Grand Theft Auto : un pilier dans l’histoire du jeu-vidéo

Grand Theft Auto, connu sous son acronyme « GTA », fait partie de la saga de jeux vidéo la plus vendue de l’histoire vidéoludique. En véritable phénomène culturel et économique, le cinquième volet a atteint 210 millions d’exemplaires. À l’occasion de la sortie prochaine de GTA 6 en novembre 2026, c’est l’occasion de revenir sur l’histoire de cette saga de jeux-vidéos bien différente des autres.

Grand Theft Auto, un monde ouvert et un bac à sable 

Grand Theft Auto, traduisible en français par « vol caractérisé d’automobile », est tout à la fois un open-world, une simulation de vie de criminel, un jeu de course, d’action et un « bac à sable ». Dès le premier volet, le joueur se voyait offrir la possibilité de voler des voitures et accessoirement de semer un chaos routier. Exit les Tetris et Mario aux contenus sympathiques, le but du jeu était de commettre moult délits et crimes dans un univers urbain ouvert. Dans un contexte général où le jeu vidéo ne jouissait pas nécessairement d’une bonne réputation, GTA a forcément été décrié. Un jeu scandaleux ? Nous y reviendrons, mais dans tous les cas remarquables sur plusieurs points.

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Plus qu’un simple jeu-vidéo

Il est certain que Grand Theft Auto a concrétisé nombre d’avancées techniques dans l’univers vidéoludique. Que cela soit en graphismes, animations, gameplay, environnements ouverts, etc…

Parce qu’il requerrait en termes d’équipements, GTA était un argument d’achat pour une nouvelle console, ou de nouvelles pièces informatiques pour les joueurs PC.

L’on ne peut que constater que ces jeux se distinguent par leurs retombées économiques, mais pas seulement. GTA n’est pas sans posséder des aspects sociologiques et culturels. Cela se remarque dans les récits du jeu qui caricaturent allégrement les États-Unis. GTA IV donné du point de vue d’un immigré d’Europe de l’Est est très remarquable sur ce point. Les précédents protagonistes étaient des gangsters souvent inspirés du cinéma. On ne peut s’empêcher de remarquer les parallèles très flagrants entre le Tommy Vercetti de GTA Vice City et le scénario de Scarface. GTA au fil du temps s’est paré de cinématographie. Piochant volontiers dans les films d’action, de gangsters ou même d’espionnage pour certaines missions. La culture pop et la société de consommation sont fortement égratignées au passage. GTA est subversif sur bien des points et c’est ce qui en fait plus qu’un simple jeu vidéo.

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La génèse de Grand theft auto

Grand Theft Auto I, les fondations sont là

GTA premier de la série naît en 1997 sous la houlette d’une petite société écossaise du nom de DMA design, mieux connu maintenant sous le nom Rockstar North. Les deux créateurs David Jones et Mike Dailly imaginent donc un jeu en 2D en monde ouvert avec vue façon « vol d’oiseau ». Dans ce premier opus, pas de scénario, seulement une succession de missions impliquant parfois le meurtre, ou le vol. Autant de tâches criminelles se déroulant dans les villes fictives, très fortement, inspirées de Liberty City (New York), San Andreas (Californie) et Vice City (Miami). À noter, la possibilité de choisir entre 8 personnages au début du jeu. Une possibilité d’incarner plusieurs protagonistes reprise bien plus tard avec GTA V.

Grand Theft Auto inaugurait son système d’extensions avec deux épisodes se déroulant dans le Londres des années 1960. Lorsque nous disions dans notre sous-titre titre que les fondations étaient présentes, l’idée d’un multijoueur était proposée dans l’extension de Londres 1961. Une possibilité reprise aussi plus tard avec GTA Online. Le monde ouvert d’action emprunt de simulation de vie, de conduite et d’infiltration était fixé et ne manquerait pas d’évoluer. Distribué sur DOS, PlayStation et Game Boy Color, le titre s’est vendu ( c’est une estimation) à 3,5 millions d’exemplaires, un succès progressif dû aussi aux polémiques. GTA ne se classe pas parmi les mastodontes de l’époque (Grand Turismo, Tomb Faider, Final Fantasy), mais financièrement il permet de lancer la suite.

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GTA II, la continuité du progrès

Le 22 octobre 1999, le deuxième volet sort sur Windows, PlayStation, Dreamcast et Game Boy Color. Cette fois l’on interprète un seul personnage : Claude Speed. L’option de jouer un autre protagoniste ne sera donnée que sur Game Boy Color.

Un scénario articulé autour des gangs se partageant la ville fictive d’Anywhere City est ajouté. La technique aussi s’améliore avec des graphismes en 2,5 D. À l’instar du précédent opus, la violence intrinsèque du jeu participe à faire connaître la série. On estime le nombre de ventes à environ 2 millions d’exemplaires, un succès moindre qui n’aura pas d’incidence sur le développement de la saga. GTA III et son passage à la 3D allaient changer la donne.

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GTA III le tournant historique de la saga 

L’année 2001 et l’entrée dans une nouvelle ère passent aussi par le jeu vidéo avec l’introduction de la 3D. Grand Theft Auto prend cet embranchement, infléchissant le cours de son destin vidéoludique. La vue en vol d’oiseau est échangée pour une vue à la troisième personne et une ville entièrement modélisée en 3D. Liberty City, ville bien connue des aficionados de la franchise, s’inspirant volontiers des métropoles de la côte est des États-Unis. L’immersion est complète avec une ville bien plus vivante que dans les précédents volets. Le scénario aussi s’enrichit de doublages et de cinématiques. GTA affirme son inspiration cinématographique. Autre détail, quoique paraissant anecdotique de nos jours, une mini-carte est ajoutée pour aider le joueur à s’orienter dans ce dédale urbain.

La pochette de GTA III affirme son identité visuelle avec un style « page de BD »

Notre protagoniste, Claude, personnage muet, est libre de se déplacer partout dans la ville, et d’emprunter (ou plutôt voler) voitures, motos, bateaux, etc… La liberté d’action est le maître mot du jeu, et le gameplay, nouvellement adapté, le permet allègrement.

GTA III marque l’industrie du jeu vidéo, par sa nouvelle définition de la structure des jeux en monde ouvert. Enfin, par sa narration et son ambiance, il devenait une icône de la culture. Les ventes s’élevant à environ 14,5 millions d’exemplaires le confirment. Non seulement Grand Theft Auto entrait dans une nouvelle génération (la troisième) et ouvrait la voie à Vice-City et San Andreas.

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Les suite de la troisième génération : Vice City et San Andreas

Vice-City sort en 2002, cette fois changement de personnage et de lieu avec Tommy Vercetti évoluant au sein d’une inspiration de Miami. Finie la grisaille de Liberty City pour le soleil et les palmiers de Vice City. L’on remarque les améliorations graphiques et de gameplay ; ainsi qu’un plus grand choix de véhicules (hélicoptère et hydravion) et d’armes.

Comme GTA se plaît à se moquer des travers du capitalisme, l’on peut désormais acheter des propriétés, lesquelles fourniront des revenus. La variété de ces entreprises allant du night-club (grandement inspiré de celui de Scarface), à la compagnie de taxi, au studio de cinéma porno. Tout un programme donc, et en soi un épisode de transition dans cette troisième génération.

Grand Theft Auto San Andreas

Ce dernier opus sort deux ans après Vice City, et là, Rockstar Games propose une surenchère. À commencer par la superficie du monde ouvert. Non borné aux villes mais ouvert à un État entier, celui de San Andreas directement inspiré de la Californie du sud et d’une partie du Nevada. Trois villes équivalentes à Los Angeles, San Francisco et Las Vegas, avec leur arrière-pays respectifs, sont à explorer. Qui dit nouveaux GTA dit aussi nouvelles armes et véhicules.

Le plus intéressant reste l’évolution possible de notre protagoniste Carl Johnson, afro-américain né dans les ghettos de Los Angeles. Ce dernier, à la différence d’un Claude ou d’un Tommy Vercetti, n’est pas « statique », son physique évolue. Il prend du poids en mangeant de la fast-food, et a contrario gagne du muscle en pratiquant à la salle de sport. Dans le même ordre d’idée, il peut gagner en compétence dans la conduite ou l’usage des armes. Enfin, il peut aussi vivre des romances. Une inflexion venant du jeu de rôle et des succès de jeux comme Shenmue (1999-2001) ou Mafia (2002).

Les émeutes de 1992 à Los Angeles traité par le jeu

Enfin San Andreas n’est pas exempt d’un renvoi à un épisode historique de L.A, le jeu se déroule en 1992 soit l’année même des émeutes. Celles-ci ayant été provoquées par l’acquittement des policiers accusés d’avoir tabassé à mort Rodney King, un automobiliste afro-Américain. Les émeutes durent 6 jours et le bilan est lourd avec 53 à 55 morts, 2 300 blessés, 11 000 arrestations et des dommages estimés entre 800 et 1 milliards de dollars.

Une séquence d’émeutes urbaines est d’ailleurs vécue dans le jeu, tandis que le scénario place comme antagonistes principaux des policiers corrompus.

Les précédents GTA avaient certes une teneur de satire politique et sociale, mais San Andreas l’affirme encore plus nettement. Naturellement GTA IV lui emboîtera le pas.

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GTA IV, la nouvelle génération

Il aura fallu quatre années d’une longue attente pour que les joueurs découvrent GTA IV en 2008. Un passage à la nouvelle génération avec la HD dote le jeu d’un réalisme tranchant avec le côté « cartoon » des précédents volets. Un nouvel opus entre rupture et continuité avec un retour aux sources à Liberty City. La boucle est bouclée en somme. Et grâce aux nouveaux moteurs de jeu, la ville est plus vivante que jamais, avec ses nombreux PNJ, effectuant leurs tâches dans un monde urbain criant de vérité. Action et fusillades sont aussi revues avec plus de réalisme — enfin dans la mesure d’un jeu vidéo d’action. L’évolution technique est notable et c’est important pour un jeu-vidéo de cette ampleur, mais là où GTA IV tranche à nouveau c’est par son protagoniste. Niko Bellic.

Niko Bellic

Attardons-nous un instant sur ce personnage. Avouons-le, les précédents protagonistes présentaient certaines limites : Claude étaient muest, Tommy Vercetti peu loquace, quant à Carl Johnson, même s’il a pu avoir un capital sympathie, il demeure caricatural d’un gangsta afro-américain. Niko Bellic est d’un autre bois, par son caractère déjà, plus nuancé et pour ce qui nous intéresse par son passé. Bellic est donc un Serbe (cela a fait débat) venu aux États-Unis pour rejoindre son cousin ayant vécu (de ses dires) son « American Dream ». Bellic n’est pas dupe sur cette promesse de réussite sociale et matérielle. Les faits et la suite le confirmeront dans ses idées.

Le héros (ou antihéros) sera à son tour mêlé à des activités criminelles et à la violence qui en découle. Cette même violence qu’il a connue durant son enfance avec un père alcoolique, violent et incestueux. Son adolescence étant aussi marquée par le contexte des guerres de Yougoslavie. Conflit auquel il participa et qui le marquera par ses horreurs.

Niko Bellic

Niko Bellic a donc un passé qui le dote d’une vraie profondeur psychologique, en l’occurrence un état dépressif, et un détachement émotionnel. Enfin GTA IV base une partie de sa narration sur un fait historique international concernant l’Europe de l’Est. Les changements géopolitiques, les conséquences sur les individus sont aussi de mise dans ce jeu.

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GTA V

La parution d’un nouvel épisode principal s’espace et l’attente des fans augmente. GTA V sort en 2013, 5 ans après son aîné. Dans cet univers HD initié par GTA IV, Rockstar Games considère que son nouveau titre appartient à la cinquième génération. D’un certain point de vue il est une continuité améliorée, avec des graphismes revus à la hausse dans un équivalent de Los Angeles et de la Californie. On note la possibilité de jouer avec, non pas un, mais trois personnages. Une inspiration du premier jeu ? Oui et non. Le choix de changer de protagoniste peut se faire à tout moment et chacun a un impact sur le gameplay.

Le thème du braquage est central dans cet épisode et là encore on ne peut que penser au célèbre film de Michael Mann, « Heat » comme référence cinématographique du jeu. L’argent est aussi plus que jamais présent dans ce GTA, avec pour la première fois la capacité de placer ses « revenus » dans une bourse à la sauce Rockstar North. Il en va de soi que certaines missions nous font basculer dans le délit d’initié.

Parmi d’autres thèmes, les classiques de la série : corruption, drogue, complots en tout genre, le star système y passe aussi, de même que les médias et autres paparazzis. Los Angeles, Hollywood, la Californie, magnifiquement retranscrites, et enfin ses habitants ne manquent pas d’en prendre pour leur grade. Un épisode moins sérieux que le précédent où le coté bac à sable se révèle complètement avec GTA Online. Grand succès auprès des joueurs.

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GTA VI

La relève arrive 13 ans après le précédent, annoncé pour le 19 novembre 2026. L’attente aura été longue. Les premières images du jeu laissent entrevoir des qualités graphiques et techniques indéniables ainsi que le ton du réalisme. L’on doit par exemple faire le plein de son véhicule, (est-ce que le prix du litre sera impacté par une crise au Moyen-Orient ?) La modification du poids et du niveau de forme des personnages (un couple) semble aussi faire son grand retour. L’alimentation et le sport auront donc un impact, comme dans San Andreas.

Battra-t-il le record de GTA V vendu à 210 millions d’exemplaires dans le monde ? Nous verrons.

Classements et inévitable controverse de Grand Theft Auto

C’est le point sur lequel nous voudrions terminer. Grand Theft Auto est un succès commercial titanesque avec un total de ventes, tous jeux confondus, de 440 millions d’exemplaires. GTA V se classe à lui seul à la troisième place des jeux les plus vendus de l’histoire. Juste derrière Tetris en première position et Minecraft, soit un jeu de puzzle et un autre de construction. On le conçoit beaucoup moins sujet à polémique qu’un GTA. À noter aussi que, juste derrière GTA V, se trouve Red Dead Redemption II avec 87 millions de copies vendues. Pour résumer, un autre open-world se déroulant dans l’univers du Far West, où criminalité et violence sont aussi de mise.

Faut-il déduire que le classement élevé de deux jeux à caractère violent et criminel révèle une appétence particulière du public ? On pourrait dire que oui, le désir de transgression est normal et tant qu’il reste virtuel, il peut être cathartique. À ce jour, aucune recherche scientifique n’a démontré le rapport entre jeu-vidéo et passage à l’acte violent. N’en déplaise à Hillary Clinton qui souhaitait ouvrir une enquête fédérale pour démontrer les possibles répercussions sur les joueurs.

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Un jeu PEGI 18, joué par des mineurs

Bien que noté PEGI 18, l’on sait qu’un jeune public se trouvera bien confronté à la violence ainsi qu’à la nudité présente dans le jeu. Ce dernier point fut l’objet des plus grosses polémiques avec le mod hot coffee de San Andreas qui permettait d’avoir un rapport sexuel avec la petite amie du héros. Un mod à l’allure pornographique désactivé dans la version officielle, mais fatalement réactivé par les moddeurs. Autre cas de nudité dans l’épisode annexe the Lost and Damned, où une cinématique montre un pénis. Un contenu qui n’est pas censé être destiné à un public mineur.

C’est un questionnement fréquent : dans quelle mesure un jeune peut-être influencé par un jeu valorisant la violence, le recours aux armes, les trafics en tout genre et les infractions routières ? Une préoccupation légitime notamment pour l’association « Familles de France » qui accusait notamment éditeurs, publicitaires et magasins de vente d’user de cette image sulfureuse du jeu comme argument marketing. L’achat du jeu représentant en soi une transgression et quel jeune n’a pas voulu un jour tester les limites de l’autorité ?

Un jeu politique et social ?

Dans les sphères plus politiques en particulier pour le maire de New York, Michael Bloomberg. Évidemment que GTA III et Liberty City avec ses fusillades et courses-poursuite n’allaient pas donner une bonne image de sa ville.

Ce n’est, en fait, pas vraiment un paradoxe, polémique et controverses ont alimenté les ventes du jeu. Cela poussait à la curiosité, et la nature humaine est ainsi faite, l’on va volontiers voir ce que la stricte morale réprouve, à l’image de la pornographie. Pour la jeunesse c’est d’autant plus normal à comprendre.

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Entre satire et crainte

Grand Theft Auto fut, est, et sera encore un grand succès. Par sa nature, il ne peut toutefois que cristalliser les craintes autour du jeu-vidéo, celle notamment d’inspirer la violence. À la différence d’un film ou d’une série violente ou gore, où l’on est passif devant son écran, dans un jeu vidéo l’on est acteur et actif dans la violence. Le virtuel se voulant de plus en plus réaliste, l’on pourrait craindre une dissociation. En somme commettre un GTA in real life. Rappelons que sur des centaines de millions de joueurs, ceux qui sont passés à l’acte violent avaient des troubles psychologiques très graves bien avant d’avoir hypothétiquement pris le jeu en main.

Grand Theft Auto est une œuvre satirique, elle se moque ouvertement des États-Unis et nous interroge sur nos frustrations, et nos mauvais penchants libérés dans le jeu. En soi, il est un théâtre virtuel et sophistiqué reflet parodié de notre monde. GTA est en mesure de s’approcher de ce qu’ Aristote en son temps prêtait au théâtre grec, à savoir la catharsis, la purification de nos passions. Et dans le cas de Grand Theft Auto, celui de sublimer nos pires penchants.

Attendons maintenant de voir ce que GTA VI livrera et sur ce que son réalisme plus poussé dira du comportement des joueurs, et surtout de ce qu’il dira de l’état de nos sociétés.

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