L’Iliade représente bien un récit fondateur de la littérature grecque et plus largement de la culture hellène. Le poème épique composée par Homère en exaltant les exploits des héros achéens et troyens offre la représentation d’un monde grec archaïque, où l’honneur et le courage sont prépondérants. Aussi de part les valeurs morales véhiculées, l’Iliade était à la base de l’éducation littéraire et morale des jeunes grecs – du moins des enfants aristocratiques et des plus aisés. Une épopée fondatrice, dans laquelle hommes et dieux prennent place dans un conflit autant glorieux que tragique.

Iliade Jour 1 : Chant I : la querelle
Cela fait dix ans que Troie est assiégée. La peste sévit dans le camp des Achéens installés sur le rivage, au pied de la cité. C’est là un châtiment envoyé par Apollon pour punir le roi Agamemnon qui détient en captivité une dénommée Chryséis qui se trouve être la fille du prêtre de la divinité. Lors de la réunion de l’assemblée des guerriers, le devin Calchas révèle la cause de la colère d’Apollon. Agamemnon consent alors à rendre Chryséis , mais exige en compensation la captive d’Achille, Briséis. S’estimant déshonoré, Achille dans sa colère décide de se retirer du combat et demande à sa mère, Thétis, d’intercéder auprès de Zeus pour que sa vengeance soit éclatante. Zeus promet à Thétis d’assurer la victoire des Troyens, ce qui suscite le courroux d’Héra, favorable aux Achéens (mais Héphaïstos ramène la paix dans le ménage divin).
Jour 2 : Chants II à VII : batailles et combats singuliers
Chant II : Zeus envoie un songe trompeur à Agamemnon et lui promet la victoire. Le roi, pour éprouver le courage de ses soldats, leur propose de lever le siège et de rentrer. Les Achéens courent aux vaisseaux. Mais Ulysse ramène le calme et l’ordre tandis que Nestor redonne courage à tous par ses propos. Suit le détail des forces achéennes et troyennes.
Chant III : Les deux armées sont le point de se livrer bataille quand le Troyen Pâris, fils de Priam et époux d’Hélène, défie les chefs achéens. Ménélas, roi de Sparte et ancien époux d’Hélène, relève le défi . Une trêve est conclue pour permettre le combat singulier des deux rivaux. Hélène, cause de la guerre, reviendra quant à elle au vainqueur. Dans une scène demeurée célèbre, Hélène, du haut des remparts de Troie, indique à Priam les principaux chefs achéens. Le combat s’engage. Au moment où Ménélas va tuer Pâris, Aphrodite le sauve en l’enveloppant d’un brouillard : elle le transporte à son palais où il retrouve Hélène.
La fin de la trêve
Chant IV : La trêve est rompue : les dieux hostiles à Troie excitent Pandaros, l’un des alliés lyciens de Troie, à lancer une flèche qui blesse Ménélas. Ce qui est jugé comme une perfidie entraîne la reprise des combats.
Chants V, VI, VII : la bataille : Diomède, le héros achéens rentre dans un état d‘aristie (transe ouvrant à des exploits guerriers ). A la fois vainqueur de Pandaros et d’Énée, il se met à poursuivre aussi les divinités favorables à Troie comme Aphrodite et Arès (chant V). Les exploits de Diomède s’interrompent quand il se trouve face au Lycien Glaucos, qui fut par le passé l’un de ses hôtes. De fait, les deux combattant renoncent à se battre.
Hector quitte à son tour le champ de bataille pour inviter sa mère Hécube à offrir un sacrifice à Athéna ; il rencontre Hélène et Pâris dont il ranime le courage puis croise son épouse Andromaque et Astyanax (chant VI). Hector et Pâris retournent au combat. Un nouveau défi singulier se produit entre Hector et Ajax. Les héros s’affrontent mais le combat demeure indécis.Enfin, une trêve d’un jour est conclue pour relever les morts : durant la nuit les Achéens fortifient leur camp (chant VII).
Jour 3 et nuit qui suit : Chant VIII à X Chant VIII
C’est une nouvelle journée de bataille, soit la deuxième du poème. Conformément à ce qu’il avait promis, Zeus accorde la victoire aux Troyens. Les Achéens se réfugient derrière leurs fortifications tandis que les Troyens campent dans la plaine. Chant IX : au cours de la nuit qui suit : Ajax, Ulysse et Phénix sont envoyés en ambassade à Achille. Celui-ci reste inflexible et rejette les propositions d’Agamemnon. Chant X : durant la même nuit, sur une suggestion de Nestor, Ulysse et Diomède vont espionner les positions troyennes. Ils capturent Dolon, un espion ennemi, et tuent le Thrace Rhésos, venu secourir Troie.
Jour 4 : Chants XI à XVIII Chant XI : le récit de la déroute des Achéens
De nombreux chefs achéens sont blessés dont Agamemnon, Diomède et Ulysse. Les Troyens conduits par Hector refoulent leurs ennemis dans leur camp. Achille, qui assiste à la retraite, envoie Patrocle s’informer. Nestor suggère à Patrocle de rejoindre lui-même le combat revêtu des armes d’Achille pour faire peur aux Troyens et les repousser.
Chant XII : les Troyens assaillent les fortifications et attaquent le camp achéen. Chant XIII : les deux armées se battent sur la plage. Les Troyens s’efforcent d’atteindre les navires ennemis. Zeus, considérant que la victoire troyenne le rend quitte de sa promesse, laisse Poséidon secourir les Achéens et Ajax arrête l’élan d’Hector. Chant XIV : Héra séduit Zeus pour détourner son attention des combats. Poséidon en profite pour encourager les Achéens qui parviennent à repousser leurs ennemis. Chant XV : quand Zeus se réveille, il envoie Apollon au secours des Troyens. Sous la conduite d’Hector, les Troyens acculent une nouvelle fois les Grecs à leurs bateaux et cherchent à y mettre le feu. Ajax ranime la résistance des Achéens.
Chants XVI à XVII : la Patroclie.
Patrocle supplie Achille de le laisser rejoindre la bataille. Ce dernier lui confie ses armes et ses hommes tout en l’avertissant de ne pas mener trop loin sa poursuite. Au moment où Hector, près des vaisseaux, met le feu à un premier bateau, Patrocle apparaît et les Troyens reculent. Patrocle tue Sarpédon et poursuit son attaque. Oubliant les recommandations d’Achille, il repousse les Troyens jusqu’aux murs de leur cité mais est arrêté par Apollon. Euphorbe le blesse et Hector le tue (XVI). Le chant XVII est consacré aux combats autour du corps de Patrocle. Hector conquiert ses armes mais les Achéens ramènent le corps de leur compagnon.
Aristies de Ménélas, Ajax, Hector et Énée. Chant XVIII : Achille apprend la mort de Patrocle et décide de le venger en tuant Hector. Thétis lui rappelle que sa propre mort suivra de près celle d’Hector. Elle se rend ensuite chez Héphaïstos qui prépare de nouvelles armes pour Achille dont un bouclier dont la description (ekphrasis) est restée célèbre. Toute la nuit Achille veille le corps de Patrocle.
Jour 5 : Chants XIX à XXII : retour d’Achille au combat et mort d’Hector
Chant XIX : Achille accepte les excuses d’Agamemnon, revêt son armure et part affronter Hector malgré la prophétie de son cheval Xanthos qui, doué pour un instant de la parole, lui annonce sa mort prochaine. Chant XX : Zeus autorise les dieux à se mêler au combat. Achille attaque les Troyens. Il tue tous ceux qu’il rencontre sauf Énée, que Poséidon sauve et Hector, dont Apollon assure le salut. Les Troyens font retraite. Chant XXI : Achille combat même le fleuve Scamandre dont les eaux sont rougies par les corps qui s’y entassent. Quelques dieux olympiens se battent et Athéna s’en prend à Arès et Aphrodite. Les dieux regagnent l’Olympe et les Troyens se réfugient à l’intérieur des remparts de leur cité.
Chant XXII : Mort d’Hector. Achille retrouve Hector qui lui avait échappé. Effrayé, ce dernier s’enfuit et fait trois fois le tour de la ville. Puis il se ressaisit et fait face : Achille le tue, attache le corps à son char et rejoint le camp achéen où l’on chante le Péan. À Troie, c’est la désolation qui étreint Priam, Hécube et Andromaque.
Iliade Jour 6 : Chant XXIII : funérailles de Patrocle
Durant la nuit, l’ombre de Patrocle apparaît à Achille et lui demande de l’ensevelir. Le jour suivant on célèbre ses funérailles. Les Achéens organisent des jeux en l’honneur de Patrocle. Douze jours plus tard : Chant XXIV Durant onze jours après sa mort, le corps d’Hector reste exposé mais intact de par la volonté d’Apollon. Les dieux conseillent à Priam d’offrir une rançon pour le corps de son fils et enjoignent à Achille de le lui restituer. Durant la nuit, conduit par Hermès, Priam se rend au camp achéen et est reçu par Achille qui lui rend le corps d’Hector.
Le chant concluant l’Iliade substitue au climat guerrier et violent qui a jusqu’alors prévalu, la pitié et la compassion. L’humanité et la fraternité dans la souffrance devenant épilogue des valeurs guerrières exaltées par le poème. Le sentiment des malheurs et des deuils partagés sont à la base d’une compréhension mutuelle réunissant pour un instant les deux ennemis. Priam ramène à Troie avant le jour le corps de son fils et le poème se termine sur une scène de deuil, avec les lamentations d’Andromaque, d’Hécube et d’Hélène, lors des funérailles d’Hector.
L’Iliade et la culture grecque
Ce dont il est question dans l’Iliade, c’est d’honneur. Valeur centrale dans cette représentation d’un monde grec archaïque où les héros, et les rois s’affrontent autant pour préserver leur cité que pour une gloire censée faire rentrer dans la légende et outrepasser la mort et l’oubli. Si bien des combats se font de manière franche et directe entre deux ou plusieurs guerriers, en accord avec une forme de code guerrier qui fait consensus entre les belligérants ; la perfidie et la ruse ne sont pas moins exemptes du récit.
Le cas de l’usage de l’arc par Pandaros, est considéré comme déloyal et perfide, soulignons aussi que ce tir a été encouragé par les dieux, présents tout au long du récit et prêts à supporter leurs « champions » respectifs. Le héros Ulysse incarne cette ruse, en grec la métis, et l’épisode ultérieur du cheval de Troie raconté dans l’Odyssée en témoigne bien. L’honneur, le courage, en contrepoint à la ruse et la perfidie sont autant de témoignages des mentalités et de la morale des individus de l’Antiquité.
Honneur et colère dans l’Iliade
L’Iliade, c’est la colère d’Achille atteint dans son honneur par Agamemnon. Une ire manifestée par son retrait des combats, soit une absence qui compromet les chances des Achéens de remporter la victoire. C’est finalement la mort de Patrocle, qui fait reprendre les armes à un héros endeuillé et ivre de vengeance. Hector, le prince troyen défendant vaillamment sa cité finit par tomber sous les coups d’Achille au terme d’un combat épique entre les deux plus grands héros de l’épopée. Deux héros se faisant reflet l’un de l’autre, Achille héros individuel luttant pour sa propre gloire et Hector héros au service du collectif de sa cité.
La mort du Troyen préfigurant finalement celle du fils de Pélée et Thétis, dans une inéluctabilité tragique. La fatalité et la fragilité de la destinée humaine se révélant finalement dans le dernier chant faisant de l’Iliade un récit fondateur de la culture grecque ; et viatique morale pour chaque individus d’une époque à la fois lointaine et proche de nous.
Résumé de l’Iliade Source : S. Saïd, M. Trédé, A. Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, PUF, C1, 1997


