Pour les aficionados de la guitare mais aussi pour le grand public, les marques Fender et Gibson sont presque indissociables de la musique rock. A travers leurs divers instruments, les deux entreprises ont joué un rôle important dans l’histoire musicale et culturelle des Etats-Unis et du reste monde.

Fender et Gibson duel ou duo ?
Demander à un individu sa préférence entre une guitare Fender ou une Gibson pourrait tout à fait figurer dans un questionnaire de Proust ou un portrait chinois. Un choix du même acabit que la faveur accordée au thé ou au café, d’adopter un chien ou un chat, ou encore de rouler en Mercedes ou en BMW.
Pour ce qui est de l’option d’un artiste entre une Gibson et une Fender ; rien, n’est bien sûr définitivement fixé. Surtout si l’on estime la versatilité possible du ou de la guitariste, les nécessités musicales, ou même un penchant pour la collectionnite. L’on pourra citer ici la riche collection d’un Joe Bonamassa.
Des artistes comme Eric Clapton ou encore Mark Knopfler ont aussi joué sur les deux modèles de guitare. Si Jimi Hendrix est associé à sa Fender Stratocaster, il a aussi possédé et utilisé une Gibson Flying V et une Gibson SG Custom. Dernier exemple ici avec Carlos Santana, désormais lié à sa Paul Reed Smith, mais qui jouait avec une Gibson SG, notamment au festival de Woodstock en 1969.
On peut objecter que d’autres marques prestigieuses telles que Gretsch, Guild, Martin & Co ont aussi marqué l’histoire de la musique. Fender et Gibson ont néanmoins la particularité d’avoir fortement imprégné la scène musicale. Et par conséquent se distinguer comme d’importants objets et acteurs dans l’histoire culturelle.
Petite histoire de Fender et Gibson
Il ne s’agira pas ici de dresser un historique complet de deux marques. Pour cela, l’on invitera à consulter les ouvrages suivant pour Fender et ce lien pour Gibson. Procédons par ordre chronologique en commençant avec Gibson.
Gibson un pionnier emblématique.

L’histoire de la marque débute avec un luthier du nom de Orville H. Gibson (1856-1918). Le fabriquant de mandolines et de guitares s’associe avec des partenaires financiers pour fonder en 1902 la “Gibson Mandolin-Guitar Mfg. Co, Ltd.” En 1904, il finit par céder ses droits exclusifs de son entreprise ; mais continue à concevoir des instruments. Malheureusement atteint d’une santé fluctuante, il est contraint de faire plusieurs séjours à l’hôpital entre 1907 et 1911. Le fondateur de la marque décède en 1918 dans un établissement psychiatrique.
Durant les deux décennies des années 1920 et 1930. Gibson innove, à la fois pour des modèles acoustiques mais aussi électriques. A ce titre, la Gibson ES-150, parait en 1936. C’est en fait une guitare acoustique de jazz électrifiée au style inspiré des mandolines de la marque. Gibson tient alors le premier succès commercial pour une guitare électrique. Ce succès n’est évidemment pas sans rapport avec la popularité et le talent de Charlie Christian, célèbre guitariste de jazz qui use de ce modèle.

Les années 1940 et la Seconde Guerre mondiale impactent inévitablement la production. L’usine étant dédié à l’effort de guerre.
Innovations et implantations dans le jazz, le blues et le rock
A la fin du conflit mondial, la production d’instruments de musique reprend. Dés 1946, Gibson porte une innovation notable avec le micro P-90, qui équipe encore de nos jours de nombreuses guitares. L’année 1949, voit aussi l’arrivée de la Gibson ES-175. C’est la première “vraie” guitare électrique de la marque, pensée et conçue comme telle. C’est là aussi un franc succès commercial. Preuve en est l’instrument n’a cessé d’être produit et commercialisé jusqu’en… 2019.
Gibson a affirmé ses modèles de guitares dans le milieu du jazz. Aussi faut-il nécessairement évoquer la Gibson L-5 CES, véritable standard de la guitare jazz électrique. Employé notamment par le très talentueux Wes Montgomery.
La Gibson Les Paul, le modèle emblématique
Les années 1950 sont charnières pour Gibson. Un modèle bouleverse la musique : la Gibson Les Paul. Commercialisée en 1952, c’est la première guitare à corps plein de la marque. Un nouveau cap est franchi, l’instrument conquiert et marque de son emprunte le genre naissant du rock.

Des groupes et artistes célèbres l’emploient : Jimmy Page de Led Zeppelin, Keith Richards des Rolling Stones ou encore Eric Clapton. Au fil du temps, la Gibson Les Paul devient une guitare iconique du rock. Gibson continue de marquer son implantation dans la scène rock avec la Gibson SG sortie à partir de 1961. Là encore c’est un succès parmi les musiciens de rock et de hard-rock. Elle trouve son usage chez AC/DC, Aerosmith ou Black Sabbath.
Rachats et difficultés
Si la qualité des guitares est reconnue et prouvée, son prix élevé représente un frein pour l’acheteur lambda. Pour pallier cet état de fait, Gibson s’associe avec Epiphone (autre fabriquant de guitare, racheté en 1957). Ce sont alors des instruments plus abordables, quitte à rogner sur la qualité. Gibson se diversifie aussi dans divers instruments à travers l’acquisition d’autres sociétés. Les guitares basses avec Tobias, les pianos avec Baldwin, les percussions avec Slingerland, l’électronique enfin avec des processeurs d’effets et accessoires MIDI.
Malgré son prestige, Gibson traverse aussi des crises, en particulier dans les années 1980, où l’entreprise est rachetée par des investisseurs.
C’est néanmoins 2018, qui est la date la plus périlleuse. Gibson est endettée est doit se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux États-Unis.
Désormais, Gibson se tourne vers le passé en rééditant des anciens modèles avec des couts moins élevées.
Aussi pour terminer ce point sur l’histoire de Gibson, il faut nécessairement parler de l’amplification, indissociable de la guitare électrique. Historiquement Gibson est l’un premiers fabriquant d’amplificateurs (dès 1936). Des modèles qui finiront par s’inspirer très fortement de ceux fabriqués par Fender.
Fender le jeune concurrent de Gibson
Un nouveau concurrent de Gibson se dessine à partir de 1946, à l’initiative de Leo Fender (1909-1991). A la différence d’Orville Gibson, Leo Fender n’est ni luthier, ni même guitariste d’ailleurs. Il est… comptable de formation, mais l’électronique le passionne et il se révèle très doué dans ce domaine. Parallèlement à ses emplois de comptable, il fabrique des systèmes de sonorisation pour des évènements publics. Fender se lance définitivement dans sa passion en ouvrant en 1939 un magasin de réparation de radios et de ventes de disques.
Des musiciens viennent le consulter et pendant plusieurs années il étudie l’amplification et les guitares électriques. C’est en 1946 et en collaboration avec Clayton dit“Doc” Kauffman, ingénieur en guitare électrique et en lapsteel, qu’il fonde Fender Electric Instrument Company. A la différence des instruments de Gibson, ceux de Fender se veulent plus accessibles. A l’origine, ils vendent des Lap-steels et des amplificateurs. Il faut attendre 1950 pour voir se lancer la Fender Esquire.

Soit la première guitare électrique à corps plein produite en série, deux ans avant la Les Paul de Gibson. La Fender Esquire quant à elle fut dotée d’un deuxième micro et plus tard renommée “Telecaster”. C’était la naissance d’une guitare extrêmement populaire qui a su trouver une excellente place parmi les musiciens de country et de blues. L’innovation de Fender se poursuit rapidement peut-être plus vite que du côté de Gibson. En 1951, Fender produit la “Precision Bass” la première guitare basse électrique produite en série.
En 1954, les innovations se poursuivent avec la Fender Stratocaster. Iconisée comme emblème du rock, rivalisant avec “ Les Paul” de Gibson.
Essor, difficultés et partenariats

Les années se suivent avec d’autres modèles comme la Jazzmaster, Jaguar, Mustang, et Jazz Bass.
L’entreprise florissante connait les soubresauts du destin avec le diagnostic d’un cancer de Léo Fender. En 1965, la société est rachetée par CBS, géant de la radiotélévision. La conséquence de ce rachat est marquée une baisse de qualité des productions.
C’est l’année 1985 qui marque un retour à des normes qualitatives. Et tout cela à un coût, compensé par des délocalisations partielles au Mexique et en Asie.
A l’instar de Gibson, les guitares Fender se sont diffusées dans plusieurs genres musicaux. Jimi Hendrix, mentionné plus haut, en est un des utilisateurs chevronnés. De même que pour Eric Clapton.
Un autre parallèle entre les deux fabriquant se trouve dans leurs rachats et autres partenariats. Fender acquiert Squier (fabriquant de cordes de guitares). Squier à l’image de Gibson et d’Epiphone produit ce que l’on pourrait qualifier comme des ersatz de guitares Fender.
La société Fender en 2002 acquiert la marque Gretsch, pourtant plus ancienne et hautement qualitative dans l’histoire de la guitare électrique.
En 2011, Fender s’associe à Volkswagen, le constructeur automobile pour construire un système audio destiné aux voitures.
Les guitares et amplis Fender ont été employés par nombre d’artistes et sont pour ainsi dire devenus iconiques. Sans tous les mentionner on ne peut oublier Kurt Cobain et sa Fender Jaguar Sunburst. Ou encore David Gilmour des Pink Floyd avec sa Fender Stratocaster la “Black Strat”.
Pour les ames sensibles de la guitare et des instruments, évitez de regarder cette vidéo de Kurt Cobain “bousillant”, c’est le mot, ses instruments.
Deux destins parallèles ?
Oui, on peut le dire, Fender et Gibson partagent un destin parallèle marqué par le prestige et l’iconisation de leurs instruments. La Stratocaster et la Les Paul produisant et symbolisant la sonorité, et l’essence du rock. Les marques étant les deux faces d’une même pièce.
Succès, innovations, difficultés. Les deux fabriquant d’instruments laissent leurs empruntes respectives dans la musique et dans les esprits. Ce sont enfin deux objets ambassadeurs de la culture américaine. Ce duo, plus que de la concurrence entre Fender et Gibson, peut faire penser à une phrase de Chopin : « Rien n’est plus beau qu’une guitare, sauf peut-être deux.”



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