Le mouvement lycéen de septembre, début octobre 2026

Déjà qualifiés « d’historique » et de « singulier » dans certains médias, le mouvement lycéen de la fin septembre et de ce début octobre le sont peut-être bien. Certains aussi ont parlé d’un « nouveau mai 68 ». Sans aller aussi loin dans le parallèle tâchons déjà d’interroger la, ou plutôt les natures, de ce mouvement.

Quand, et où tout a commencé

Dans la métropole, le mouvement lycée a commencé dès le 18 septembre, avec quelques tentatives de blocage. Le 21 septembre, le lycée Saint-Exupéry à Créteil est bloqué. Le mouvement s’étend à l’île de France et le 24 et 25 septembre les perturbations concernent une soixantaine d’établissements. Une actualité pas ou peu couverte par les médias, trop occupés avec la venue du pape Léon XIV en France.

Lundi, soit le 28 septembre, le mouvement lycéen s’est étendu, entre autres, aux régions du Rhône, du Var et des Alpes maritimes. La suite de la semaine a vu la contestation grandir avec plusieurs centaines de lycées perturbés et bloqués. Le mouvement lycéen s’implante dans de nombreuses métropoles : Paris, Lille, Marseille, Strasbourg, Rennes, Nantes, Bordeaux, Reims, Nancy, etc…

Nous avons choisi dans le titre de reprendre le terme de « mouvement lycéen », or comment nommer correctement ce qu’il se passe dans les « bahuts » français ? Les blocages restent un classique des mouvements lycéens et étudiants. Les blessés graves, émeutes, pillages et camions de pompiers brûlés, moins. Sur ce dernier point, bon nombre d’images ont rappelé ce qu’il s’est passé avec l’affaire Nahel ou bien les émeutes et dégradations à la suite de la première (et de la seconde) victoire de la Ligue des Champions par le Paris Saint-Germain.

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Un mouvement lycéen différend des autres

Ce qui fait une nette différence entre le mouvement lycéen actuel et ceux antérieurs, c’est l’absence d’un « déclencheur » précis. Habituellement, les mobilisations lycéennes se font en réaction à une réforme ou une loi voulue par l’État. L’exemple du CPE ( contrat première embauche, en février et mars 2006 ) nous vient en tête. Lycées et facultés avaient été bloqués pendant des semaines. Autre exemple plus récent, en 2023, avec la réforme des retraites qui avait mobilisé de nombreux étudiants dans les cortèges. Dans les deux cas cités, on assistait à une sorte de ruissellement de la mobilisation. Des universités vers les lycées pour le CPE, ou des organisations syndicales vers les jeunes pour la réforme des retraites. Pour le mouvement de 2026, ce sont les lycéens qui ont pris l’initiative.

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Quelles sont vos revendications ?

Vaste question pour un lycéen âgé d’entre 15 ans et 18 ans (pour ceux qui n’ont pas redoublé). Les revendications sont variées. Allant des enseignants non remplacés au nombre d’heures de cours trop élevé, à la charge de travail, ou encore la vétusté des établissements. Sur ce dernier motif, que penser quand on assiste à l’incendie de la façade du lycée Nelson Mandela à Nantes ? Établissement, soit dit en passant, neuf inauguré en 2014…

Voilà grosso modo les demandes concernant le scolaire, l’on passera volontiers sur la « bouffe de la cantine », le retour des smartphones ou des Playstation 5 dans la salle commune.

Plus sérieusement, ces mouvements lycéens ont des teneurs de revendications politiques, sociales, et communautaires tout cela avec une nette préférence pour un parti.

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La France insoumise aux commandes ?

C’est ce que laissent entendre les renseignements généraux. LFI, le parti de Jean-Luc Mélenchon serait à la manœuvre. Instrumentalisant au passage la jeunesse pour servir des intérêts électoraux. Du moins l’espère-t-il. Au vu des récents sondages, le candidat Mélenchon n’accéderait pas à l’Élysée. Alors, et c’est que qu’il avait théorisé, lui faudra-t-il prendre le pouvoir par la rue. Notons que des députés LFI avaient encouragé à la désobéissance civile, voire à l’insurrection en cas de victoire du Rassemblement national.

À noter aussi que Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à jeter de l’huile sur le feu. De même que pour le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko dans un discours plutôt à l’aise, dira-t-on sur la violence légitime des jeunes.

De ce point de vue, l’on peut facilement se dire que le mouvement lycéen actuel représenterait un tour de chauffe avant les élections présidentielles de mai…

Les blocages continuent

Le mardi 6 mai a été considéré comme à haut risque du fait de la convergence des organisations étudiantes, syndicales et professionnelles. Le jour J, les manifestations ont réuni 266 000 personnes selon le ministère de la justice, et 450 000 selon les manifestants. Entre l’estimation basse et haute on peut compter sur un juste milieu, bref. Une forte mobilisation tout de même, mais les slogans raisonnaient moins sur des problématiques lycéennes que sur d’autres thématiques. ACAB (All Cops Are Bastards, traduction : tous les policiers sont des bâtards, (entendre aussi enfoirés), ou « Free Palestine » étaient notamment très régulièrement scandés.

Au mercredi 7, les blocages se poursuivent et les cours sont, soit partiellement ou totalement, suspendus dans 528 établissements.

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Un mouvement qui s’éloigne de ses problématiques initiales

Au 7 octobre Science Po Paris faisait sa jonction avec le mouvement lycéen. Bien évidemment la politique ne pouvait être loin, les députés LFI Thomas Porte et Antoine Léaument étaient présents sur les lieux. Si la « solidarité avec les lycéens » a été annoncée, il s’agissait aussi pour les étudiants d’afficher leur soutien aux Palestiniens… ou plutôt de manifester leur antisionisme. Le jour même du 7 octobre, date commémorant les vagues d’attentats contre Israël, ne pouvait être anodin. Et des relents d’antisémitisme se sont fait sentir. Entre autres, des pancartes et des tags portant la mention : « Vive le déluge d’al-Aqsa », Nom de l’opération menée par le Hamas visant les Israéliens.

Il sera désormais difficile de parler d’un simple mouvement lycéen tant il est éloigné des problématiques scolaires et étudiantes.

Les lycées, miroirs de notre société française

En soi, les lycées ont leur sociologie et il est naturel qu’ils reflètent l’état de la société française. C’est-à-dire fracturée, polarisée entre une gauche et une droite représentée respectivement par Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Deux aspirations et deux idéologies pour le pays, aux antipodes l’une de l’autre. En cela les mouvements lycéens sont représentatifs de cet affrontement. Quand on mélange les revendications scolaires, la politique, ainsi que les questions sociales et communautaires l’on obtient un cocktail forcément explosif. Quid de ce qu’il se passera en mai 2027 ? L’avenir y répondra, l’histoire l’expliquera.

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