Hernán Cortés est resté dans l’histoire comme l’un des plus célèbres conquistadors. Celui qui a réussi l’exploit de vaincre le puissant empire aztèque a pourtant reçu une aide très précieuse et bien différente de celle donnée par les seules armes. Celle d’une jeune femme nommée la Malinche, qui par ses talents d’interprète, de conseillère et de diplomate, rendit cette conquête possible.

Cortès, de ses origines à son arrivée dans le Nouveau Monde
Origines familiales et études
Hernán Cortés de son nom complet Hernando Cortès de Monroy y Pizarro Altamirano est né à Medellín (Estrémadure, royaume de Castille) en 1485. D’ascendance aristocratique, la légende autour du futur conquistador le fit évoluer dans un milieu pauvre. L’histoire est belle pour valoriser la volonté d’un homme qui a su se forger un destin à partir de presque rien. Doutons raisonnablement, son père était un hidalgo, exerçant la fonction de procureur général. Une famille inscrite dans le milieu judiciaire donc. La mère, Catalina Pizarro Altamirano aussi aristocrate, avait un père juriste. Enfin, la famille jouit d’un certain prestige militaire avec des ancêtres ayant participé à la Reconquista non sans faits d’armes. On le conçoit, le jeune Hernán Cortés n’était pas démuni d’atouts et d’arguments pour entreprendre sa destinée.
À 14 ans, il est envoyé à l’université de Salamanque. Il n’y terminera pas son cursus pour de multiples raisons allant d’une santé fragile, à quelques incartades de jeunesse, ou encore à l’ennui face à une discipline trop stricte. Vraisemblablement sa nature le portait à quelque chose de plus aventureux qu’une vie de juriste ou de notaire (il fut un temps apprenti notaire à Valladolid). Il reste que sa formation, même inachevée, lui fournit des bases en latin, en droit et en rhétorique. Autant d’outils qu’il allait servir dans sa conquête de l’empire aztèque.
L’embarquement vers le Nouveau-Monde
Hernán Cortés, lorsqu’il retourne chez lui, annonce à ses parents son souhait d’entamer une carrière militaire. En termes de perspectives, Cortés pouvait opter pour deux choix. L’Italie, avec une présence espagnole à Naples à l’issue de la troisième guerre d’Italie (1501-1504). Une série de conflits larvés impliquant trop de belligérants ; par conséquent, peu propice aux ambitions de Cortés. Il pressent que le Nouveau-Monde, dont l’Espagne ne contrôle qu’Hispaniola, lui offrira plus d’opportunités.
C’est donc aux alentours de 1506 qu’il prend la mer pour Hispaniola. Il y reçoit des terres et des Indiens et se trouve à la tête d’un véritable domaine. Un marche-pied pour d’autres ambitions. À cette période Cortès se voit aussi confier la charge de notaire à Azua. Presque ironiquement, l’hidalgo reproduisait dans les Amériques ce qui aurait été sa vie en Espagne. Ainsi, il devait ronger son frein d’autant plus que la maladie (la syphilis) l’écarta des opérations militaires prévues.
La conquête de Cuba (1511-1519)
Cortés, en 1511, peut enfin se mettre à l’épreuve militaire en accompagnant Diego Velasquez de Cuellar à la conquête de Cuba. C’est dans cette période que d’autres expéditions sont menées dans le Yucatán, d’où de petites quantités d’or sont ramenées. Naturellement, des récits indiquent que bien des richesses se trouvent plus loin. La perspective de fortune ne pouvait qu’aiguiser la volonté de Cortés. Prenant de vitesse Velasquez, tout à la fois suspicieux et jaloux, il s’embarque pour le Mexique en 1519.
Le corps expéditionnaire de Cortés
L’expédition partit le 10 février 1519 se composait de 11 navires, 110 marins, quelques 500 fantassins, et 16 cavaliers (dont l’impact plus psychologique que militaire sera significatif). De l’artillerie, des arquebuses et des arbalètes venaient compléter cette force expéditionnaire. C’est une force relativement modeste plus réduite même que celle de Christophe Colomb qui avait mobilisé 17 navires et 1200 à 1500 hommes lors de son deuxième voyage en 1493. Nous verrons que rapidement cette force va s’enrichir d’Amérindiens souhaitant s’émanciper du joug de l’empire aztèque.
Deux points sur les contextes amérindiens
Permettons-nous ici de nous écarter du fil des événements pour parler des contextes respectifs des Mayas et de l’empire aztèque.
Contexte du Yucatán
La rencontre entre Cortés et les Mayas se fait à Cozumel sur la côte est du Yucatán. Il s’agit là des premiers représentants d’un monde maya composé de dizaines de cités-États indépendantes, souvent en conflit les unes contre les autres. Des guerres qui durent depuis des décennies, causées autant par le contrôle des routes commerciales, que par des rivalités dynastiques.
Les Mayas connaissaient les Espagnols. En 1517, ils avaient notamment affronté Hernandez de Cordoba à Champoton. L’année précédente de l’expédition de Cortès, l’expédition de Grijalva s’était heurtée aux Mayas. Enfin le Yucatán est densément peuplé et jouit toujours d’une culture dynamique.
L’empire aztèque présente un profil politique différent des cités-États divisées. C’est un État centralisé et, bien plus homogène… en apparence.
Contexte de l’empire aztèque
L’empire aztèque pourrait être qualifié de « jeune », car fondé en 1428 par une triple alliance entre Tenoctitlan (dominante), Texcoco et Tlacopan. C’est donc dire qu’en 1519, cet empire n’avait pas un siècle d’existence et s’il était malgré tout en expansion, il n’en demeurait pas moins instable. Une problématique née aussi de l’absence de coercition et de volonté d’assimilation avec les peuples soumis. Les Aztèques exigeaient tributs, captifs pour les sacrifices et la nécessaire loyauté militaire. Ils restent toutefois pragmatiques pour exercer leur autorité en laissant les élites locales en place. L’empire est ainsi formé de peuples soumis, mais plus ou moins hostiles, prêts à se révolter si une occasion se présente. Cortés allait leur fournir.
À souligner aussi un fait important concernant cette fois le religieux. Les années précédant l’arrivée de Cortés sont marquées par des éclipses, des incendies, des comètes, des inondations ou encore des rumeurs de dieux revenants. Autant de phénomènes interprétés comme des signes de fin de cycle. Dans ce qui pourrait être interprété comme une angoisse eschatologique des Aztèques, Hernán Cortés a pu être perçu comme un catalyseur de la volonté des dieux. Du moins au début, les événements ont fini par obliquer ce point de vue.
La suite de l’expédition dans le Yucatán
Revenons à Cozumel où se déroula des faits d’importance, d’abord la destruction par les Espagnols des idoles mayas, démontrant à la population l’impuissance de leurs dieux et la volonté d’évangéliser (quitte à ce que ce soit par la force) les populations rencontrées. Cela démontre que Cortés entrevoit sa mission comme intimement liée à la Providence.
Second point, plus prosaïque, la libération de Geronimo de Aguilar capturé huit ans plus tôt. Ce diacre connaissait en effet le maya yuacatèque et devint, de fait, interprète de confiance pour Cortès. Un rôle qu’allait aussi prendre la Malinche.
Rencontre avec la Malinche
L’expédition quitte l’île de Cozumel pour le continent et arrive à l’embouchure du Rio Grijalva. Le territoire était dirigé par un cacique du nom de Taabscob, ce dernier l’année précédente avait fait bon accueil à Juan de Grijalva. De fait, Hernán Cortés aurait pu croire qu’il en serait de même pour lui, ce ne fut pas le cas. La diplomatie et l’aide d’interprète de Geronimo de Aguilar ne changèrent pas l’issue. L’expédition allait mener ses premiers combats. En deux batailles les Mayas furent vaincus, et en gage de leur soumission, apportent des offrandes, mais aussi des esclaves. Parmi eux, se trouve celle qui sera hautement déterminante pour la suite : la Malinche.
Les origines de la Malinche
Parler des origines de la Malinche c’est être tributaire de sources parfois pittoresques, en l’occurrence du récit donné par Bernal Diaz del Castillo.

La Malinche, à l’origine Malinalli, puis Malintzin et sous son nom chrétien Dona Marina est née après 1502. Selon Diaz, la jeune femme d’origine Nahua est la fille aînée d’un aristocrate vivant à la frontière entre l’empire aztèque et maya. Celui-ci une fois mort, son épouse s’est remariée et donna naissance à un garçon. La jeune Malinalli devenue gênante, sa mère décida de la vendre comme esclave. Un récit des événements aux consonances presque bibliques dont il faut se contenter sinon à faire d’autres suppositions.
La maîtrise linguistique de la Malinche
Quoi qu’il en soit, sa maîtrise du maya yucatèque, du nahuatl et de l’espagnol feront d’elle une alliée de choix pour Cortez. Précisons un point sur son apprentissage de l’espagnol, fait avec l’aide de Geronimo de Aguilar. Le maya servant de pont linguistique pour permettre à la la Malinche de retranscrire. Enfin, et par ce biais, elle apprend en quelques mois l’espagnol ce qui dénote une forte intelligence linguistique. Le tandem de Aguilar, la Malinche fonctionnait et offrait à Cortés un puissant outil non seulement linguistique mais aussi diplomatique. En effet, le rôle de la Malinche ne se confinait pas à un rôle d’interprète, elle était aussi conseillère et diplomate.
Il n’est pas exagéré de dire que sans elle Cortés aurait été vaincu. Les épisodes de la conspiration de Tlaxcala ou encore de Cholula sont à ce titre significatifs. À Cholula, une vieille dame, qui souhaitait sauver la Malinche avait prévenu que les Aztèques prévoyaient de tuer les Espagnols dans leur sommeil. Cortés décida alors d’une attaque préventive tuant ainsi entre 5000 et 6000 habitants. C’était le premier grand massacre commis par le conquistador.
Les apports décisifs de La Malinche à l’expédition de Cortés
Tel que le dit Bernal Diaz del Castillo : « Sans l’aide de Doña Marina, nous n’aurions pas compris la langue de la Nouvelle-Espagne. » La Malinche, si l’on a pu appuyer ses compétences linguistiques se fait aussi fine observatrice politique. Elle conseille Cortés et parlemente même avec les caciques.
En définitive, elle dépasse sa fonction en se muant en une vraie diplomate tout à fait apte à traduire les intentions, les sous-entendus et les usages politiques.

Ici dans le lienzo de Tlaxcala (1552), Cortés et la Malinche parlementent auprès de Moctezuma II.
Dans l’ensemble de l’œuvre quand Cortés est présent, la Malinche est pratiquement toujours à ses côtés parfois même au centre de la scène et représentée plus grande que le conquistador.
De nombreux ralliements dans les rangs de Cortés
Nous avions dit que le corps expéditionnaire initial des Espagnols était modeste, et c’était le cas. Les talents de diplomates et de politique de la Malinche permirent de rallier plusieurs peuples amérindiens et ainsi de former une coalition apte à renverser l’empire aztèque.
Une coalition se base sur des intérêts convergents, ce fut le cas par exemple entre les Espagnols et les Totonaques. Ce peuple établi dans le golfe du Mexique, représenta la première opportunité de ralliement pour les Espagnols. Les Totonaques, écrasés par le tribut aztèque, n’osaient parler directement aux Espagnols. Naturellement la Malinche servit d’intermédiaire, et parvint à sceller l’alliance.
Autre peuple historiquement en butte avec l’empire aztèque : les Tlaxcaltèques. Malgré leur ennemi commun, les Tlaxcaltèques considéraient les Espagnols comme des intrus et les affrontèrent dans de violents combats. Encore une fois, la Malinche intervient pour résoudre la crise et négocie avec les chefs Xicoténcatl et Maxixcatzin. C’est une alliance militaire majeure, qui sera renforcée par d’autres défections au sein même de l’empire. Citons Texcoco pourtant membre historique de la triple alliance, qui rallie les Espagnols, leur prince étant hostile à Moctezuma.
Enfin, bien d’autres cités de la vallée du Mexique rejettent le giron de l’empire et rallient Cortès. Cela n’aurait pas été possible sans les efforts diplomatiques de la Malinche. Au moment du siège de Tenochtitlan, la coalition formait plus de 100 000 guerriers indigènes. À la fin de 1521 la capitale aztèque tombe. La Malinche avait joué un rôle hautement décisif dans ce succès des Espagnols et de leurs alliés.
La fin de la vie de la Malinche
Sur un plan plus intime Cortés et la Malinche étaient aussi amants, ils eurent un enfant nommé Martín Cortés el Mestizo (le métis). Un enfant préfigurant le métissage du futur Mexique.
Après cela, les sources ne mentionnent la Malinche que pendant l’expédition du Honduras. Cortés l’a finalement marié à un de ses compagnons aristocrates Juan Jaramillo, espérant ainsi lui octroyer un statut social plus élevé. La date de son décès est mal connue 1527-1528, éventuellement causée par la variole, qui causa les ravages que l’on connaît au sein de la population amérindienne.
Une figure féministe
Évoquer la Malinche et son rôle central dans la conquête de l’empire aztèque c’est certes traiter de pans de l’histoire diplomatique, culturelle et politique du Mexique, mais c’est aussi un sujet relatif à l’histoire des femmes. À l’époque et dans la mentalité espagnole (pas la seule), la femme ne pouvait être qu’une fille, une épouse et en définitive une mère. On le conçoit, la Malinche a outrepassé ce cadre, devenant une diplomate et disons-le, une femme politique sans qui
Hernán Cortés aurait échoué. La Malinche laisse pourtant une image ambivalente pour le Mexique. Quand certains voient en elle une traîtresse, d’autres plus objectifs, voient la femme brillante et d’influence. Enfin, le féminisme ne pouvait l’ignorer pour l’édifier en une figure incontournable de ces différents mouvements.




Laisser un commentaire