La tombe de Toutânkhamon et son mobilier funéraire 

La tombe de Toutânkhamon et son mobilier funéraire font certainement partie des plus remarquables découvertes de l’égyptologie. Le 26 novembre 1922, quand l’archéologue Howard Carter ouvrit le lieu de sépulture alors dénommée KV 62, son directeur Lord Carnavon, lui demanda : “Voyez-vous quelque-chose ? Carter répondit « oui, c’est merveilleux ! »  

Biographie de Toutânkhamon. 

Avant de parler de la tombe de Toutânkhamon et de son mobilier, évoquons la vie du souverain. Le pharaon voit le jour à Thèbes vers 1345 av. J.-C. Sa courte existence s’achève en 1327 av. J.-C. Le jeune homme est le fils d’Akhenaton. Ce dernier étant bien connu pour avoir cherché à imposer le culte d’Aton, presque en lieu et place des autres divinités. Logiquement, le jeune Toutânkhamon est élevé dans cette religion. 

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Il ne succède pas directement au trône à la mort de son père ; mais débute son règne en 1336 ou 1335 av. J.-C. Durant les premières années d’exercice du pouvoir, il se détourne du culte d’Aton pour se tourner vers celui d’Amon. Son nom de Toutânkhamon, marque le retour à la religion traditionnelle. Pour inscrire concrètement cette décision, il s’attache à restaurer les bâtiments abandonnés durant le règne précédent. Le Temple des millions d’années, la colonnade de Louxor, ou encore la Stèle de la restauration retrouvent une nouvelle vie. 

Le célèbre masque de Toutânkhamon

Sur le plan politique, le jeune pharaon s’emploie à améliorer les relations avec les autres royaumes tels que le Mitanni (royaume au nord-est de la Syrie actuelle). Malgré ses efforts d’apaisement, des batailles sont menées contre les Nubiens et les Asii (tribus indo-européennes, scythes). Concernant la mort du pharaon, il y a plusieurs hypothèses, on a notamment parlé d’assassinat. Le consensus actuel tend vers une mort accidentelle comme une chute de char), ou encore la maladie. Sa momie porte de nombreuses traces de pathologies osseuses et aussi des marqueurs du paludisme.  

La vallée des rois et la tombe de Toutânkhamon. 

La tombe de Toutânkhamon se trouve dans un lieu bien spécifique de l’Egypte : la Vallée des rois.  A partir de la XVIIIème dynastie, les pharaons se firent construire de grands monuments cultuels, appelés « Temples des millions d’années ». Une expression apparue dans les textes égyptiens dès le Moyen-Empire. Le culte du roi est alors associé au culte divin comme celui d’Amon à Thèbes.  Toutefois pour des raisons de sécurité et surtout pour préserver l’après-vie du pharaon, il fut décidé d’inhumer les pharaons dans la Vallée des rois à Thèbes. C’est donc cette nécropole qui regroupe les pharaons du Nouvel-Empire.    

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Le mobilier de la tombe de Toutânkhamon 

La religion égyptienne avait une perspective bien spécifique sur la mort et la notion de l’au-delà. Ainsi, la tombe de Toutânkhamon n’est pas qu’un lieu de sépulture ; mais un habitat dédié et consacré à la vie après la mort. La présence de fresques, et d’un mobilier familier du défunt représentent concrètement la croyance en une survie matérielle et la poursuite d’une activité après la mort. 

Schéma de la tombe de Toutânkhamon

Le mobilier abritant les restes du Pharaon  

Dans l’imaginaire collectif, le sarcophage est certainement emblématique des pratiques funéraires des Egyptiens. En cela, la tombe de Toutânkhamon est exemplaire du soin et du luxe apportés à la dépouille du défunt.

Le sarcophage du pharaon et les cercueils 

Ainsi, le corps du pharaon repose dans un sarcophage contenant, trois cercueils momiformes emboîtés les uns dans les autres. Le sarcophage mesure 274 cm et se compose de quartzite jaune et de granite rose peint en jaune. Les déesses protectrices, Isis, Nephtys, Neith et Selkis, sont sculptées en haut relief aux quatre coins du sarcophage. 

Un texte composé des formules proférées par les dieux responsables de la sauvegarde du corps se trouve sur les côtés du sarcophage. Un œil Ouadjat (l’oeil du faucon Horus), à la fois signe de protection et organe de perception du monde extérieur pour le défunt se trouve sur chacun des cotés à l’extrémité du sarcophage regardant vers l’ouest. 

Le sarcophage intérieur est en avant-plan. Sa cuve est à gauche dans la vitrine (elle contient le corps de Toutânkhamon et son masque d’or reconstitués) et son couvercle à droite. Par © Traumrune / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23175024 
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Le cercueil extérieur 

Celui-ci est long de 223, 5 cm et se trouve composé de bois recouvert de feuilles d’or. L’ensemble étant aussi orné de verre coloré, de pierres semi-précieuses, de faïence, de calcite, d’obsidienne et d’argent.  

L’effigie du roi en bois de cyprès est représentée en posture d’Osiris. Il porte la coiffe inhabituelle du Khat, (symbole de la moitié nocturne du cycle de la mort et de la renaissance), sur une perruque de cérémonie. Il tient croisé sur sa poitrine le nekhakha (fouet) et le sceptre Heqa. Le corps est orné d’un décor de style Rishi (imitation des plumes d’oiseaux). 

Le cercueil intermédiaire 

Le deuxième cercueil retrouvé à l’intérieur du premier est encore plus spectaculaire que le premier. Il est fait de bois comme le premier avec une feuille d’or incrustée de verre coloré et de faïence en motif rishi. Nekhbet et Ouadjet protègent le pharaon. Les yeux et sourcils du souverain sont incrustés de pierres et de verres. La coiffe : le Nemes représente le soleil à mi-chemin du cycle de la mort et de la renaissance. Strié d’incrustation de verre bleu foncé. 

Le cercueil intérieur 

Le troisième et dernier cercueil du sarcophage est composé d’or massif. L’or est le métal le plus proche de la dépouille du roi, ce qui est conforme respecte à la prescription des textes mythologiques. 

Il comporte aussi des éléments de verre. De pierres semi-précieuses et d’obsidienne. Il est long de 187,5cm. C’est un emblème de l’opulence des pharaons de la XVIIIe dynastie. Il imite les décorations et la posture des deux premiers cercueils avec l’ajout de deux colliers Shebyou d’or et de faïence. Même si on ne le voit plus, la calcite reproduit le blanc des yeux. C’est donc ce cercueil qui contenait le corps du pharaon et bien évidemment, le célèbre masque qui devint l’icône des trésors de la tombe de Toutânkhamon. Sur les épaules et le dos du masque, un texte magique met en relation les différentes parties du corps avec des dieux et des déesses afin de protéger le corps du roi et de le maintenir en activité dans la vie de l’au-delà. 

Outre le sarcophage et les cercueils qui contenaient les restes du roi, 4 chapelles emboitées enserraient le sarcophage.

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Les chapelles de la tombe de Toutânkhamon 

Autour du sarcophage s’emboitaient les unes dans les autres 4 chapelles en bois doré qui occupaient entièrement la salle du sarcophage.  

Chapelle extérieure. CC BY-SA 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=505789 

Sur la deuxième chapelle, les murs dorés à l’extérieur et à l’intérieur comportent des textes funéraires, en particulier des formules du Livre des morts. Des deux battants de la porte, celui qui s’ouvre à l’est est décoré d’une image d’Isis présentant le roi à Osiris. Sur l’autre, Maât déesse de l’ordre cosmique, conduit Toutânkhamon au dieu soleil Re-Horakhty. Ces deux scènes offrent un bel exemple de la façon dont l’imagerie solaire convergeait dans l’art funéraire royal.  

Le cycle commençait avec la mort du roi dans le monde souterrain, où il rencontrait Osiris. Il se poursuivait par son identification avec Ré, lui permettant de s’élever et de renaître avec le soleil. Sur le plafond, Nout, la déesse du ciel, étend ses ailes au-dessus du corps du roi.  

Ces chapelles étaient si étroitement ajustées qu’il a fallu forcer par endroits pour en assembler les éléments. Carter remarqua des traces de substitution dans la gravure des cartouches royaux. Cela peut indiquer que cette chapelle, comme bien des objets de la tombe, avait été récupéré dans le mobilier funéraire d’un des prédécesseurs du pharaon. 

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Chapelles aux canopes 

La chapelle destinée à contenir les vases canopes renfermant les organes vitaux du pharaon était placée contre la paroi est de la chambre du trésor face à l’ouest. Soit la région perçue comme celle de la mort par les anciens Egyptiens. 

La chapelle aux canopes. Crédits :
© CULTNAT, Dist. GrandPalaisRmn / Ayman Khoury

La chapelle aux canopes est surmontée d’un dais qui repose sur la base d’un traineau. Sur les poteaux d’angles sont inscrits les noms, titres et épithètes de Toutânkhamon. Sur chacun des cotés les déesses Isis, Selkis, Nout et Nephtys déploient leurs bras en signe de protection. 

L’intérieur de la chapelle aux canopes abrite un coffre en calcite d’une hauteur de 77,2 cm et d’une largeur de 57,5 cm. Le couvercle reproduit le toit de la chapelle aux canopes. L’intérieur est d’une disposition inhabituelle. Au lieu des quatre vases placés dans des compartiments séparés, les quatre sections sont taillées dans le bloc de calcite. Chacune creusée en forme de cylindre avec un bord évasé pour imiter une jarre authentique. Les quatre couvercles en calcite à l’effigie du roi coiffé du Nemes se font face deux à deux. Les quatre vases canopes contenant les organes du pharaon. 

Crédits : © CULTNAT, Dist. GrandPalaisRmn / Ayman Khoury 

Cercueils canopes et cercueils emboités

    Ces quatre cercueils canopes ont aussi la forme d’une momie royale, coiffée du Nemes surmonté du cobra et du vautour, protecteur du nord et du sud. Les traits du visage ressemblent à ceux de Toutânkhamon. Cependant un examen plus attentif laisse apparaître des différences. Les lèvres et le nez sont plus minces et la forme du visage n’est pas exactement la même. Les Egyptologues ont effet découvert, en fait que les cartouches avaient été remplacés et que subsistaient les traces d’un autre pharaon nommé Smenkhkaré.  

    Les divinités veillent et protégent les organes de Toutânkhamon : Douamoutef (tête de chacal) veille sur l’estomac, protégé par Neith. Amset (génie à tête humaine) veille sur le foie préservé par Isis ; Hapi veille sur les poumons, protégé par Nephtys. Kebeh-Senouf veille sur les intestins dont Selkis assure la sauvegarde. A l’intérieur de chacun des couvercles est gravé une représentation de la déesse Nout. Ses bras et ses ailes déployés pour protéger le roi dans son voyage dans l’autre monde.  

    Cercueils miniatures 

    Un ensemble de cercueils miniatures en bois doré, emboîtés les uns dans les autres fut aussi retrouvé. Cet ensemble est structuré comme des poupées russes ; les quatre cercueils emboîtés portent des coiffent royales. Le cercueil extérieur est peint en noir avec des bandes dorées, c’est un style en vogue au cours de la XVIIIe dynastie. Ses mains croisées sur la poitrine tiennent la crosse et le fouet et son torse est protégé par le vautour Nekhbet, déesse protectrice propre à la Haute Égypte. 

    Les cercueils des enfants 

    Un autre coffre contient deux séries de petits cercueils anthropomorphes emboîtes, maintenus clos par des bandelettes de lin autour du cou et des chevilles. Chaque cercueil contient la momie d »un bébé ou d’un fœtus. Le plus petit est né très prématurément – au bout de cinq mois de gestation. Le second est né entre sept mois et le terme de la grossesse ; mais est mort à la naissance ou peu après. Il s’agissait de deux petites filles probablement les enfants du jeune pharaon et qui avaient été ensevelis avec leur père pour partager sa vie éternelle.  

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    Voyage et vie dans l’au-delà  

    Un char se trouve aussi dans la tombe, c’est là le véhicule qui symbolise le voyage dans l’au-delà égyptien. Et aussi un rappel de la fonction militaire du pharaon. Protecteur du royaume ce qui représente un pan fondamental de son autorité. Dans le même ordre d’idée, l’on trouve un ensemble de boucliers et d’armes. Notamment un poignard doté d’un manche en or.

    Par © Traumrune / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23176866

    Autres véhicules présents : 35 modèles de bateaux miniatures. Là encore symbole de déplacement et peut-être aussi des jouets employés par le pharaon par le passé. Le bateau peut aussi symboliser l’individu naviguant sur le fleuve de la vie. Enfin, l’on peut penser au mythe de Râ et de son navire. Après le coucher du soleil, Râ embarque sur son second navire, appelé « Mesektet » ou « Barque du Soir ». Il descend dans le monde souterrain, le Duat, où il affronte des forces du chaos, notamment Apophis, le serpent géant qui tente de bloquer son passage. Ce voyage nocturne symbolise la lutte contre les ténèbres et la préparation à la renaissance. 

     Anubis le gardien du trésor et du défunt 

    Par Jon Bodsworth — http://www.egyptarchive.co.uk/html/cairo_museum_50.html, Copyrighted free use, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3803712

    Le trésor se trouve gardé par Anubis protecteur des morts et des nécropoles. Les prêtres portent des masques d’Anubis pendant embaumement des corps. Il est le protecteur du monde souterrain. Et a un rôle dans la pesée des âmes, s’il y a échec lors de l’épreuve, le cœur est dévoré par Ammout.  

    Statues gardienne : de part et d’autre de l’accès à la chambre funéraire (en bois recouvert de plâtre, puis peintes et dorées. Les deux statues montrent le roi debout dans attitude de « la marche apparente », tenant des bâtons de papyrus et des massues. Ils portent chacun un large collier, un pectoral en forme d’écrin, des brassards, un bracelet, et un pagne. Ils se différencient par leurs coiffes, le garde à gauche porte l’afnet ou khat. Une couronne qui ne sert que dans le contexte funéraire, et qui représente la nuit et le voyage dans le monde souterrain. L’autre porte le nemes (lié à Ré-Khépri). Deux coiffes associées pour représenter le jour et la nuit.

    Photo prise au moment de l’ouverture de la chambre funéraire. 16 février 1923. Photographiées par Harry Burton. (The Print Collector / Alamy Stock Photo)

     

    Les autres statuettes de la tombe de Toutânkhamon

    Y compris dans la mort, le pharaon garde des serviteurs, symbolisés par les chouabtis. La tombe en contient 416, disposés par ordre hiérarchique : 365 ouvriers, 36 contremaîtres et 12 surintendants pour chaque mois de l’année.   

    Le mobilier fonctionnel (Lits, chevets, boites et coffres, chandeliers et lampes) 

    3 lits sont placés le long du mur ouest de l’antichambre. Ce sont des lits zoomorphes censés représenter des animaux protecteurs. 

    Source : Découverte de la tombe de Toutânkhamon – Encyclopédie de l’Histoire du Monde

    Le lit en forme de lion. C’est un symbole de puissance et de virilité, les pieds de lion, garnissent souvent les meubles pour soutenir le pouvoir du pharaon. Les Egyptiens se représentaient l’horizon flanqué de deux lions entre lequel le soleil chaque matin se lève. Ainsi, le corps du roi pouvait renaître de la même façon. 

    Le lit en forme de vache avec son disque solaire entre les cornes est identifié à Mehet-Ouret, déesse du Grand flot. Selon le mythe, elle porta le soleil depuis le tertre primordial jusqu’à l’horizon à l’origine du monde.  

    Le troisième lit a une forme hybride d’un animal à tête d’hippopotame doté de pattes de lion, et d’un corps de crocodile. Il s’agit d’Ammout, connue comme la dévoreuse des méchants. Elle a une place prééminente dans la pesé de l’âme. 

    Ainsi, la tombe de Toutânkhamon comprend un mobilier complet et fonctionnel avec ses chevets, ses boites et coffres, chandeliers et lampes. Certains exemples de ces objets se trouvent dans ce lien : Trésors du tombeau de Toutânkhamon 

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    Le trésor de la tombe de Toutânkhamon 

    En tout, ce sont 4500 objets qui ont été retrouvés dans la tombe de Toutânkhamon, ce qui représente un véritable trésor. Autant d’éléments reflétant la vie, la fonction et la symbolique religieuse attachées à la personne du pharaon. C’est là un témoignage inestimable sur l’Egypte pharaonique. De sa richesse, de son art et de ses croyances religieuses. Aussi, l’on peut sonder une civilisation à la façon dont elle traite ses morts. En cela, l’on peut voir dans la civilisation égyptienne, une des plus brillantes de l’histoire. La tombe de Toutânkhamon et les merveilles qu’elle renferme pouraient faire mentir l’historien Ibn Khaldoun qui disait : “Le but de la civilisation, c’est la culture et le luxe. Une fois ce but atteint, la civilisation se gâte et décline, suivant en cela l’exemple des êtres vivants.” 

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