Charlemagne, roi et empereur

Charlemagne, roi et empereur, père de l’Europe. Roi qui a « inventé l’école » dans la chanson de France Gall. Une dernière idée reçue c’est vrai, cependant le règne du roi des Francs a bien favorisé un renouveau culturel et religieux dans l’Occident médiéval des VIII et IXe siècles. Et par l’épée, Charlemagne ressuscitait l’Empire romain d’Occident e ouvrant « l’ère carolingienne ».

Le roi des Francs

Portrait de Charlemagne en noir et blanc généra par Dall-E.
Portrait de Charlemagne généré à l’aide de Dall-E. Le visage sage et la barbe sont conformes à la représentation que l’on se fait du souverain.

On ne connaît avec certitude la date de naissance précise du souverain. On peut pencher pour la date de 742, la plus probable ou encore 747, mais rien n’est absolument certain. De même que pour son lieu de naissance, peut-être en Austrasie dans le nord-est de la France. Ce qui est certain, c’est que le père de Charlemagne est Pépin le Bref, d’abord maire du palais de Neustrie, puis roi des Francs à partir de 751 après le renversement de Childéric III – dernier monarque de la dynastie mérovingienne. Sa mère est Bertrade de Laon, une aristocrate franque.

Le jeune prince appartient donc aux Francs, à l’origine une confédération de peuples originaires de Germanie. Des « hommes libres » par définition, qui font de la guerre l’une de leurs activités essentielles. C’est par le combat que les élites franques se démarquent et augmentent leur prestige. Vainqueur des Gallo-Romains, et de leurs rivaux germaniques, les Francs fondent les royaumes mérovingiens où la domination sociale s’assure par l’excellence martiale. Charlemagne, en bon aristocrate, ne réchappe pas à cette tradition militaire. Il poursuit donc la politique d’expansion héritée à la fois des Mérovingiens et de Pépin le Bref. Ce dernier décédé en 768 laisse à son fils un royaume solide. A la fois grâce aux succès obtenus contre les Bavarois et les Alamans entre 743 et 746. A la réussite de la politique de soutien à la papauté confrontée aux Lombards. A la prise de Narbonne qui pousse les Musulmans a quitter la Septimanie. Enfin, les velléités d’indépendance de l’Aquitaine sont calmés.

Carte du partage ru royaume franc entre Charlemagne et Carloman

Conformément, à la règle de partage du royaume, Charlemagne et son frère Carloman Ier se voient confier la souveraineté sur deux territoires distincts. Mais cette situation ne dure qu’un peu plus de trois années – jusqu’en 771 avec la mort brutale de Carloman. Charlemagne, privilégiant l’unité complète du royaume au respect des règles de succession capta les territoires de son défunt frère au détriment des fils de Carloman Ier. En conséquence, ceux-ci avec leur mère Gerberge se réfugient en Lombardie auprès du roi Didier, ce qui ne manque pas d’avoir des conséquences. Charlemagne est donc maître de l’ensemble du royaume franc. Et se trouve en mesure de reprendre la politique de son père. 

Les campagnes de Charlemagne

En soi Charlemagne n’apporte pas vraiment de rupture. Il combat sur les mêmes fronts que ses prédécesseurs, en y ajoutant toutefois l’Espagne musulmane et surtout la Saxe, ennemi constant et résolu de son règne. Bien que le titre de cet article évoque Charlemagne comme un bâtisseur d’empire, il ne faut pas supposer que les Francs ont établi une stratégie de conquête précise. Dans les faits, ils réagissent le plus souvent au plus pressé ou à des appels. Se déplaçant d’un front à l’autre, revenant parfois dans des territoires supposément pacifiés ou soumis.

Au sud

La première grande campagne de Charlemagne ou du moins celle qui a eu le plus de conséquences politiques se déroule en Italie en 773. C’est une intervention à la demande du pape inquiet des velléités expansionnistes de Didier. Charles s’empare de la capitale Pavie en 774 et en profite pour prendre la couronne de roi des Lombards. Didier lui est envoyé comme moine à Corbie. Poussant son avantage, le souverain s’empare du duché de Spolète et impose un tribut à celui de Bénévent. Territorialement, les Francs se retrouvent désormais voisins des terres soumises à l’autre puissance européenne de l’époque : Byzance.

Toujours dans le sud de son royaume, il faut surveiller à nouveau l’Aquitaine, et surtout l’Espagne sous domination arabe. C’est encore un nouvel appel, celui de révoltés musulmans contre l’émir de Cordoue qui décide de l’intervention de Charlemagne. Cette expédition lancée en 778 est un échec. Saragosse tenue par des loyalistes ne peut être prise, dans leur retraite les Francs pillent Pampelune. Enfin, il y a aussi la fameuse défaite de l’arrière garde vaincu par les Basques au col de Ronceveaux. Un épisode resté célèbre avec la chanson de Roland. Par la suite, Charlemagne n’intervient plus personnellement en Espagne déléguant la constitution de ce qu’on peut appeler un « glacis défensif » entre les Pyrénées et l’Èbre à des comtes d’Aquitaine et à son fils Louis qui parvient à prendre Barcelone en 801.

A l’est

La Bavière pose problème, en cause les ambitions du duc Tassilon III, qui souhaite obtenir son indépendance. Il faut en passer par les armes pour forcer un serment de fidélité de Tassilon en 787. Une soumission de façade du duc rebelle, car il complote bientôt avec les Avars, peuple d’origine asiatique et païens, ennemi des Francs. En 794, Tassilon est enfin déposé. Les Avars, eux sont vaincus en 796, et leur forteresse nomade le Ring est pris avec tout le butin amassé depuis des siècles. C’est là un fabuleux trésor, de quinze chariots d’or bien utiles pour les finances de l’empire. Enfin, la terre des Avars est constituée en marche christianisée par des missionnaires soutenus par Charlemagne.

Au nord

Nous l’avons évoqué plus haut, c’est la Saxe qui concentre la majorité des opérations militaires. La valeur d’un chef de guerre se mesure à la force de ses ennemis et Charlemagne ne déroge pas à cette règle. Pendant un tiers de siècle, les Saxons, peuple guerrier, et païen défient les Francs. C’est en réaction aux raids dévastateurs que les Saxons entreprennent sur les villages et les abbayes que Charlemagne lance sa première campagne dés 772. Les représailles sont sanglantes, les Francs multipliant pillages, destructions et massacres. A Verden en 778, plus de 4 000 Saxons sont exécutés. En 785, c’est par la loi que Charlemagne tente de soumettre ses ennemis ; mais sans résultats pour les irréductibles Saxons. Entre terreur et guerre d’usure, c’est finalement le baptême du chef saxon Widukind, et d’autres nobles qui font baisser l’intensité des combats jusqu’à un ultime sursaut en 804.

A l’ouest

Ce dernier point cardinal n’est pas oublié par Charlemagne, Une expédition est lancée en 786, contre les Bretons d’Armorique rétifs à payer le tribut. Il n’y a pas de grands résultats, le comte Guy tente bien une entreprise de conquête qui confine plus à un grand raid.

Un empire sur l’Europe occidentale.

Soixante, c’est le nombre total de campagnes militaires du règne de Charlemagne qui a combattu les Bretons, les Lombards, les musulmans d’Espagne, les Bavarois, les Bénéventains, les Slaves, les Avars et enfin les Saxons, les ennemis les plus opiniâtres. Le roi n’a pas été systématiquement vainqueur sur tous les fronts, mais au terme de sa vie le 28 janvier 814, il a bâti un empire dont la superficie dépasse le million de kilomètres carrés et dont la population atteint les 20 millions d’habitants. Le roi des Francs héritier de Pépin le Bref, a été sacré empereur par le pape en 800, relevant un titre qui avait disparu en Occident depuis la chute de l’empire romain. Charlemagne ouvre ainsi la « renaissance carolingienne » par ses réformes, et son attachement aux arts et aux lettres. Malheureusement, son œuvre ne lui survécut pas, et son empire fut partagé entre ses descendants. La récidive d’un empire à l’échelle de l’Europe occidentale fut bien tentée par d’autres, en l’occurrence le Saint-Empire romain germanique ou encore par Charles Quint bien des siècles plus tard. Sans succès jusqu’à Napoléon qui parvint à ce rêve impérial mais pour un temps fugace au regard de l’Histoire. Charlemagne demeure bel et bien le père de l’Europe.

Sources :

Guerres & Histoire n°29.

Jean Favier, Charlemagne, coll.Texto, Tallandier, 2013.

Philippe Contamine, La guerre au Moyen-Âge, PUF, 2003 (réed). ​

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