La bataille des Thermopyles en 480 av. J.-C.

« Spartiates ! Mangez vos victuailles avec appétit… Car nous dînerons en enfer ce soir ! » déclara le roi spartiate Léonidas. En 2006, sortait dans les salles obscures le péplum américain « 300 » réalisé par Zack Snyder. Le long-métrage adapté d’un roman graphique de Franck Miller, basait l’essentiel de son intrigue sur la bataille des Thermopyles en 480 av. J.-C.

La problématique de l’usage idéologique de la bataille des Thermopyles

Un épisode militaire de la Seconde guerre médique opposant alors les Grecs et – dans ce cas les Spartiates –à l’empire perse. Le film exaltait les valeurs martiales des Spartiates et la défense de la liberté face à un autocrate oriental ; soit une lutte qui faisait, en quelque sorte, écho à celle, menée par les Américains en Irak depuis 2003.

L’œuvre, proposait sa vision de l’événement quitte à tordre la véracité historique afin répondre aux exigences cinématographiques et scénaristiques – ce qui est presque constamment le cas dans les productions hollywoodiennes se basant sur l’Histoire. Tachons alors de parler des causes, du contexte, des enjeux et enfin de la postérité laissée par la bataille des Thermopyles.

Les causes de la Seconde guerre médique

Les premières oppositions entre les Grecs et les Perses ont commencé avec l’expansion territoriale effectuée par la dynastie achéménide. Cyrus II, au VIème siècle avait constitué un vaste empire s’étendant de l’Indus et qui vint à toucher aux cités grecques d’Asie mineure. Ce fut sous le règne de Darius Ier (521-486 av. J.-C.) que se produisit la révolte de l’Ionie en 500 avant notre ère, les cités de la région étaient certes autonomes ; mais devaient payer un tribut. Ce fut d’ailleurs une augmentation des taxes qui fit déborder l’amphore, si l’on peut dire. Les causes du soulèvement étaient toutefois profondes : culturelles, politiques, sociales et économiques. À noter aussi que les « tyrans » favorables au pouvoir achéménide étaient exemptés d’impôts favorisant la révolte des citoyens les plus pauvres qui aspiraient à la démocratie et l’isonomie (égalité devant la loi).

Il fallut six ans pour que la révolte soit matée. Athènes et Érétrie avaient apporté leur aide aux Ioniens. Dans l’optique de punir ces deux cités ; ainsi que pour assurer son emprise sur la mer Égée, Darius fit campagne en Grèce continentale. Érétrie tomba, mais Athènes fit mieux que résister avec la célèbre bataille de Marathon en 490 av. J.-C. Ce fut une victoire des Athéniens, face à la « superpuissance » perse. Non, les Achéménides n’étaient pas invincibles.

Venger l’honneur perse

En 485, Darius mourut et son fils Xerxès lui succéda. Bien décidé à venger l’affront subit par son père, le nouveau roi consacra trois années à d’intenses préparatifs diplomatiques et militaires. Par la diplomatie, il gagna à sa cause la Thessalie, la Béotie et Argos. Sur le plan politique et religieux, il obtint le soutient de l’oracle de Delphes.

En 480, l’armée perse était sur pied et partit pour l’Europe. L’historien antique Hérodote parle d’un million d’hommes, chiffre considérable mais hautement improbable ne serait-ce que pour les contraintes logistiques imposées par une telle masse humaine. Les historiens modernes estiment les effectifs perses à 200 000 hommes et 600 navires, ce qui est tout de même considérable pour l’époque.

Du coté des cités grecques, et d’Athènes Thémistocle dans sa fonction de stratège (général d’armée et membre du pouvoir exécutif) s’attacha à renforcer la flotte athénienne. Par ailleurs, en 481 avant notre ère, les représentants de l’ensemble des Grecs s’étaient réunis lors d’un congrès panhellénique pour convenir de cesser les querelles intestines et de s’unir face à la menace commune. Il fut aussi décidé de confier la direction des forces terrestres et navales aux deux Spartiates Léonidas et à Eurybiade (ce dernier assisté de l’Athénien Thémistocle) ainsi que la défense de la Grèce et en particulier la partie méridionale (Attique et Péloponnèse). Malgré tout, l’effort diplomatique perse portait ses fruits, certains Grecs restaient neutres où passaient du coté de Xerxès, ce fut, par exemple, le cas de la Macédoine et de la Béotie avec Thèbes.

Avant la bataille

Alors que les Perses progressaient vers le sud, les Grecs n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la stratégie à suivre. Ils renoncèrent à la défense de la Thessalie, en revanche ils utilisèrent l’armée et la flotte de concert. Les navires se placèrent au cap Artémision, à l’extrémité nord de l’Eubée, tandis que les forces spartiates se placèrent dans le défilé des Thermopyles.

Cependant l’impératif militaire effaça devant l’injonction religieuse car il fallait : « observer les Karneia » une fête durant laquelle on ne pouvait faire la guerre. Le gros des forces spartiates ne s’engagea donc pas et Léonidas ne partit qu’avec 300 hommes de sa garde, bientôt rejoint par 4000 Péloponnésiens. Si les cités-États péloponnésiennes ont été économes de leurs forces, c’était aussi par prudence et pour garder une réserve d’hommes au cas où les forces navales grecques échoueraient à l’Artémision. L’opération des Thermopyles était tout autant une avant-garde qu’une opération de blocage destinée à encourager les cités neutres ou hésitantes de Grèce centrale à s’engager. En outre, le roi spartiate avait pour espoir de recevoir des renforts de la part des Péloponnésiens.

L’arrivée des alliés aux Thermopyles

En Béotie, il reçut une aide que l’on peut qualifier de tiède, Thespies s’impliqua vraiment en donnant 700 hoplites. Thèbes joua double jeu et accorda un contingent symbolique de 400 opposants anti-Perses. Les environs des Thermopyles furent plus favorables aux Spartiates avec l’alliance de Trachis, des Phocidiens, des Malidiens et des Locriens.

Les Thermopyles étaient un lieu stratégique dont les avantages topographiques contrebalançaient la supériorité numérique des Perses. La position défensive était excellente, le flanc gauche spartiate était protégé par le mont Kallidromos et ses pentes rudes. De l’autre côté de la route se trouvait la mer avec des bancs de sable et des marécages. Enfin, le passage des Thermopyles avait moins de vingt mètres de large.

La première tâche de Léonidas fut d’organiser ses lignes de ravitaillement. Pour ce faire, il organisa une vaste razzia dans la plaine entre les Thermopyles et Lamia. Il n’y rencontra aucune résistance.

La deuxième tache fut de s’assurer que sa position ne pouvait être contournée par l’ennemi. La piste du Kallidromos fut identifiée comme particulièrement dangereuse et les Phocidiens se portèrent volontaires pour la surveiller.

Du côté de la mer, les navires grecs à l’annonce de l’approche de l’armada perse et de son écrasante supériorité numérique décidèrent de quitter l’Artémision, pour aller vers l’étranglement de Chalcis. Les Perses allèrent mouiller plus au sud au cap Sépias où les côtes rocheuses et escarpées les empêchèrent de haler leurs vaisseaux. Le dieu Borée, sembla être avec les Grecs puisqu’une redoutable tempête se leva pendant trois jours. De très nombreux navires furent perdus avec leur équipage. Environ un tiers de la flotte de Xerxès fut détruite. Cette déconvenue pour les Perses ne changeait pas le cours des événements, leur immense armée arrivait.

La bataille des Thermopyles commence

Source :https://www.histogames.com/HTML/chronologie/antiquite/batailles/thermopyles.php

Les Perses installèrent leur campement au voisinage de Trachis et envoyèrent un cavalier faire une reconnaissance des positions spartiates. L’homme de Xerxès ne put voir le camp de Léonidas, caché par le mur de défense, toutefois ce qu’il vit de la part des soldats de Sparte le surprit. Ceux-ci faisaient leurs exercices à demi nus et d’autres étaient en train de se peigner et de tresser leurs cheveux.

Incertitudes dans le camp perse

Devant le manque d’informations, le roi perse n’avait que peu de solutions : soit il attendait le renfort d’une flotte déjà diminuée, où il opérait une manœuvre de contournement risquée et potentiellement très coûteuse pour son armée, enfin il pouvait envisager une solution diplomatique en accordant des privilèges. Cette dernière idée fut retenue, les propositions du roi rapportés par Diodore 11,5,4-5 sont les suivantes : « Le Roi Xerxès commande à tous de déposer leurs armes, de s’en retourner tranquillement dans leurs patries et d’être les alliés des Perses. Et à tous les Grecs qui agissent ainsi, il donnera davantage de terres et des meilleures que celles qu’ils possèdent à présent. »

L’offre de Xerxès semblait alléchante pour les alliés grecs qui éprouvaient aussi des doutes quant à leur capacité à tenir face à une si puissante armée. Les Péloponnésiens étaient d’avis de délaisser la Grèce du nord pour se replier sur leur territoire. Naturellement, cela créa de la protestation de la part des Locriens et des Phocidiens qui auraient été abandonnés à leur sort. Finalement, l’opinion de Léonidas prévalut, il n’y aurait pas de retraite.

Echec stratégique pour les Perses

Xerxès n’attaqua pas immédiatement ; mais attendit quatre jours dans l’espoir que sa flotte perça à l’Artémision et que les reconnaissances pour trouver une piste contournant les rangs grecs aboutissent. Ce fut un échec sur les deux tableaux. Un assaut frontal fut alors décidé, et les Mèdes (peuple iranien) ouvrirent la bataille. Ils se heurtèrent au front de la phalange spartiate. Ces derniers, soldats de « métiers » avantagés par leur armement lourd (grand bouclier, armure et lance face à des javelots et des boucliers en osier chez les Perses) firent refluer les troupes de Xerxès qui subirent de lourdes pertes. Les Cissiens et les Saces remplacèrent la division éreintée des Mèdes, mais connurent le même sort que leurs prédécesseurs. Les Spartiates malgré la fatigue tinrent bon face à la meilleure unité de Xerxès : les Immortels ou Mélophores (la garde rapprochée du roi) qui furent également repoussés.

A la fin de la journée les Spartiates et leurs alliés avaient remporté ce premier engagement, restait à savoir combien de temps encore ils pourraient tenir.

Les Immortels rentrent au combat

Au matin du 19 août, Xerxès organisa la seconde offensive, il forma une troupe composée de ses meilleurs hommes : « réputés pour leur bravoure et leur audace ». Il promit des récompenses et à l’inverse, l’exécution si ses soldats reculaient. Le monarque perse escomptait aussi que ses ennemis soient accablés par leurs blessures et les fatigues causées par la première journée. Malheureusement pour lui, il faisait fausse route, les Grecs firent tourner leurs effectifs et parvinrent une fois de plus à repousser les assauts perses. À la fin de cette deuxième journée, les pertes perses étaient encore lourdes et le moral des soldats au plus bas.

Trahison dans le camp grec

Xerxès était dans l’impasse, et le plan de Léonidas semblait marcher, mais un fait crucial intervint. Ephialtès, un Grec originaire de Malis demanda audience auprès du souverain achéménide. Escomptant une forte récompense, il lui indiqua la piste qui rejoignait les Thermopyles par les montagnes. Les Immortels furent choisis pour prendre le chemin et attaquer les Spartiates à revers. Les Phocidiens qui gardaient la position furent criblés par les flèches et se replièrent. Les Spartiates eux apprirent l’arrivée des Perses – par l’entremise d’Ioniens déserteurs –, hélas trop tard pour venir en aide aux Phocidiens. Une tradition souvent battue en brèche par les historiens dit qu’un commando suicide spartiate aurait été formée pour prendre la vie de Xerxès. En l’état cela est difficile à confirmer mais pas non plus invraisemblable.

A la vue des funestes nouvelles, un conseil de guerre se forma, il en résultat une division de l’armée, certains restèrent et d’autres s’en retournèrent dans leurs pays respectifs. L’autre « version » des événements à la fois plus canonique et légendaire veut que Léonidas renvoyât tous les Péloponnésiens et ses alliés locaux pour ne rester qu’avec ses célèbres 300 Spartiates. En vérité, les Spartiates étaient aussi accompagnés dans cette bataille, jusqu’à la mort, par les Thespiens et les Thébains.

Le baroud d’honneur des Thermopyles

Léonidas et ses 2000 hommes devaient encore tenir bon pour sauver ses alliés en retraite. Il escomptait que son sacrifice héroïque aurait la portée nécessaire pour inspirer et rassembler tous les Grecs dans la lutte contre les Perses. Lorsque le combat s’engagea au matin, les Spartiates étaient bien décidés à vendre chèrement leur peau. Quand Léonidas tomba les armes à la main, ses hommes continuèrent à se battre autour de son corps et le ramenèrent à l’arrière. Leurs armes brisées et se battant avec leurs épées et couteaux, voir avec leurs mains et leurs dents, les Spartiates étaient assaillis et criblés de flèches. Ils résistèrent jusqu’à midi. Certains (très peu) se rendirent et selon les sources il s’agissait surtout de Thébains.

L’après-midi, Xerxès et ses généraux « visitèrent » le champ de bataille. Il fit décapiter le corps de Léonidas et mit sa tête sur un pieu. Il donna aussi l’ordre pour les Perses tués, un millier, qu’ils soient ensevelis rapidement pour préserver son image et masquer le coût terrible de sa victoire. Oui, les Perses avaient gagné une bataille, cependant la guerre était loin d’être terminée, le sacrifice des Spartiates parvint à convaincre les Grecs de s’unir, et les victoires de ses derniers à Salamine et à Platées achevèrent les ambitions de Xerxès en Grèce continentale.

Conclusion:

La bataille des Thermopyles laisse une empreinte d’héroïsme dans l’Histoire. Elle cristallise le courage, la défense de la liberté, et l’attachement à sa patrie. C’est une bataille qui peut être considérée comme un élément constituant de la transition d’une Grèce dite archaïque vers une Grèce classique. L’exemple des Spartiates et de leurs alliés permit d’encourager les Grecs divisés à s’unir face à la menace commune représentée par les Perses. Et contribua à faire émerger le sentiment de former une communauté de civilisation : un panhellénisme comme le définit plus tard Isocrate dans son panégyrique (380 av. J.-C.). Si cette idée a pu germer à ce moment-là, les cités-États retournèrent vers leurs conflits internes sitôt le danger des Achéménides écarté.

Finalement, le courage témoigné aux Thermopyles se retrouva dans d’autres lieux et à d’autres époques : à Fort Alamo en 1836 où 180 Texans tinrent tête à 3000 Mexicains, à Camerone au Mexique où en 1863, 62 légionnaires étrangers combattirent contre près de 2000 soldats. Ces hauts-faits d’armes restent à la postérité car l’Histoire aime aussi les héros.

Sources :

Peter Green, les guerres médiques 499-449 av J.-C., édition Tallandier, 2012.

Dictionnaire de l’antiquité, Robert Laffont, 1993.

Un commentaire sur “La bataille des Thermopyles en 480 av. J.-C.

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Histopole

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur Histopole

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture