La canicule, canicula en latin, littéralement la petite chienne, désigne l’étoile Sirius particulièrement visible l’été ; celle-ci est annonciatrice de nuits très chaudes et étouffantes. Des soirées et des nuits que les Français et bien d’autres Européens ont éprouvées au cours du mois de juin 2026. Une canicule d’autant plus précoce qu’elle fut précédée par celle de mai 2026. Les médias ont pu qualifier cette vague de chaleur d’historique, tâchons de voir si c’est le cas en replongeant dans les canicules qui ont touché la France au XXe et XXIe siècle.

L’origine du terme canicule
Imaginons ici une scène. Au Ier siècle de notre ère, une nuit d’été, Pline l’Ancien se trouve à Rome, la chaleur y est accablante. L’auteur de l’histoire naturelle ne parvient pas à trouver le sommeil. Il se lève un instant pour observer le ciel, et remarque que l’étoile de Sirius y est particulièrement brillante. Il pense alors à l’association entre l’astre et la chaleur. Plus tard, dans son œuvre il fait une description de la canicule :
« Qui donc ignore que le lever de la Canicule attise la chaleur du soleil ? Les effets de cet astre sont les plus considérables qui soient ressentis sur terre : quand il se lève, les mers bouillonnent, les vins s’agitent dans les caves, et les eaux stagnantes se mettent en mouvement. En Égypte, on appelle “Oryx” un animal sauvage qui, prétend on, se tient face à lui à son lever et le contemple, comme s’il l’adorait, après avoir éternué. En tout cas il ne fait aucun doute que, pendant toute cette durée, les chiens sont particulièrement sujets à la rage. » — Pline l’Ancien, Histoire naturelle, II, XL (107)
Certes, l’auteur ancien a quelque peu surenchéri les effets de la canicule, heureusement nos mers et océans n’ont pas bouillonné. Soulignons que les gens ont pu y trouver refuge, parfois et malheureusement funestement. Les autorités françaises ont recensé 74 décès par noyades, principalement dans des cours et des plans d’eau non surveillés. Refermons cette digressions pour définir plus précisément ce qu’est une canicule.
Une définition de la canicule
Météo-France distingue et définit la canicule comme ceci : « épisode de températures très élevées, de jour comme de nuit, sur une période prolongée (au moins 3 jours) qui est susceptible de constituer un risque sanitaire, notamment pour les personnes fragiles ou surexposées (définition à l’échelle départementale). Par exemple, à Toulouse, l’on parlera de canicule quand, durant les 3 jours et 3 nuits, les températures maximales seront supérieures à 36 °C et les températures minimales supérieures à 21 °C.
On le comprend, durant les périodes caniculaires, les fameuses normales de saison sont très amplement dépassées. La fréquence, la précocité et la durée des canicules relancent inévitablement la question du changement climatique. Le réchauffement global de la planète ne pouvant qu’être difficilement contestable car éprouvé par tout un chacun.
Un historique des canicules ayant touché la France
Il ne s’agira pas ici d’être exhaustif de toutes les canicules qui ont touché la France, mais de présenter celles qui ont été les plus significatives en termes d’intensité et de mortalité.
1911
L’été de 1911 est notable avec une canicule d’une durée de 70 jours, et des températures dépassant les 35°. L’on note 38° dans des villes comme Bordeaux ou Lyon. Une canicule exceptionnelle aussi par sa mortalité avec 46 719 décès essentiellement au sein de la petite enfance avec pas moins de 30 000 morts. La cause principale venant d’intoxication par des aliments mal conservés.
1947
En 1947, l’après-guerre et le temps de la reconstruction furent eux aussi freinés par une canicule marquée par des températures élevées dès le mois de juin avec un 40,4° relevé à Paris. Un record qui ne sera battu qu’en… 2019.
1976
Les mois de fin juin à juillet 1976 sont aussi caniculaires, causant ce qui fut nommé la grande sécheresse. Un épisode de très fortes chaleurs qui aura coûté au pays 4 500 vies.
1983
Les épisodes de canicules se rapprochent dans le temps. Il ne faut attendre que 7 ans en 1983 pour qu’une autre ne touche le pays. Les températures atteignent 36 ° à Cognac, 35° à Carcassonne et 33° à Paris. Bilan humain : environ 2 900 morts.
2003
Le passage au nouveau millénaire continue de voir la fréquence du phénomène augmenter. La canicule de 2003 fut certainement la plus historique — sans galvauder le terme. Au début août, le seuil des 40° a été dépassé dans de nombreuses villes. Le nombre des décès est plus que conséquent avec 15 200 personnes. Principalement des personnes âgées, dont une majorité de femmes, vivant soit en maison de retraite ou à domicile. Une telle surmortalité s’explique par de nombreux cas d’hyperthermie ou de déshydratation. À cela faut-il rajouter des facteurs aggravants, maladies cardio-respiratoires, les troubles mentaux, ou les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson).
Le débat, ou plutôt la polémique, était lancé, questionnant la capacité de l’État et des organismes de santé sur leur capacité à protéger nos ainés. Un financement a été mis en œuvre pour climatiser les hôpitaux et ehpad, mais force est de constater qu’en 2026, très peu a été fait en la matière. Les magasins de vêtements, supermarchés et autres cinémas sont climatisés mais pas nos établissements de santé ! L’on ne saurait dénier que l’État français a le sens des priorités… Nous n’irons pas plus loin sur ce sujet, reprenons le fil historique de nos canicules.
2006
De nouvelles fortes chaleurs sont enregistrées dès la mi-juin et le long du mois de juillet. La barre des 30° a été franchie sur l’ensemble du territoire. Malgré la prévention due, aux maigres, enseignements tirés de 2003, l’on recense 1000 morts.
2015-2016-2017
La tendance montre le rapprochement des épisodes caniculaires. L’année 2015 à elle seule ne compte pas moins de 4 canicules avec, là encore, un nombre de morts conséquent s’élevant à 1700. Les années suivantes de 2016, et 2017 virent aussi d’autres vagues de chaleur.
2019
La liste continue et s’allonge en 2019 avec deux canicules majeures, là aussi dès la fin juin avec notamment 46,0° relevé à Vérargues dans l’Hérault, et un 42,6° à Paris, un record pour la capitale.
2022
De juillet à septembre de nouveaux records établis avec un 43,4° à Pissos dans les Landes, 42,9° à Biarritz, une chaleur alors jamais enregistrée dans cette ville. Au total, ce sont 28 vagues de chaleurs connues, par la France soit du jamais vu depuis 1947. Nous commençons à en faire le triste bilan, mais à chaque canicule sont lot de morts. 2 816 décès principalement aussi des personnes âgées de plus de 75 ans.
2023
En 2023, la canicule donne de nouveaux records locaux avec un 43,7° à Villariès le 24 août. Les morts eux atteignent les 1500 décès.
2025
Cette année-la la France fête, si l’on peut dire, sa 50ème vague de chaleur depuis 1947.
2026
Enfin terminons par 2026, comparable à la canicule de 2003, avec des 40° atteins dans de nombreuses villes et déjà deux canicules vécues, à partir de la mi-juin. Le bilan des décès s’élève à environ 1000 morts. Les prévisions météorologiques prévoient une autre canicule à partir du 6 juillet. A ce stade, l’État français étudie des plans pour préparer la population. Étant donné le succès du gouvernement actuel dans de nombreux domaines, il est très raisonnable d’être pessimiste quant à la préservation des plus fragiles.
Que faire face à la canicule ?
A la question de savoir si la canicule de juin 2026 est historique, l’on ne peut l’affirmer. Certes comparable en intensité à celle de 2003, cette dernière reste à nos yeux la plus marquante de notre histoire récente, par sa mortalité. Aussi faut-il attendre de voir si d’autres canicules viendront et peut-être surpasseront la dernière connue. La canicule est tout à la fois une affaire de climat, de santé publique, d’économie (avec des répercussions sur l’agriculture et dans tous les autres secteurs). Elle est aussi politique avec un point de clivage sur l’usage de la climatisation, quasi diabolique pour les écologistes, nécessaire pour les plus à droite afin de protéger les personnes âgées et les malades. À travers notre, non exhaustive, étude de la fréquence des canicules au XXe et XXIe siècle, l’on ne peut faire que le constat de l’augmentation de ses fréquences, des durées et des intensités. 1911 avait prévenu, 1947 rappelé, et la succession des années 2020 ne fait que confirmer. Oui, le climat change, la canicule confirmant ce qui est bien nommé comme le réchauffement climatique.



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