J. Paul Getty, milliardaire et collectionneur d’art

J. Paul Getty, le multimilliardaire américain et fameux collectionneur d’art a laissé son empreinte dans l’histoire contemporaine et dans le monde de l’art. En 1966, le Guiness Book lui a reconnu le titre de “citoyen privé le plus riche du monde”. Fabuleusement riche donc, mais aussi pingre comme Picsou, qui lui aussi collectionnait les trésors d’ailleurs. Tâchons d’aborder l’histoire de ce curieux archétype de milliardaire que représente Jean Paul Getty. 

Portrait de Jean Paul Getty, 

La question de savoir si Jean Paul Getty était un homme rude et pingre se pose moins qu’elle ne se confirme en actes. Mais commençons d’abords par les éléments fondamentaux de sa vie.  

Naissance et études 

Notre multimilliardaire est donc né le 15 décembre 1882 à Minneapolis (Minnesota). A l’inverse d’un John D. Rockefeller, il nait dans une famille riche. Son père Georges Franklin Getty ayant fait fortune dans le pétrole aux Etats-Unis. Qui dit bonne famille implique pour lui, bonnes études et sa voie est tracée avec des diplômes d’économie et de sciences politiques obtenus à l’Université of Southern California à Berkeley et à Oxford.  

Une carrière dédiée au pétrole 

Marchant donc dans les traces familiales, en 1914 il investit (avec l’argent de son père) dans le forage pétrolier en Oklahoma. Le succès est au rendez-vous et il finit par posséder sa propre compagnie basée à Tulsa. En 1916, il fonde, toujours avec son père, la Getty Oil Compagny et par là, réalise son premier million. Fort de ses gains, en 1917 il se retire des affaires comptant vivre de ses rentes. Cette oisiveté n’est cependant pas du goût de sa famille et il est plus ou moins contraint de retourner aux affaires en 1919. Un choix heureux s’il en est, car il multiplie sa fortune par trois.  

Argent et relations familiales ne font pas toujours bon ménage, et ce fut le cas pour Gety. A la mort de son père en 1930, il est en partie déshérité et ne recoit “qu’un demi-million de dollars” sur les 10 millions estimés de la fortune paternelle. De fait, il est écarté de l’entreprise familiale. Qu’importe, car notre homme d’affaires a de la ressource et la Grande Depression” fut une étonnement une aubaine pour lui avec le rachat de compagnies telles a Pacific Western Oil Corporation. De fait ses investissements lui permettront de récupérer la holding en question. De même, il profita de cette période pour largement enrichir sa collection alors que le marché de l’art est en berne. 

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A l’international 

Les ambitions de Jean Paul Getty le pousse à s’intéresser à l’international. En 1949, il achète au roi d’Arabie saoudite le droit d’exploiter les champs pétrolifères entre le royaume saoudien et le Koweït. L’opération lui coute 9.5 millions de dollars, avec un rajout de 1 million par an pour une durée de 60 ans. Est-ce là un premier mauvais placement ? Pendant les quatre premières années, on aurait pu le croire, l’exploitation infructueuse lui fait perdre 30 millions de dollars. Cependant, la roue tourne toujours pour Jean Paul Getty, enfin en 1953, l’or noir jaillit des puits.  

En 1957, c’est la consécration, il est nommé par le magazine Fortune, homme le plus riche d’Amérique. Evidemment que Getty ne s’arrête pas en si bon chemin en 1964, il fonde la Getty Oil, une compagnie d’abord spécialisée dans les sous-produits du pétrole, puis devenant une chaine de station-service.  

Cherchant sans doute un cadre plus prestigieux à la hauteur de ses succès, tout en affirmant son goût pour les choses anciennes (nous y reviendrons), il déménage définitivement dans la banlieue de Londres dans le prestigieux château de Sutton Place. C’est d’ailleurs en Angleterre qu’il s’éteignit en 1976 à l’âge de 83 ans, laissant une fortune estimée à plus de deux milliards de dollars.  

Le multimilliardaire laisse le souvenir d’un homme d’affaire rude quoiqu’avisé, d’un collectionneur d’art dont les pièces fournirent des institutions muséales. Avant d’aller plus loin sur ce dernier point relatif à l’histoire de l’art, Getty laisse aussi l’image d’un homme à l’avarice presque légendaire. Surtout en considérant le tragique épisode de l’enlèvement de son petit-fils. 

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Jean Paul Getty, une avarice presque tragi-comique 

De L’Avare de Molière en passant par Balthazar Picsou, le thème de l’avarice tient des ressorts comiques. Si cela se vérifie dans le théâtre ou les fictions animées, c’est moins drôle dans la réalité.

  En 1973, le petit-fils de Jean-Paul Getty, John Paul Getty III – nous verrions bien dans ce nom, la volonté dynastique des Getty – est enlevé en Italie. Les auteurs se trouvent être la N’Drangheta, organisation mafieuse de Calabre. Logiquement une forte rançon est demandée et elle s’élève à 17 millions de dollars. Avis aux lecteurs, c’est le moment soit de rire ou d’être atterrés. Getty dont l’avarice était avérée dans ses affaires où ses achats d’objets et d’œuvres d’art, se confirme pleinement. Le multimilliardaire refuse de payer la rançon, arguant que s’il payait, d’autres de ses descendants en viendraient à être enlevés et rançonnés. Jusque-là, la réflexion se tient à peu près. Seulement, les ravisseurs en face ne sont pas des amateurs, devant ce premier refus de Getty, les malfrats tranchent l’oreille du captif. Malgré cela, Getty continue de négocier, et la somme est ramenée à 3 millions de dollars.

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Radin jusqu’au bout

Ce n’est pas fini, le milliardaire a accepté pour des raisons… fiscales. Sur cette somme 2.2 millions sont en fait déductibles des impôts. Dans l’esprit de Getty c’était déjà une bonne chose, mais il y a mieux sur les 800 000 dollars restants, il contracte en fait un prêt remboursable par son petit-fils avec, de surcroit, un taux d’intérêt de 4 %. Le vieux radin, puisque c’est le mot consacré, une fois son petit-fils relâché, refuse même de lui parler, reprochant d’avoir couter autant d’argent. Être près de ses sous est une chose mais là, cela confine à un péché capital. 

Quand on est avare avec son argent, on l’est aussi avec ses sentiments. Et Getty l’était avec sa famille. Distant et désintéressé par elle, Il se plaint par exemple du coût des frais médicaux de son plus jeune fils atteint d’une tumeur. De même il ne laisse que de très maigres pensions à ses ex-épouses. Enfin pour parfaire le tableau, à son décès il ne laissa presque rien. Un héritage de 500 dollars est tout de même laissé à l’un de ses fils. Mentionnons qu’ils avaient quand même des parts dans l’entreprise.  

Finalement, une grande partie de sa fortune servit à la construction et développement de l’institution muséale portant son nom.  

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Les musées Getty

Dire que Jean-Paul Getty était un féru d’antiquité et d’œuvres d’art serait un euphémisme. A ce titre la villa Getty fondée en 1974, donc à la fin de sa vie, représente une matérialisation de son goût pour l’art. L’on peut aussi y voir un paradoxe étonnant. Celui d’un homme à l’avarice légendaire qui à la fin de sa vie sent peut-être devoir faire œuvre de mécénat et de libéralité à travers un musée ?  

Dès les années 1930, le milliardaire s’est attaché à réunir de nombreuses œuvres d’art. Son goût personnel allait vers les œuvres et le mobilier français du XVIIIe siècle. Puis d’autres peintures provenant de grands maitres s’ajoutèrent à sa collection. Citons ici quelques-uns de ses grands noms : Rubens, Titien, Le Tintoret, Renoir… C’est aussi à partir de 1939, qu’il enrichit sa vaste collection d’œuvres antiques.  

Au cours des années 1950 et à l’occasion de voyages dans le bassin méditerranéen J. Paul Getty se prend véritablement d’intérêt pour l’art gréco-romain et Etrusque.  

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La Villa Getty

Getty se plait à exposer sa collection, c’est aussi une marque de prestige dans cette très haute société américaine. Dès 1954, une première galerie est ouverte à Pacific Palisades (Los Angeles). Le lieu deviendra top petit pour exposer l’ensemble de l’imposante collection. Décision est prise d’édifier la Villa Getty sur le modèle architectural de la Villa des Papyrus d’Herculanum. Il serait difficile de faire un cadre plus immersif pour les quelques 44 000 antiquités datant d’entre 6500 av. J.-C. Et 400 apr. J.-C.  

Malheureusement Getty ne put visiter son musée. Reste que la Villa Getty n’est pas qu’un lieu d’exposition, c’est aussi un campus et un lieu de recherche. Un programme de master en conservation archéologique et ethnographique y est proposé. De même qu’il y est donné des symposiums, des conférences et des représentations théâtrales et musicales dans l’auditorium et le théâtre en plein air. Enfin, il y a aussi œuvre pédagogique dédiés aux familles et aux enfants pour sensibiliser à l’art antique. 

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Getty dans le prolongement des Romains ?

Finalement c’est un peu un bout de la civilisation romaine qui a été retranscrit à cœur Los Angeles. Voyait-il dans l’Etat californien des similitudes avec la Méditerranéen ? Il est vrai qu’en termes de climat et de paysages les deux se ressemblent. L’on ne peut aussi s’empêcher de penser que Getty, en bon connaisseur de l’Antiquité, n’est pas sans donner un parallèle moderne avec les anciens généraux romains. L’on citera ici Lucius Licinius Lucullus brillant général, actif au IIe et Ier siècle av. J.-C. qui lui aussi était un grand amateur d’art grec. Par ailleurs, il avait aménagé un lieu dédié à l’exposition de ses collections : les horti Lucullani.  De là à penser que Getty a voulu se placer dans l’illustre prolongement de ce général, il n’y a qu’un pas.  

La Villa Getty avec ses jardins méditerranéens recréant les peristyles intérieurs et extérieurs de la villa antique. 

Le Getty center 

Le Getty center autre pan du J. P. Getty museum, voit le jour plus tardivement. Le chantier commence en 1958 sur une colline de Brentwood toujours à los Angeles. Il dure 12 ans pour un coût estimé à 1 milliard de dollars. Etant donné cette débauche d’argent, il est loin d’être certain que J. Paul Getty aurait avalisé ce projet. C’est en fait la volonté la J. Paul Getty Trust, qui souhaitait abriter et exposé une partie de vaste collection du milliardaire.  

Le site occupant 88 200 m², fut pensé par l’architecte Richard Meier si ce dernier dit s’être inspiré d’un “village italien dans les collines”. Vu du ciel, le complexe ne peut qu’évoquer une acropole moderne juchée sur sa colline. Là encore une correspondance avec l’Antiquité et le monde méditerranéen déjà voulue avec la Villa Getty. 

Vue aérienne du Getty center

 

Les collections du Getty Center comportent des œuvres médiévales à modernes, et abrite aussi de la photographie, par ailleurs seul art contemporain accepté dans les salles de collection permanentes. Bien évidemment aussi des pièces antiques grecques, romaines et étrusques. Une bibliothèque comprenant 800 000 volumes relatifs à l’histoire de l’art et à la conservation y est aussi présente.  

Tout comme la Villa Getty, le Getty center est aussi un lieu d’étude et de recherche. Quoique plus prononcé avec le Getty Research institute, un centre d’études et de documentation en histoire de l’art. Et le Getty Conservation Institute, pôle de recherche appliqué à la préservation du patrimoine culturel. Deux organismes donc des plus actifs en termes de pratiques muséales et patrimoniales.  

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Jean Paul Getty, de milliardaire avare à mécène ? 

Dire que Jean Paul Getty fut un personnage n’est pas galvaudé.  Homme d’affaire dur et brillant, richissime collectionneur d’art marqué par une avarice confinant au légendaire. L’épisode de l’enlèvement de son petit-fils est à ce titre absolument édifiant. Pourtant cet aspect pingre n’est pas si total, son œuvre de collectionneur participa aussi à la préservation et au partage d’un très important patrimoine historique. L’on sait l’engouement de Getty pour la Rome antique aussi a-t-il d’une certaine façon imité le célèbre Mécène et ainsi apporté son soutien aux arts, et à la connaissance de l’Histoire. Jean Paul Getty, finalement pas si Picsou.  

Bibliographie :

Jean Paul Getty, My Life and Fortunes, Duell, Sloan & Pearce, 1963, p. 29

Ralph Hewins, J. Paul Getty: l’homme le plus riche au monde, Edition Julliard, Collection « Mappemonde », 1961. 

J. Paul Getty Museum, Peter Fusco, Peggy Anne Fogelman et Marietta Cambareri, Chefs-d’œuvre du J. Paul Getty Museum. Sculpture européenne

Elana Towne-Markus, Chefs-d’œuvre du J. Paul Getty Museum
, Los Angeles, J. Paul Getty Museum, 1997

Ressources internet :

J. Paul Getty | Oil Tycoon, Business Magnate, Philanthropist | Britannica Money

Visit the Getty Center | Getty

Visit the Getty Villa Museum

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