L’effet Tiffany et notre vision de l’Histoire 

Peut-être avons-nous tous connu l’effet Tiffany sans en connaitre le concept, ni le terme ? Par exemple, en lisant, un livre ou un visionnant un film historique. De voir dans une œuvre un élément trop moderne pour une époque et donc la considérer comme historiquement fausse, alors que… c’est vrai. C’est là un drôle de biais cognitif et un piège à éviter dans notre approche de l’Histoire. 

La naissance du concept de l’effet Tiffany 

L’on doit le terme “d’effet Tiffany” à Jo Walton, une auteure de science-fiction et fantasy. Pourquoi se prénom de Tiffany, en particulier ? C’est parce qu’il nous apparait comme moderne et à consonnance anglo-saxonne. Un prénom que pourrait porter une copine de lycée en terminale littéraire, ou un personnage de sitcom. Or, Tiffany est un dérivé du grec Théophania, qui signifie “la manifestation de Dieu”. Un nom remontant à l’Antiquité et aux premiers temps du christianisme, avec la fête de l’Epiphanie, soit la naissance du Christ. Les orthodoxes, nomment d’ailleurs la fête : Théophanie.  

Quelques exemples de l’effet Tiffany 

Percevoir un élément comme trop moderne pour une époque est aussi le résultat de nos propres attentes sur ladite période. Si l’on regarde un péplum se déroulant à Rome, l’on s’attendrait logiquement à voir les individus diner allongés sur des litières ; et l’on serait étonné de voir un homme boire un verre au comptoir d’un bar. Pourtant, de tels établissements de restauration existaient, c’étaient les popinae. Des tavernes (parfois mal famées), où l’on pouvait consommer du vin sur place, manger, jouer et fréquenter des prostituées. Pour suivre l’effet Tiffany et ainsi faire un anachronisme, l’on pourrait voir dans ces popinae des “saloons “ à l’Antique.  

Trop moderne pour cette époque, vraiment ? 

L’effet Tiffany est aussi une surprise d’assister à la “modernité” d’une époque. Les Egyptiens et leurs constructions monumentales – les pyramides de Gizeh sont emblématiques sur ce point – en sont un exemple. De même ceux-ci usaient d’outils chirurgicaux ressemblant étrangement à ceux utilisés dans nos hôpitaux modernes. Autre exemple, avec cette fois le film “Gladiator” qui montre des gladiateurs organisés et entrainés au sein d’une école (ludus). De même, il existe tout un système de paris, et dans une certaine mesure un “business” autour de la gladiature. Cela peut sembler étrangement semblable à nos clubs sportifs et aux paris que l’on peut faire sur des équipes. Le péplum Ben-Hur de 1959 ne fait pas exception, avec ses factions (portant des couleurs) et qui supportent son “écurie”. Ce n’est pas si différent des supporters de foot ; ou même de notre PMU. 

L’effet Tiffany et l’influence de notre culture et de notre éducation 

Pour reprendre les mots de l’anthropologue de Jennifer B. Delfino : “L’effet Tiffany se produit lorsque les gens perçoivent la culture populaire dans des supports comme les livres, les sitcoms ou les films comme étant historiquement inexactes parce qu’elles semblent trop modernes alors qu’elles ne le sont pas.” 

Un biais qui s’applique aussi de façon inverse à la vision de certaines époques parfois idéalisées. Les années 1950 aux Etats-Unis, par exemple, sont souvent représentées comme une époque de prospérité avec des familles heureuses évoluant dans des banlieues tranquilles. La réalité est plus sombre et marquée par des tensions raciales et des inégalités économiques.  

Autre époque et autre lieu : l’ère victorienne, perçue comme une période de grandeur et de moralité stricte. Des ouvrages célèbres se sont emparés de cette époque. “Jane Eyre” par Charlotte Brontë évoque l’indépendance féminine et la recherche personnelle. Des thèmes qui nous semblent étonnamment modernes et proches de notre époque. Autre héros de cette époque, “Sherlock Holmes”, et ses méthodes de déduction et son usage de la science pourraient nous sembler comme trop modernes pour son temps.  

Toujours lors de l’époque victorienne, un film de 2006 intitulé “The Prestige” explore la rivalité entre deux magiciens. Ils utilisent des éléments de science et de technologie, à nos yeux futuristes, mais en réalité historiques. L’on pense notamment à la Lanterne magique, un appareil optique, apparu au 17e siècle qui, permettait de projeter des images peintes sur des plaques de verre. Les images pouvaient être fixes ou animées grâce à des juxtapositions de verres mobiles, créant des effets visuels impressionnants qui pouvaient sembler presque « holographiques » pour l’époque. 

Effet Tiffany et esprit critique 

L’effet Tiffany peut évidemment varier selon les individus et les communautés. Il n’est pas sans rappeler aussi un autre biais : l’effet Mandela. Ce dernier a néanmoins quelque chose de plus problématique dans le sens où il trompe complètement notre mémoire des faits historiques. L’effet Tiffany à ceci d’intéressant qu’il pousse à l’esprit critique et à remettre en cause ce que l’on croyait acquis. L’Histoire n’est décidément pas un passé figé ; mais changeant en fonction de nos connaissances et points de vue.  

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