L’amour courtois : une quête chevaleresque 

L’amour courtois au cours des XI et XIIe siècles est indissociable de l’idéal de la chevalerie. Il représente une quête en soi, car obtenir le cœur d’une dame est un chemin parsemé d’épreuves. Voyons alors en quoi consiste l’amour courtois, où comme on devrait plutôt l’appeler le fin’amor 

L’expression “amour courtois”. 

L’expression “amour courtois” ne vient pas directement du Moyen Âge. Elle a été formulée bien plus tard par Gaston Paris (1839-1903), historien de la poésie médiévale. Une formulation cohérente pour le médiéviste qui voyait volontiers dans la pratique une “étiquette” régissant les relations amoureuses. Cette même étiquette représentant les règles à suivre à la cour. D’autant plus que le terme courtois vient de l’ancien français “cortois” : qui appartient à la cour. Enfin, Gaston Paris se base sur les textes de Chrétien de Troyes : 

Extrait : Amors, tançon et bataille de Chrétien de Troyes 
Nus, s’il n’est cortois et sages, Ne puet d’Amor rien aprandre;  Nul s’il n’est courtois ni sage Ne peut d’Amour rien apprendre,  

Cette approche du médiéviste et philologue a pu être critiquée. Car peut-être réductive à une vision sociologique du fin’amor. L’expression est restée, or ce que l’on nomme désormais amour courtois représente bien d’autres aspects.  

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Naissance dans le sud de la France et diffusion du fin’amor 

Codex Manesse 205r Konrad Schenk von Landeck 

Le fin’amor est le fruit d’une tradition littéraire et musicale du sud de la France. C’est à dire des pays-d ’oc (duché d’Aquitaine, comté de Toulouse, et Limousin). Les plus anciens textes connus à ce jour proviennent du duc Guillaume IX d’Aquitaine (1071-1126). Vraisemblablement, le plus ancien troubadour à avoir composé le fin’amor. 

Au cours des XIe et XIIe siècles, le thème de l’amour courtois a fini par se diffuser à l’Europe médiévale. Influençant par-là, les littératures allemandes, castillanes, portugaises et même anglaises. 

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L’amour courtois une quête chevaleresque 

La chanson “Farai un vers, pos mi somelh”(je ferai un “vers” pour mon sommeil) dessine déjà un thème central de l’amour courtois. Celui de la mise à l’épreuve du chevalier qui doit prouver sa valeur à la dame. 

Le personnage de la chanson est ainsi confronté à un défi. Dans une forme de pèlerinage en Auvergne, Il fait la rencontre de Dame Agnès et de Dame Ermesse. De prime abord, elles convoquent le nom de saint Léonard, protecteur des paysans et des pauvres, et ainsi proposer leur assistance au protagoniste. Si de prime abord, cette aide est innocente, elle n’est en fait pas désintéressée. L’on devine rapidement leurs projets adultères et charnels. Elles demandent ainsi s’il saura tenir sa langue. A cela le protagoniste répond : ”babariol, babariol, babarian”. Facon d’exprimer qu’il est muet ; ou tout du moins qu’il ne peut s’exprimer clairement. C’est là aussi une duperie inhabituelle pour un chevalier, normalement droit et honnête. A ces drôles de termes, il y a aussi une explication linguistique qui se trouve dans cet article. Les deux femmes mariées l’invitent à souper.  

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Amour courtois et dépassement de soi chez Guillaume IX d’Aquitaine

Elles doutent à nouveau de sa sincérité, et lui font passer un nouveau “test”. Un chat roux le griffe le long du corps, et malgré la douleur et les blessures, ne bouge pas. La réussite à l’épreuve du chevalier, lui promet de “nous donner du bon temps”.  

C’est ici une chanson d’amour courtois à double sens. Il y a d’un côté la geste d’un chevalier, avec la rencontre, une série d’épreuves morales et physiques, le dépassement de soi et enfin la récompense. L’autre sens réside dans cette fin implicite où l’on se doute bien que l’acte est consommé.  

L’on note aussi le thème du raffinement avec le pain blanc, le bon vin, et du poivre, condiment des plus chers et luxueux du Moyen Âge. L’amour courtois n’est ici pas si honnête, et chaste que l’on aurait pu le croire. Il reste que Guillaume IX d’Aquitaine pose ici le fin’amor comme une quête chevaleresque. Celle-ci reprenant dans une certaine mesure les chansons de geste, narrant les exploits des chevaliers.  

Chrétien de Troyes, et le changement des thèmes du fin’amor 

Lancelot embrassant Guenièvre 
© Bibliothèque nationale de France 

Le cœur de l’amour courtois tient dans le fait que le chevalier doit prouver sa valeur, souvent envers une femme inaccessible. Avec Chrétien de Troyes le fin’amor évolue. Dans sa forme d’abord, passant de la poésie et chanson, au roman courtois. Une évolution concomitante au passage du fin’amor du sud vers le nord. Les thèmes aussi connaissent des changements. L’amour courtois se trouve délimité par les exigences morales et religieuses du XIIe siècle. Aussi Chrétien de Troyes, interroge la compatibilité entre l’amour courtois et les exigences de la chevalerie. Pour ce faire, il compose autour du célèbre Lancelot de la légende arthurienne et de son amour pour une femme mariée, la non moins fameuse Guenièvre épouse du roi Arthur. Dans “Lancelot ou le chevalier de la charrette”, le chevalier est tout entier dévoué à la reine, comme un vassal au service d’un suzerain. Ce qui retient aussi l’attention tient dans le fait que le fin’amor se fait reflet de la hiérarchie féodale. Ce roman est aussi le seul de l’auteur qui parle de l’amour d’un chevalier pour une femme mariée. Un amour impossible donc et thème récurrent du fin’amor de l’époque. 

Lancelot sur une charrette conduite par son écuyer, suivi de chevaliers 

Guenièvre et Lancelot : l’amour impossible ?

Dans une scène du roman, Guenièvre est retenue prisonnière et Lancelot a pour charge de la libérer. Il croise la route d’un nain qui concède à indiquer l’endroit où la reine est retenue captive, si le chevalier accepte de monter dans sa charrette. C’est là une humiliation pour un chevalier, la charrette étant destinée habituellement au transport des prisonniers. Lancelot hésite un instant ; mais monte dans la charrette. Préférant délaisser son honneur par amour. Cette marque d’hésitation sera plus tard reprochée au preux chevalier par Guenièvre.  

Il est intéressant de noter que Chrétien de Troyes interroge le paradoxe entre l’amour courtois et les valeurs de la chevalerie. L’amour courtois impliquant la soumission, et par extension une forme de déshonneur. C’est aussi une application de la conciliation cherchée entre les valeurs guerrières des chevaliers et celles du christianisme impliquant humilité et soumission.  

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L’amour courtois puise-t-il dans l’Antiquité ? 

Avant d’écrire sa légende arthurienne, Chrétien de Troyes avait été traducteur d’Ovide (43 av. J.-C. –17 ou 18 ap. J.-C.) auteur latin, célèbre pour ses œuvres poétiques. Ainsi “l’Art d’aimer” a été traduit et adapté au contexte médiéval sous le titre l’Art d’amors. Chrétien de Troyes avait aussi repris Les “Remèdes à l’amour” sous le titre : “Les commandemanz Ovide”. L’auteur latin expliquait comment guérir de la passion amoureuse quand on est en couple et après la rupture. Une somme de conseils qui auraient pu être utile à Lancelot… 

Les romans courtois ne sont pas sans liens avec ce que l’on a maladroitement appelé : “Les romans grecs”. Les thèmes y sont souvent relatifs à des amours contrariés. Les héros sont idéals, beaux et vertueux à l’instar du modèle de la figure du chevalier des romans courtois.  

Amour courtois et amour platonicien 

Aussi, l’on pourrait être tenter de voir un parallèle entre l’amour courtois marqué par une sublimation de l’amour et l’amour platonicien. Ce rapprochement a cependant ses limites. L’on a ici utilisé le terme d’amour platonicien au lieu d’amour platonique. Cette dernière formule ayant été forgée durant la Renaissance et donc anachronique pour l’époque traitée. De plus, il s’agit d’une interprétation. Platon expose une vision de l’amour où l’essentiel réside dans une connexion spirituelle et émotionnelle en lieu et place de la simple attraction physique.  

L’amour courtois lui s’inscrit certes dans la quête d’un idéal, et comme dans l’amour platonicien il implique une élévation de l’âme. Cependant, le fin’amor oblige à une forme de soumission et reste lié au monde terrestre et à la société dans lequel il se pratique.  

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L’amour courtois peut-il inspirer notre époque ? 

L’amour courtois est né d’une tradition littéraire et sociale issue du sud de la France. Le sentiment amoureux devient l’objet d’une quête ponctuée d’épreuves. Parfois, il se trouve contrarié ou assouvi. Dans tous les cas, l’on note le raffinement et la hauteur donnés aux sentiments. Le fin’amor a aussi valeur éducative pour la noblesse. Le chevalier courtois devenant un modèle à suivre y compris au XIIe siècle où déjà cette figure idéalisée décline. Il est aussi une part du rapport idéal et souhaité entre les hommes et les femmes du monde médiéval. 

A notre époque où les violences faites aux femmes et les féminicides ne cessent de se perpétuer. L’amour courtois ne devrait qu’inspirer notre société. D’autant plus qu’il est né en France…  

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