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Il faut croire que l’espionnage ne sert pas que les intérêts stratégiques des États, car récemment la Central Intelligence Agency, soit la CIA donne aussi dans l’archéologie. La déclassification d’images tirées d’un ancien programme d’espionnage a récemment permis la découverte d’un réseau de forts romains situé aux frontières orientales de l’empire, dans l’actuelle Syrie et Irak.

Un programme espion à l’origine de la trouvaille
C’est un programme de satellite espion initié avec CORONA qui est à l’origine de la découverte. Lancé et déployé par les Américains entre 1959 et 1972, son but était de collecter des renseignements sur l’Union soviétique (et d’autres pays). En particulier, pour évaluer la menace des missiles balistiques et la position de leurs bases de lancement. Resté, évidemment, secret, il fallut attendre 1992, pour que le voile soit levé sur le programme. La guerre froide était terminée après tout, et en février 1995, les images classifiées passèrent peu à peu dans le domaine public, pour devenir largement disponibles en 2020 et 2021. Avis aux enquêteurs et autres chercheurs, ce sont des centaines de milliers de clichés qui sont disponibles en vente libre sur le site web de l’USGS.
L’exploitation scientifique des clichés
Ce sont les chercheurs du Dartmouth College aux Etats-Unis qui ont donc livré leurs analyses des clichés pris par les satellites espions. Et le constat vient bouleverser une hypothèse vieille d’un siècle.
En effet, dans les années 1920, un dénommé Antoine Poidebard, prêtre jésuite de son état et archéologue, avait mené une prospection aérienne assez révolutionnaire pour l’époque et recensé des centaines d’édifices militaires fortifiés qui traçaient la frontière orientale de l’Empire romain. Sur cette base, et au vu de la répartition des forts, il a été émis qu’il ne s’agissait que d’une simple ligne de défense militaire face aux incursions des Perses sassanides (les recherches du prêtre archéologue se concentrant sur les ouvrages édifiés sous Dioclétien qui régna de 284 à 305 de notre-ère). Une hypothèse qui a eu à la vie longue ; mais remise en cause du fait de la découverte de 396 autres forts répartis dans le nord du Croissant fertile.

Une frontière comme lieu d’échange et de circulation ?
Ces structures n’étaient pas seulement à vocation militaire. Elle jouait un rôle dans la facilitation de la circulation des personnes et des biens à travers la steppe syrienne. La recherche récente montre que les forts romains, ne se trouvaient pas le long d’une ligne nord-sud. Ceux-ci s’étendaient d’est en ouest à travers la steppe semi-aride, reliant le Tigre en Irak à l’ouest de la Syrie. Cette distribution suggère que ces forts ne fonctionnaient pas seulement comme un mur frontalier. Ils soutenaient aussi un système de commerce interrégional, de communication et de transport militaire basé sur des caravanes.
Cette dernière découverte archéologique tirée d’images satellites a d’incongru le fait qu’elle provient du monde de l’espionnage. Elle n’est cependant pas sans faire un écho inévitable avec les recherches de Poidebard. La technologie de la prise de vue aérienne et de la photographie faisant resurgir le passé.
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