Le 29 août 1949, la Russie réussissait le premier essai nucléaire de son histoire. Les Américains n’étaient plus les seuls détenteurs de cette arme de destruction massive. Un nouvel équilibre des forces s’annonçait dans une guerre froide dont l’issue pouvait présager la destruction mutuelle des deux camps. La force nucléaire russe imposait alors un nouvel ordre international.

Le fruit de recherches internationales
L’histoire de l’énergie nucléaire russe ne saurait être déliée de découvertes scientifiques à la fois historiques et internationales. Les pionniers dans le domaine sont par ailleurs français avec Henri Becquerel qui en 1896 découvre la radioactivité (nommée alors hyperphosphorescence) alors qu’il effectuait des recherches sur des sels d’uranium. Cette percée ouvrit la voie à d’autres recherches. Comment ne pas nommer ceux de Pierre etMarie Curie découvrant le polonium et le radium.
Dès lors, les travaux académiques dans ce nouveau domaine de la physique se partagent entre l’Europe, les États-Unis et aussi la Russie.
Les découvertes nucléaires européennes
Les Britanniques ne sont pas en reste. Parallèlement et non sans complémentarité (émulation) avec les scientifiques français, il nous faut nommerErnest Rutherford. Il découvrit que la radioactivité s’accompagne d’une désintégration des éléments chimiques. Il reçut d’ailleurs un prix Nobel en 1908. Rutherford inspira et collabora avec James Chadwick, autre Britannique connu pour avoir découvert le neutron en 1932. La même année Rutherford découvrait que les atomes de lithium pouvaient être cassés par l’accélération des protons provoquant la libération de grandes quantités d’énergie.
Les scientifiques allemands œuvrent aussi avec notamment Otto Hahn et Fritz Strassmann et leurs travaux sur la fission nucléaire.
En 1939 et dans le contexte des tensions qui allaient mener à la Seconde Guerre mondiale, Frédéric Joliot-Curie confirme ces découvertes et le potentiel d’user de la fission nucléaire pour en faire une arme.
Le projet Manhattan et la recherche nucléaire russe
C’est sans doute l’un des projets scientifiques les plus ambitieux et les plus importants du point de vue financier, humain, matériel et technique) du XXe siècle.
En 1939, des scientifiques commeLeó Szilárd et Albert Einstein alertent le président Roosevelt. L’Allemagne nazie pourrait développer une arme atomique.
Une course contre la montre est lancée. Le projet ayant mobilisé pas moins de 130 000 personnes et 2 milliards de dollars aboutit le 16 juillet 1945. Un essai nucléaire est réalisé à Alamogordo au Nouveau-Mexique. La suite est bien connue avecles bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagazaki.
L’accélération de la recherche nucléaire russe
Le projet Manhattan, censé être secret, avait mobilisé trop d’individus et de moyens pour le rester aux yeux de tous, en particulier des Russes. Ces derniers, au début des années 1930, se penchaient notamment sur le radium pour son potentiel médical et scientifique. Sans compter les recherches préalables de gisements d’uranium avant même 1917 et la révolution de Février.
La découverte de la fission nucléaire, fut un tournant dans la recherche nucléaire. Les scientifiques russes étaient aussi convaincus de son potentiel tant civil que militaire. Dans le domaine théorique de la physique nucléaire les Soviétiques en vinrent à talonner les Occidentaux. En particulier avec les travaux de Yakov Frenkel et de Gueorgui Filipov. C’est ce dernier dans le contexte de la bataille de Stalingrad, qui avertit Staline de l’importance de mener des recherches sur le nucléaire. En 1943, le laboratoire n° 2 de l’Académie des Sciences de l’URSS . Les moyens sont très limités et le projet central est celui de la première bombe atomique soviétique.
Il faut attendre les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagazaki pour que Staline décide d’allouer les moyens adéquats à la réalisation d’une arme nucléaire. Staline fait le choix d’accélérer la recherche malgré une économie et une industrielle gravement altérées.
L’espionnage au profit du nucléaire russe
C’est là un débat qui se pose. Quelle part l’espionnage y eut dans la conception de la bombe atomique russe ? Quelle est le mérite véritable des scientifiques russes, si une grande partie technique et scientifique leur fut livrée par le truchement d’agents de renseignements ? Parmi ceux-ci citons Klaus Fuchs, physicien germano-britannique, qui transmet des données cruciales sur la bombe à implosion américaine (Fat Man). Ou encore David Greenglass, technicien américain, qui lui fournit des schémas détaillés.
Certainement, l’espionnage sans enlever le mérite des physiciens russes a permis de faire gagner un temps précieux, tout en évitant aux Russes des essais infructueux et coûteux.
1946–1949 : production du plutonium et conception
Entre 1946, et 1949, une des priorités va vers l’uranium. À ce stade, les gisements domestiques n’étaient pas connus et l’uranium devait être extrait depuis l’Allemagne de l’est, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, la Pologne, ou encore la Roumanie. Notons que le premier réacteur nucléaire F-1, mis en service en décembre 1946, fonctionnait avec de l’uranium fruit d’une prise de guerre d’un stock auparavant tombé entre les mains des Allemands en 1940.
Les cités secrètes de l’atome
Parallèlement au développement de centrales nucléaires et dans une imitation de Los Alamos, des villes secrètes dédiées à la recherche nucléaire sont fondées.
Arzamas 16 /Sarov est créé en 1946. Elle est le cœur de la recherche nucléaire russe. Son activité se concentre sur la conception des premières bombes A et H. D’autres de ces cités suivront telles que Tcheliabinsk-40, Tomsk-7 ou encore Sverdlovk-44. A la différence du projet Manhattan concentré dans le Nouveau-Mexique, les Russes font le choix de la compartimentation. Chaque ville ne connaissait qu’une partie du programme. A l’imitation toutefois de Los Alamos, ces villes fonctionnaient comme de micro-sociétés, avec écoles, théâtres, hôpitaux et magasins réservés. Si les scientifiques vivaient relativement bien dans le contexte d’un État totalitaire, la surveillance était bien évidemment étroite.
L’essai nucléaire russe « RDS 1 » / « Joe 1 » (29 août 1949)
La première bombe soviétique, nommée RDS 1 est testée au site de Semipalatinsk, au Kazakhstan. Son type est celui d’une bombe à implosion au plutonium avec une puissance estimée d’environ 22 kilotonnes.
Quelques semaines plus tard, un avion américain détecte des retombées radioactives confirmant l’explosion. L’annonce choque Washington et déclenche l’accélération du programme thermonucléaire américain.
Malgré un appareil industriel affaibli par la guerre, une planification rigide et des ressources limitées, l’URSS parvient à rattraper les États Unis en seulement quatre ans.
Un nouveau paradigme mondial
Cette date du 29 août 1949, marque l’entrée de l’Union soviétique parmi les puissances nucléaires. L’exclusivité américaine dans la possession de la bombe atomique en était finie. Dans un rééquilibrage de l’histoire, et dans le nouveau paradigme imposé par l’arme atomique, une forme de piège de Thucydide revenait. Aucune puissance ne peut garder une hégémonie totale sans qu’une autre ne vienne lui contester à un moment ou un autre. Dans un sens, l’élève russe a dépassé le maître en faisant l’essai en 1961 de la Tsar Booba, bombe à hydrogène de 57 mégatonnes autrement plus puissante que celles employées à Hiroshima. Jamais arme de destruction massive n’avait aussi bien porté son nom. Sa possession par les Soviétiques ouvrait la voie à une course à l’armement, et scellait l’angoisse parmi la population d’une destruction totale.
À ce jour, la Russie demeure la plus grande détentrice d’armes nucléaires reliées à de nombreux nombreux vecteurs . Il serait sage que certains de nos dirigeants occidentaux s’en souviennent quand leur « diplomatie » laisse entendre des bruits de guerre aux Russes.



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