La guerre en Ukraine et la Seconde Guerre mondiale

Le 24 février 2022, l’armée russe envahissait l’Ukraine marquant le retour en Europe d’une guerre de « haute intensité », alors méconnue depuis la Seconde Guerre mondiale. Entre juin 1941 et mai 1945, l’Union soviétique et l’Allemagne nazie se livrèrent à un guerre totale et sans compromis. Retour sur une lutte à mort entre deux régimes autocratiques.

Les prémisses à la guerre

Le pacte Germano-soviétique signé le 23 août 1939 ne représentait finalement qu’un gain de temps entre deux camps conscients qu’une guerre serait inévitable tant les deux États étaient aux antipodes.

Dans Mein Kampf, Adolf Hitler mentionnait la nécessité pour les Allemands de posséder un Lebensraum : un espace vital censé permettre à la race aryenne de se développer pleinement. L’impératif était alors de coloniser la Russie jusqu’à l’Oural. De plus, il s’agissait d’éliminer la menace judéo-bolchévique, ces derniers étant considérés comme un ennemi inférieur et barbare. La motivation économique était aussi présente, l’Allemagne nazie convoitait ces territoires pour les matières premières utiles à l’industrie militaire, les céréales, ou encore le pétrole.

Lorsque les allemands conçurent l’opération Barbarossa visant à envahir l’URSS en juillet 1940, ils étaient toujours en guerre contre la Grande-Bretagne. Hitler souhaitait jeter les bases de « l’espace vital aryen ». Le plan prévoyait la prise de Moscou pour le 25 Août. L’état-major allemand était confiant, stimulé par leurs précédents succès en Pologne et en France. Le dispositif militaire était inédit pour une blitzkrieg tandis que l’essentiel de l’industrie allemande était consacré à la réussite de la guerre. Si la progression de la Wehrmacht fut rapide dans les premiers temps, celle-ci finit par montrer ses limites face à des Russes combatifs et déterminés.

La Wehrmacht, sur le front de l’est.

Le déclenchement de l’opération Barbarossa à la date du 22 juin 1941 n’était pas dû au hasard, car coïncidant avec l’invasion de la Russie par Napoléon en 1812.

Les Allemands réutilisèrent la stratégie de la blitzkrieg afin de conquérir la Russie le plus rapidement possible. L’idée d’une guerre d’usure était redoutée par l’état-major allemand. L’Allemagne engagea sur le front russe 162 divisions sur les 220 dont elle disposait, 3 millions d’hommes furent envoyés, il s’agissait, pour la plupart, de troupes aguerries par les campagnes précédentes. Elles étaient également bien équipées et motorisées. La supériorité de l’armée allemande en termes d’équipement, d’effectif et de combat tactique était alors supérieure à celle des Russes. Ces derniers étaient aussi handicapés par le manque d’officiers, et de matériel. L’URSS ne pouvait opposer qu’un effectif d’ 1 millions d’hommes face à la vague d’invasion allemande ; de plus, le front s’étirait sur plusieurs milliers de kilomètres. L’armée soviétique dut également se garder sur le front orientale face aux Japonais. Une quarantaine de divisions restaient stationnés pour prévenir une attaque provenant de la Mandchourie, (dans le nord de la Chine).

L’attaque initiale allemande

Le 22 juin 1941, l’armée de terre allemande fut organisée en trois groupes commandés au nord par von Leeb, au centre par von Bock et au sud par von Runstedt. La Luftwaffe précédait l’infanterie en attaquant les aérodromes soviétiques. Au nord, les troupe de von Leeb s’emparèrent des pays Baltes et entreprirent le siège de Leningrad, le groupe du sud parvint à s’emparer de l’Ukraine et du bassin industriel de Donetz. Odessa, Kiev et Karkhov tombèrent. Le Don et la mer d’Azov étaient atteints et la Crimée fut occupée jusqu’à Sébastopol. Les troupes du centre, après avoir encerclées les Soviétiques à Bialystok et à Minsk, arrivèrent à Smolensk, le 10 juillet 1941.

Durant deux mois, les troupes russes parvinrent à retarder l’avancé du dispositif central de la wehrmacht. Les Allemands, malgré leurs victoires, enregistraient des pertes très élevées, on compta près de 250 000 hommes tués ou blessés. La résistance soviétique devant Smolensk marqua l’échec de la stratégie de la blitzkrieg et le début d’une guerre d’usure que l’état-major allemand redoutait.

La bataille de Moscou

Le 24 septembre 1941, les Allemands lançaient l’opération Typhon avec pour objectif Moscou. Hitler escomptait que la prise de la ville amènerait à un effondrement rapide de toute l’Union soviétique. L’offensive vit des succès remportés contre des troupes soviétiques épuisées. La Wehrmacht parvint à contrôler les lignes de défense établies par les Russes et à encercler les troupes de l’Armée rouge à Viazma, leur résistance parvint toutefois à retarder la progression allemande. La poche de Viazma fut finalement réduite le 18 octobre.

Au cours de ce mois d’octobre les Allemands furent confrontés au phénomène de la raspoutitsa ; du fait des fortes pluies, les routes étaient rendues impraticables pour les véhicules motorisés. Cela retarda le centre allemand qui avait pour objectif Moscou. Le 15 novembre, les troupes blindés commencèrent leur offensive vers Kline qui fut prise le 24 du même mois. Le 18, les troupes blindés tentèrent d’encercler Toula ; mais les Soviétiques livrèrent encore une résistance acharnée et firent échec aux Allemands. Ces derniers étaient confrontés aux rigueurs de l’hiver et ne disposaient pas d’équipements adaptés. L’offensive sur Moscou était compromise, le général allemand Guderian écrit dans son journal que « l’offensive vers Moscou a échoué… Nous avons sous-estimer la force de l’ennemi tout comme celle des distances et du climat » . Il stoppa finalement ses troupes le 5 décembre. La contre-attaque soviétique ne se fit pas attendre et le général Joukov la mena avec les divisions de Sibérie, il attaqua au nord et au sud de Moscou et délivra la proche banlieue de la capitale, les lignes allemandes étaient enfoncées.

Le 16 décembre, Hitler annonça la directive 39 ordonnant d’organiser une défense statique sur le front, la retraite n’étant pas envisageable. Les Soviétiques parvinrent à libérer Moscou. Devant l’échec de la blitzkrieg qui avait jusque-la assuré ses succès, la Wehrmacht était finalement confrontée a une guerre d’usure.

L’échec de l’Allemagne

Omar Bartov, dans son livre intitulé : « l’armée d’Hitler », parle de démodernisation de l’armée allemande sur le front de l’est. Il s’agit du retour à une forme de guerre traditionnelle, rompant avec la modernité stratégique de la blitzkrieg. La guerre éclair manifestait aussi le fait que les Allemands ne disposaient que de ressources limitées. Les campagnes menées en Pologne, en Scandinavie et en France furent brèves et relativement peu coûteuses en vies humaines. La réalité du front évoluait drastiquement et les troupes allemandes habituées à un type de guerre moderne se trouvèrent dans des conditions extrêmes. Cette guerre qui devait être une guerre de conquête se transformait de plus en plus en une lutte à mort pour la survie du Reich.

Correspondances avec notre présent

Cet épisode de la Seconde Guerre mondiale nous éclaire sur certains points de l’actuel conflit en Ukraine. La Russie qui elle aussi cherchait a effectuer une blitzkrieg se trouve désormais dans une guerre d’usure et à l’image des Allemands se trouvent à défendre leurs positions. Comme le disait Machiavel : « On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut. »

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