Philippe II, roi de Macédoine entre 359 et 336 av. J.-C. est peut-etre moins connu que son illustre fils Alexandre le Grand. ll fut toutefois le souverain décisif et fondateur de l’hégémonie macédonienne. Pour qu’un tel essor fusse possible, Philippe II dota la Macédoine d’une armée transformée et redoutable.

Philippe II architecte d’une nouvelle armée macédonienne
Le père d’Alexandre est crédité d’avoir apporté des innovations déterminantes dans l’appareil militaire macédonien. Soulignons toutefois, que nos connaissances sur cette armée et son organisation sont encore incompletes. Il réside notamment des interrogations sur la, ou plutôt, les dates précises des réformes militaires. Ces mutations se sont peut-être produites en une seule fois, ou au gré de l’expérience acquise lors des campagnes. D’autre part, les sources écrites sont peu explicites, tâchons alors de faire avec ce que nous avons.
Nouvelles tactiques et formations de combat pour la cavalerie et l’infanterie
Par rapport à ses homologues grecques, la cavalerie macédonienne se vit octroyer un rôle plus offensif. Mais aussi plus cohésif avec l’infanterie. Manœuvrant pour attaquer les flancs de la formation ennemie, tandis que les fantassins chargeaient le centre. L’objectif était de placer l’adversaire débordé entre le « marteau », la cavalerie et « l’enclume » c’est à dire la phalange. Cette meme phalange qui avaient évolué dans son équipement, sa formation, et ses capacités manœuvrières
C’est sans doute dans cette refonte de la phalange que tient une caractéristique marquante de l’armée macédonienne. Celle-ci rompant avec le modèle de l’hoplite lourdement armée. Les fantassins de type hoplitique portaient un équipement lourd avec notamment l‘hoplon, (un bouclier rond d’environ 90 cm de diamètre). Les Macédoniens eux allégèrent cet équipement.

Un nouvel armement
La cuirasse fut remplacée par une tunique – les officiers portaient vraisemblablement des cuirasses. Le reste de l’équipement défensif se composait : d’un casque inspiré des modèles thraces. La panople se complète e jambières (cnémides) et d’un petit bouclier appelé pelta, de soixante centimètres de diamètre.
La sarisse
La sarisse, était sans doute l’arme la plus emblématique et représentative de cette phalange réinventée. La longue pique en bois de cornouiller mesuraaient entre 4,25 et 5,50 mètres, et d’une épaisseur d’environ 3 cm. Elle était dotée d’une pointe de 30 cm et d’un talon allongé. Il se peut aussi qu’elle ait comporté une douille de fer pour assurer sa solidité et sa stabilité . Pesant environ 6 kilos, la sarisse devait être maniée avec les deux mains. La main gauche positionnée à 4 mètres de la pointe et la main droite, à moins d’un mètre du talon.
Dans les rangs arrière de la phalange, les hommes maintenaient l’arme à la verticale. Le fantassin usait de ses deux mains pour manier la sarisse. Son bouclier était maintenu à l’épaule par une courroie de cuir. Pour compléter la panoplie du fantassin, une épée d’environ 40 cm était attachée à la ceinture.
La phalange macédonienne disposait de plusieurs avantages sur celle de type hoplitique. La sarisse apportait une allonge plus importante que la lance employée par les hoplites (4 m50 contre 1 mètre 50). Les armes macédoniennes touchant l’adversaire avant que ces derniers puissent blesser où tuer les fantassins des premiers rangs.

La forme du fer était conçue pour pénétrer la cuirasse et poursuivre sa trajectoire dans le corps de l’ennemi. A la différence des lances traditionnelles, qui visaient à endommager la cuirasse de l’adversaire ou à blesser celui-ci.
La phalange macédonienne : une formation de combat typique
L’aspect psychologique n’est pas à sous-estimer. La vue d’une formation de combat hérissée de piques ne devait pas manquer de frapper l’esprit de l’ennemi. Les rangs de la phalange macédonienne étaient aussi plus serrés. Le bouclier étant réduit de moitié par rapport au modèle grec. Les troupes combattant littéralement coude à coude, accentuant leur cohésion.
Concernant le nombre de rangs qui composaient la phalange macédonienne, il était de 16, contre 8 pour la phalange hoplitique. Cette augmentation visait moins à augmenter l’effet de la poussée – moment décisif dans le combat entre deux phalanges – mais à permettre de résister plus longtemps face à un adversaire qui inflige des pertes. L’allègement de l’équipement porté par les Macédoniens rendait donc la phalange plus Mobile et aussi plus rapide dans sa vitesse de charge. Le premier choc dans une bataille rangée entre deux phalanges étant fondamental, il s’agissait là d’un avantage conséquent. Si les manœuvres s’en trouvaient facilitées, la phalange macédonienne à l’instar des autres formations grecques demeurait vulnérable aux attaques sur les côtés ou à l’arrière. C’est là que d’autres corps d’armée rentraient en jeu.
De nouveaux corps d’armée
Les Hypaspistes constituaient un corps d’élite entraînés à manœuvrer à une vitesse supérieure à celle du reste des fantassins de la phalange. Il n’est pas sûr que Philippe II ait crée cette troupe, mais qu’il s’agisse de l’œuvre d’Alexandre II, qui régna entre 370 et 368 av. J.-C. Leur mission était d’assurer la jonction entre la cavalerie des Compagnons (cavalerie lourde) et le reste de l’infanterie lourde.

Dans une armée qui basait ses tactiques sur une complémentarité entre la cavalerie et la phalange, le corps des hypaspistes jouait donc un rôle d’intermédiaire aussi chargé de missions diverses (reconnaissance, marche forcée, attaques rapides).
Les différents corps de cavalerie
Pour ce qui est des différents corps de cavalerie, ceux-ci représentaient à la fois une arme tactique et offensive dans l’armée macédonienne. Philippe la divisa en Ilai, c’est à dire en escadrons, constitués à partir des régions d’origines des hommes. Cette pratique ayant pour objectif de créer de l’émulation entre les hommes qui cherchent à prouver la valeur de leurs régions respectives. Philippe s’inspira aussi des pratiques des Scythes et des Thraces qui attaquaient en une formation de coin, pour mieux déborder les flancs de l’adversaire.
Pour ce qui est de l’équipement, les cavaliers portaient un casque de fer, une cuirasse en bronze ou en cuir et disposaient d’un xyston, une lance mesurant entre 3,5 et 4,25 mètres, et d’une épée courte. Philippe constitua, vraisemblablement, un corps d’éclaireur nommé podromoi, qui pouvaient être déployé rapidement sur le terrain.
Selon Arrien, l’élite de la cavalerie était formée par les Hétairoi, c’est à dire les Compagnons Royaux. Ils portaient un casque de métal, une cuirasse, ou bien un corselet. Ils disposaient aussi de la machaira, (une épée recourbée). Il semble aussi qu’ils étaient dotés d’une sarisse plus courte d’environ 4 mètres et pesant 2 kilos. Le fait d’entrer dans cette élite faisait l’objet d’une intense compétition et dépendait de la décision du souverain.
La spécialisation des troupes
Philippe II incorpora aussi des troupes spécialisées qui provenaient souvent des peuples soumis. L’utilisation de troupes étrangères avait aussi une visée politique, car ses soldats transféraient leur loyauté de leurs propres rois à Philippe. Néanmoins les Macédoniens estimaient que les « Illyriens, Dardaniens et autres tribus barbares étaient d’une loyauté douteuse et d’un caractère instable11 ».
Sous le commandement de Philippe II, l’armée du royaume de Macédoine était désormais constituée de fantassins et de cavaliers entraînés et spécialisés. La complémentarité entre ces unités et l’expérience des hommes faisait la différence durant les campagnes militaires. De plus, les soldats portaient leurs armes et provisions, ce qui permettait une économie considérable des bagages et des bêtes de sommes. Les combattants étaient rémunérés par une solde versée régulièrement. Les hypaspistes figuraient parmi les mieux payés avec un drachme (une piece de monnaie en argent) par jour. Le souverain instaurait aussi un système de récompenses avec des dons d’argent et aussi des promotions dans les rangs des hypaspistes et des Compagnons, sans compter les concessions de terres.
Assiéger les cités et les fortifications
Outre les évolutions tactiques apportées par la spécialisation et la complémentarité de ses unités combattantes, Philippe II introduisit dans l’armée de Macédoine des avancés techniques dans le domaine de la poliorcétique. Entre les années 359 et 350, le roi constitua ce que l’on peut nommer un corps du génie qui travaillait à la construction des machines de siège. Au siège d’Olynthe en 348, les Macédoniens ont employé des catapultes pour tirer des carreaux, il s’agit d’une arme inventée par Denys l’ancien en 390 av J.-C.
Les fouilles archéologiques ont mis au jours un bon nombre de ces projectiles. Le même engin fut encore déployé lors du siège de Périnthe en 340. Une évolution notable se produisit au cours de l’année 340, il s’agissait de l’invention de la catapulte à torsion par un dénommée Polyeidos. Cette arme plus puissante que les autres catapultes pouvant être placée au sommet d’une tour de siège (helepolis), était en mesure d’abattre efficacement les murailles d’une cité.
Philippe II et son armée la clè du succès de la Macédoine ?
L’armée macédonienne réorganisée par Philippe ne se contentait donc plus d’un rôle défensif, et prenait l’initiative de l’attaque. C’était une armée que l’on pourrait qualifier de professionnelle dont les succès reposaient sur la spécialisation et la complémentarité entre l’infanterie et la cavalerie. De plus, l’apport des nouvelles armes de siège permit de changer l’art de la poliorcétique et ainsi de prendre les cités plus rapidement. Si dans les premiers temps de son règne Philippe II a pu dépendre des mercenaires, ces derniers furent rapidement écartés au profit d’effectifs macédoniens. Cette armée conduite par le roi qui était, en outre, le général par excellence, ne manqua pas de connaître de grandes réussites militaire succès, participant très largement à l’essor de la puissance macédonienne, finalement culminante sous le règne d’Alexandre le Grand.
Sources :
I. Worthington, Philippe II, roi de Macédoine, stratège, diplomate, créateur d’Empire, Economica, Paris, 2011.
J.-N Corvisier, Guerre et société dans les mondes grecs (490-322 av. J.-C.), Armand Colin, Paris, 1999.
Diodore XVI, 3 et 13.
J-N Corvisier, Philippe II de Macédoine, Fayard, 2002.
Arrien, I, 15,5.
Justin XI, 1, 1-6.


