur la plus jeune des filles qui résiste aux assauts insistants du démon. Un soir pourtant, elle se couche sans faire le signe de croix, ce qui permet au diable de concevoir (surnaturellement) l’enfant avec elle. Par cette intervention, il fait de cette jeune femme une deuxième vierge enceinte. Désemparée, elle se rend auprès de son confesseur, Blaise, celui-ci comprend la situation et demande aux gens d’attendre la naissance de l’enfant. Lorsque Merlin nait, il détient déjà des dons prodigieux, et peut notamment parler comme un adulte. Il possède le don de métamorphose et la capacité de faire des prophéties. Par ces pouvoirs, il peut confondre le juge qui devait condamner sa mère.

Le mage devient par la suite le conseiller d’Uther Pendragon, et se trouve mêlé à la conception d’Arthur en intervenant pour faciliter la rencontre entre Uther et Ygraine. En effet, le roi est amoureux d’Ygraine, le problème est que celle-ci se trouve déjà mariée au duc de Cornouailles. Le souverain demande alors de l’aide à Merlin qui donne à Uther l’apparence du Duc pour une nuit. Il était toutefois convenu que l’enfant qui viendrait à naître serait confié à l’enchanteur. Arthur se trouve donc élevé dans la foret en attendant l’épreuve de l’épée qui viendrait à le désigner comme roi. Une fois Excalibur ôté du rocher, il lui resterait à conquérir le pouvoir à travers des épreuves et des quêtes.

Arthur revêt les traits d’un héros épique et archaïque au sens antique du terme. Une fois sa quête accomplie, il acquiert la légitimité. Les épreuves forgeant la maturité du héros.

Il parvint à faire des conquêtes en Grande Bretagne et sur le continent et devint ainsi un mythe littéraire dont Chrétien de Troyes fut un auteur majeur.

Arthur et l’idéal chevaleresque

Concernant la cour du roi, Arthur créa la table ronde avec l’aide de Merlin. Jacques Le Goff, médiéviste, parle d’une institution utopique.

La légende crée un lien entre l’amour courtois et les exploits guerriers. A ce titre, les chevaliers ont des figures célèbres, l’on citera entre autres :

– Perceval, d’une naissance noble, il participe à la quête du Graal. Chez Chrétien de Troyes, il voit le Graal, mais ignorant sa nature et n’osant poser de questions, il échoue.

– Gauvain le neveu d’Arthur, il représente le modèle de la chevalerie et de la courtoisie, toujours chez Chrétien de Troyes, c’est un personnage important, car il sert de mesure aux héros.

– Lancelot est marquant par ses prouesses, l’amour, mais aussi par sa tante (il est élevé par la Dame du lac). Il fut amant de la reine sans pour autant qu’il en devienne parjure.

– Galaad : le fils de Lancelot, personnage le plus tardif dans le fil des récits arthuriens (XIIIe siècle) il est celui qui a trouvé le Graal et qui a pu voir à l’intérieur.

L’aventure chevaleresque est une stylisation de la virilité, c’est aussi un idéal littéraire qui naît avec un idéal de cour. Dans un monde rude, les chevaliers cherchent l’honneur à travers le combat contre le mal et l’exercice de l’amour courtois. L’expression de cet idéal se trouve dans le tournoi, on joute et on se bat devant les dames et l’amour vient adoucir la violence.

Aussi le chevalier se doit de quitter la cour, pour vivre des épreuves et accomplir des quêtes. Il est un redresseur de tort, affronte des forces surnaturelles et vient en aide aux plus faibles. Il subit des épreuves surhumaines et résout des missions énigmatiques. L’acte de confirmation vient avec l’adoubement qui se trouve sacralisé par Chrétien de Troyes.

Pour finir, si l’on parle de la légende arthurienne, on pense évidemment au Graal. Chrétien de Troyes le décrit comme une coupe contenant une hostie. Sa recherche constitue une quête en soi pour le chevalier qui par là-même cherche à concilier l’idéal chevaleresque marqué par le goût de la force, et les aspirations chrétiennes de paix et d’humilité. La légende arthurienne représentant ainsi un guide moral et spirituel pour la noblesse médiévale.

Sources :

cet article est issu d’un compte rendu d’une conférence donnée par Mme Karin Ueltschi-Courchinoux Responsable du Séminaire « Grandes et Petites Mythologies » sous l’égide du CRIMEL. À l’université de Reims-Champagne-Ardenne.

1matière de Bretagne et romans bretons – LAROUSSE

2La légende arthurienne (histoire-pour-tous.fr)

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