L’édit d’Alès : l’épilogue des guerres de religion

L’édit d’Alès, promulgué le 28 juin 1629 par Louis XIII, visait à mettre un terme à la reprise des conflits entre protestants et catholiques en France. Cet édit signerait la fin d’une serie de conflits destructeurs.

Le cas des guerres de religion en France

“Je veux que ceux de la religion vivent en paix en mon royaume. Il est temps que nous tous, saouls de guerre, devenions sages à nos dépens. » disait Henri IV en évoquant alors l’édit de Nantes promulgué en 1598 ; mettant un terme – ou plutôt une parenthèse comme on le verra – aux conflits destructeurs entre protestants et catholiques. Un peu plus de quatre siècles plus tard, un autre Béarnais, François Bayrou disait : « Les guerres de religion ne sont jamais finies. Elles ne demandent qu’à se rallumer. »

Du fait des conflits religieux, le XVIème siècle en France fut marqué par un cortège de rébellions, de massacres, de régicides, et de partitions territoriales. Si l’édit de Nantes est admis comme une victoire de la tolérance religieuse et de la paix. Il n’est pourtant pas l’épilogue d’un conflit qui s’est étalé sur une grande partie du XIVème siècle. La guerre couvait toujours.

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Les Protestants : un État dans l’État ?

L’édit de Nantes avait donc ramené la paix dans une France déchirée par la guerre civile entre catholiques et protestants ; mais cela a aussi eu pour conséquence de favoriser la création d’un « État protestant” à l’intérieur même du royaume. En particulier, par l’autorisation pour les huguenots (autre nom des protestants) de conserver leurs places fortes dans le royaume. En 1610, à la mort d’Henri IV, on comptait près de deux cents places de sûreté protestantes commandées par un gouverneur. Ces villes fortes disposaient d’une garnison dont les capitaines obéissaient aux grands seigneurs huguenots. Au total, les garnisons, les levées de noblesses et les milices des villes pouvaient faire marcher vingt-cinq mille hommes, soit beaucoup plus que les régiments permanents de la couronne. Un État protestant, plus ou moins embryonnaire se formait donc avec ses assemblées, ses places fortes, ses villes fortifiées, et ses garnisons militaires.

En 1621, La Rochelle, cité portuaire riche de 18 000 protestants déclara même son indépendance. Ce bastion du protestantisme se fondait comme une république calquée sur celles des Provinces-Unies. Par ailleurs, l’Angleterre apporta son aide à la cité désormais indépendante.

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Une menace sérieuse pour le pouvoir royal

Louis XIII, roi catholique et pieux, s’était montré conciliant avec les protestants par respect pour les mesures prises par son père Henri IV, ; néanmoins, lui et son ministre le cardinal de Richelieu estimaient que l’intégrité du pouvoir royal était menacé.

Les questions politiques et militaires se juxtaposaient avec le religieux. L’ambition était de reconquérir spirituellement les protestants et les rattacher au catholicisme. Divers campagnes furent menées contre les huguenots factieux et leurs places fortes. Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime) est prise en 1621, mais le fils d’Henri IV échoue devant Montauban. Montpellier est assiégé en 1622 et un accord est trouvé entre le roi et les Protestants. Le point d’orgue du conflit se situa à La Rochelle, dont le siège fut confié à Richelieu. La ville finit par capituler le 28 octobre 1628.

Le libre exercice du culte protestant resta maintenu, tandis que le catholicisme fut réinstauré, c’est un pardon accordé par le roi. Le terme du conflit se produit en 1629, avec le siège de Privas, puis celui d’Alès qui se rend le 17 juin. La victoire sur la rébellion des protestants se régla avec l’édit d’Alès promulgué le 28 juin 1629. Les huguenots devaient renoncer à leurs assemblées, à leurs places fortes, à leurs capacités militaires et enfin à leur existence comme parti politique. Conformément aux prescriptions de l’édit de Nantes, la tolérance à l’égard du culte protestant était maintenue ; toutefois, il fut ordonné que le culte catholique soit à nouveau réinstauré dans les territoires autrefois dévolus au protestantismes.

L’édit d’Alès : affirmation du pouvoir et magnanimité du roi

Richelieu exprimait la politique du trône avec ces mots : « […] Il faudra que toute les fortifications des villes soient rasées, pour le reste, ils trouveront dans le roi la bénignité la plus grande, on leur laissera leurs biens, la liberté de conscience, leurs privilèges et d’autres choses encore, mais Sa majesté veut qu’ils soient ses sujets, qu’ils n’aient pas le moyen d’en faire à leurs tète ni de se refuser à leur devoir ».

Ainsi, l’édit de Grâce d’Alès et le terme de « Grâce » est essentiel, car il traduit bien un changement dans les rapports entre le roi et ses sujets réformés. Il ne s’agit pas seulement d’un traité, mais d’un acte unilatéral émanant du souverain seul. C’est la fin des guerres de religion en France, et l’État royal affirme sa domination politique sur tous les sujets, contribuant ainsi à un absolutisme qui se déclara complètement avec Louis XIV. Ce dernier, d’ailleurs, ne perpétua pas la politique de tolérance religieuse de ses prédécesseurs. L’édit de Fontainebleau du 18 octobre 1685, interdit la pratique du protestantisme dans tout le royaume.

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Les guerres de religion : un conflit politique et surtout spirituel

Les protestants ne représentaient qu’un, relativement, faible pourcentage de la population, en 1559 on parle de 10% . Pourtant, la religion dite “réformée” avait su gagner les grandes familles de la noblesse : “ils étaient plus influents que nombreux”

L’édit d’Alès, permet de mesurer la portée politique de cette lutte. Il s’agissait de réduire une faction dissidente, d’ôter aux protestants toutes capacités de se créer un État. Cet angle politique est important ; mais pourtant pas essentiel pour appréhender tous les enjeux des guerres de religion. Si il s’agit bien de guerres civiles, c’est aussi et surtout une lutte dans laquelle la passion religieuse alimente une violence qui est portée à son paroxysme. Denis Crouzet explique que « cette violence résulte d’un imaginaire collectif où s’affronte deux visions du salut et des moyens pour y parvenir ».

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L’angoisse du jugement dernier et la justification de la violence

Les exactions commises par les catholiques à l’endroit des huguenots deviennent une sorte de catéchisme de combat contre l’hérétique. De plus, le XVIème siècle est marqué par une « angoisse eschatologique », soit le sentiment que la fin du monde est proche. L’hérésie protestante en est d’ailleurs un signe pour les catholiques. Durant le massacre de la Saint Barthélemy le 24 août 1572, le reverdissement d’un buisson d’Aubépine au cimetière des innocents est considéré comme un prodige signifiant que : « […] le massacre des ennemis de Dieu qui vient de commencer est reconnu par Dieu comme un acte d’amour de chrétiens faisant retour vers lui, qui ne supporte pas d’infidélité. »

L’idée que le déchaînement de la violence est induit par la quête pour le salut de l’âme, et plus largement par la passion religieuse est sans doute fondamentale pour comprendre les guerres de religion. Il s’inscrit dans le débat contemporain sur le rôle du religieux dans les violences actuelles. Un réflexion d’autant plus importante à l’heure où le salafisme djihadiste instrumentalise la religion pour justifier ses crimes.

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