La cryogénisation… un terme qui semble appartenir à la science-fiction. C’est en fait une technique consistant à préserver un cadavre d’humain ou d’animaux à très basse température (inférieure à –190 °C). Cela dans l’espoir que la science parviendra dans le futur à les ressusciter. Un rêve de vie éternelle et une pratique inventée depuis les années 1960.

La cryogénisation : fiction et réalité.
Dans de nombreux romans, films, ou encore jeux-vidéo, la cryogénisation rentre dans l’intrigue. Seulement dans biens de cas de fictions, le protagoniste cryogénisé est plongé vivant dans cet état et en ressort indemne. La réalité médicale et scientifique est tout autre. Du moins, pour le moment.
Ainsi, le cryogénisé accidentel du film Hibernatus ne viendra pas déranger la vie de Louis de Funès. De même, aucune chance que la cryonie (autre terme) ne serve à préserver l’équipage de la longue durée d’un voyage spatial. L’on renverra ici à Interstellar, ou encore Avatar.
Les origines de la cryogénisation.
L’origine de la cryonie remonte à 1962 à l’initiative d’un universitaire américain : Robert Ettinger. Sans être médecin, il dresse les grandes lignes de la cryogénisation dans un ouvrage à succès, The Prospect of Immortality (La Perspective de l’immortalité). Le titre est explicite. L’idée étant d’utiliser la cryogénisation pour préserver les individus atteints de maladies incurables en attendant les progrès de la science. C’est sur ce point que les idées d’Ettinger rejoignent le transhumanisme. La cryogénie s’intégrant dans ce courant de pensée visant à améliorer les capacités intellectuelles, physiques et psychiques des humains à l’aide de procédés scientifiques et techniques. En 1967, Robert Ettinger fonde l’Immortalist society, une organisation caritative dédiée à l’enseignement de la prolongation de la durée de vie. Elle sert aussi à promouvoir ses idées.
Evan Cooper : le vrai pionnier de la cryogénisation ?
L’histoire a retenu le nom de Robert Ettinger comme le “père de la cryogénisation” ; pourtant il y en a eu un autre avant lui. Un certain Evan Cooper qui avait écrit, très peu de temps avant le livre d’Ettinger, “Immortality : Physically, Scientifically”. Cooper y annonçait ses projets de cryogénisation, mais d’une manière plus sommaire qu’Ettinger. De fait l’ouvrage de Cooper eut moins de publicité et ne connut pas de réédition. Cooper est pionnier dans le sens où il fonde, en 1964, la Life Extension Society, première société de cryogénisation au monde. Sa société fut la première à cryogéniser une personne. Un psychologue répondant au nom de James Bedford, celui-ci souffrait d’un cancer incurable et à sa mort en 1967, se fit congeler. Son corps après avoir été déplacé plusieurs fois est actuellement conservé par la société Alcor.
Comment pratiquer la cryogénisation
Les techniques de cryogénisation ont forcément connu des évolutions au cours de l’histoire. Le froid extrême (-190°) endommageant fatalement les cellules. Dans les premiers temps, c’était l’azote liquide qui était employée pour préserver les corps. Pour éviter les dommages cellulaires, le processus consistait à injecter une solution protectrice.
La vitrification
Une autre technique consiste en la vitrification des cellules, toujours dans le but d’éviter les dommages. L’avantage de la vitrification tient dans la transformation des liquides (principalement l’eau) en un état vitreux. Sans formation de cristaux de glace.
Pour atteindre l’objectif, il faut en passer une nouvelle fois par la chimie avec des cryoprotecteurs. Ceux-ci injectées pour remplacer une partie de l’eau dans les cellules.
Le tissu ou l’organe est refroidi extrêmement rapidement, parfois à une vitesse de plusieurs millions de degrés par seconde, afin de stabiliser l’eau dans un état vitreux.
Mais la technique bien que prometteuse connait ses limites. La vitrification fonctionne bien sur des cellules isolées ou des petits tissus, mais se révèle plus ardue pour un organe. Quant à un corps entier…
Il y a aussi la question de la toxicité des cryoprotecteurs. Et enfin atteindre le but, soit la procédure de réchauffement est tout autant problématique. La procédure pouvant provoquer des fissures ou des dégâts supplémentaires si elle n’est pas parfaitement maîtrisée.
Les débats autour de la cryonie.
La cryogénisation tend à faire partie d’un courant transhumaniste. A une quête d’immortalité. La mort n’étant plus qu’un état transitoire et la science un espoir plus tangible que la religion. La cryogénisation se heurte à des considérations éthiques et morales. En France, par exemple, elle est interdite par la loi. Celle-ci n’autorise que l’inhumation et la crémation et éventuellement le don de son corps à la science. Le respect des dépouilles des défunts reste prioritaire en parallèle avec les prérogatives d’ordre et de santé publique.
Au-delà de l’aspect légale et éthique, il y a la question philosophique. Une possible redéfinition de notre approche de la mort. Celle que l’on pense inéluctable pourrait être mise en défaut grâce à la “triche” de la cryonie. A qui aussi s’adresserait cette technologie ? A tout un chacun qui dispose des moyens financiers ? Aux esprits les plus brillants ? Aux hommes influant ? Quel impact émotionnel et psychologique cela représenterait d’être “ressuscité” plusieurs décennies ou plusieurs siècles après sa mort ? Autant de questions soulevées par la cryogénie. Certains, voir beaucoup de scientifiques ; restent sceptiques. L’Histoire, cependant, le montre souvent, ce que l’on croyait irréalisable ou fantasque finit par devenir une réalité.



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