Histoire du renard

Il est de notoriété que le renard est connu pour sa ruse. Ne dit-on pas : “rusé comme un renard”. Déjà dans l’Antiquité, Aristophane parlait du renard comme d’un animal intelligent et… sournois. Il en allait de même dans les fables d’Esope. Animal remarquable pour son adaptabilité, sa réputation n’a jamais été mise en doute à travers les époques. Sa place de choix dans la littérature en fait un objet historique à part entière. Retour donc sur l’histoire du curieux canidé. 

Le renard dans l’Antiquité 

L’Antiquité voit le renard roux s’entourer d’une réputation de fourberie. Cela en partie aussi à cause de la couleur de son pelage et de la symbolique ambivalente de la couleur rousse. Synonyme de malignité et de fourberie, mais aussi de… maladie.  Le médecin Cassius Félix rapporte que pour les Grecs, le renard était associé à une maladie de la chevelure : l’alopécie, littéralement avoir la « figure du renard ». La maladie se caractérisant par le roussissement des poils puis la perte des cheveux. Un parallèle est ainsi fait entre la calvitie et la perte régulière de la fourrure du renard.  

Les fables d’Esope 

Esope (vers 620-vers 564 av. J-C.) met de nombreuses fois en scène le renard dans ses fables. Par-là, il forge la réputation d’un animal malin, beau parleur, orgueilleux et impertinent. Dans la fable 34 intitulée “le Renard et le Bûcheron”, le canidé se fait même moralisateur. “Un renard qui fuyait devant des chasseurs aperçut un bûcheron, et le supplia de lui trouver une cachette. Celui-ci l’engagea à entrer dans sa cabane et à s’y cacher.

Quelques instants après les chasseurs arrivèrent et demandèrent au bûcheron s’il n’avait pas vu un renard passer par là. De la voix il répondit qu’il n’en avait pas vu ; mais de la main il fit un geste pour indiquer où il était caché. Les chasseurs ne prirent pas garde au geste, mais s’en rapportèrent aux paroles ; et le renard, les voyant s’éloigner, sortit et s’en alla sans mot dire. Comme le bûcheron lui reprochait que, sauvé par lui, il ne lui témoignait même pas d’un mot sa reconnaissance, le renard répondit : « Je t’aurais dit merci, si tes gestes et tes procédés s’accordaient avec tes discours. » 

Le Renard et le Bûcheron

Un animal de mauvaise foi

Moment intéressant, dans lequel le renard critique la duplicité du bucheron, alors même que le renard en fait preuve dans la fable 40. Le renard se trouve piégé dans un puit. Là-dessus un bouc assoiffé s’approche du puit et voit le renard. Le renard, prépare son plan et use de son arme favorite : le discours. Il commence à louer la fraicheur de l’eau et encourage le bouc à descendre. Après avoir bu, le bouc demande comment remonter. Le renard propose que le bouc appuie ses pattes avant contre le mur et lève ses cornes pour qu’il puisse grimper, ensuite il le remonterait. Le renard sortit du puits et s’éloigne, laissant le bouc. Quand le bouc se plaint, le renard répond : « Si tu avais réfléchi avant de descendre, tu aurais trouvé un moyen de remonter. » 

Une leçon cruelle pour le pauvre bouc qui apprend malgré tout à réfléchir avant d’agir. 

Le renard beau parleur

Le renard rusé et très bien illustré aussi dans la fable 192 avec cette fois un lièvre comme interlocuteur.

Le lièvre dit au renard : « Fais-tu réellement beaucoup de profits, et peux-tu dire pourquoi on t’appelle le « profiteur ? ». — Si tu en doutes, répondit le renard, viens chez moi, je t’offre à dîner. » Le lièvre le suivit. Or à l’intérieur le renard n’avait rien à dîner que le lièvre. Le lièvre lui dit : « J’apprends pour mon malheur, mais enfin j’apprends d’où te vient ton nom : ce n’est pas de tes gains, mais de tes ruses. » 

Quand le renard ne gagne pas toujours

Parfois, les ruses du renard peuvent-être éventées. La fable 335 le confronte à la cigale : “Une cigale chantait sur un arbre élevé. Un renard qui voulait la dévorer imagina la ruse que voici. Il se plaça en face d’elle, il admira sa belle voix et il l’invita à descendre : il désirait, disait-il, voir l’animal qui avait une telle voix. Soupçonnant le piège, la cigale arracha une feuille et la laissa tomber. Le renard accourut, croyant que c’était la cigale. « Tu te trompes, compère, lui dit-elle, si tu as cru que je descendrais : je me défie des renards depuis le jour où j’ai vu dans la fiente de l’un d’eux des ailes de cigale. » 

Le renard déjoué donc, mais aussi un point alimentaire sur le régime omnivore du renard. Ce même omnivorisme qui encourage l’idée d’un animal opportuniste. Parfois, cet opportunisme peut lui jouer des tours. Dans la fable 30 : l’animal tiraillé par la faim trouve de la nourriture laissée par des chasseurs dans le creux d’un chêne. Bien entendu le renard ne manque pas l’occasion et pénètre dans le creux.

Rassasié par la viande et le pain, son ventre est trop gonflé pour pouvoir repasser par le creux. Bloqué, il se met à gémir et à se lamenter. Un autre renard passe par là et entend les plaintes de son congénère. Ce dernier explique ce qu’il s’était passé et l’autre renard répond :  « Eh bien ! dit-il, reste ici jusqu’à ce que tu redeviennes tel que tu étais en y entrant, et alors tu en sortiras facilement.» Ironiquement, la morale apprise est que le temps résout tous les problèmes. 

L’orgueil du goupil

Il y a aussi un coté orgueilleux chez le renard qui se dégage par exemple dans la fable 37 intitulée le Renard et la Panthère :

 

“Le renard et la panthère contestaient de leur beauté. La panthère vantait à tous coups la variété de son pelage. Le renard prenant la parole dit : « Combien je suis plus beau que toi, moi qui suis varié, non de corps, mais d’esprit. » 

Les atours de l’esprit valent plus pour le renard que la beauté extérieure. L’animal est tout à fait conscient de son intelligence et en use. 

D’autres exemples seraient à mentionner, mais à travers ceux que l’on a donné ici, un portrait du renard chez Esope se dégage. La ruse et l’intelligence sont de ses qualités, certes mais il sait aussi se faire moralisateur. Des vertus conseillées mais qui ne s’appliquent bien entendu pas à lui. C’est là toute l’ambivalence de l’animal orgueilleux et trompeur.   

Le récit d’un renard perfide et rusé 

Naturellement, le renard ne pouvait pas échapper à l’esprit d’Aristote (né en 384 et mort en 322 av. J.-C.) qui voit aussi la perfidie et la ruse dans l’animal.  

Un autre livre de l’Antiquité, plus tardif cette fois : le Physiologos est le premier bestiaire chrétien composé en grec au IIe siècle. L’ouvrage entend instruire le lecteur à travers la mise en scène de portraits d’animaux, choisis en raison de leur signification symbolique dans la Bible : 

“Le naturaliste enseigne que le renard est très-fin et très-rusé. Lorsque, affamé, il ne trouve pas de proie, il s’en va chercher un lieu couvert de paille, ou bien se roule dans de la poussière, et s’étend à terre sur le dos. Il ne regarde plus autour de lui ; et, retenant sa respiration, il s’enfle. Les oiseaux le croient mort, et descendent sur lui pour déchirer ce cadavre ; mais c’est le renard, au contraire, qui les dévore, et se régale ainsi de ses ennemis.” 

Le renard maître stratège

C’est un véritable stratagème déployé par le renard. Il n’est pas étonnant que des généraux et autres tacticiens se soient volontiers assimilés à cette qualité du renard. Napoléon Bonaparte disait : “Je sais, quand il le faut, quitter la peau du lion pour prendre celle du renard.” 

Concrètement, le fait qu’un animal fasse le mort n’a rien de bien extraordinaire. Scientifiquement connu sous le nom de thanatose, ou immobilité tonique, le fait de faire le mort se produit dans tout le règne animal, des oiseaux aux mammifères en passant par les poissons. Une technique pour éviter d’être mangé par un prédateur, et même pour éviter l’accouplement ( c’est le cas par exemple des libellules femelles). Pour le renard du Physiologos, c’est une technique de chasse. D’une stratégie défensive commune aux proies, le renard la détourne pour se nourrir. Ce qui confirme encore la ruse et la perfidie du renard aux yeux des auteurs chrétiens de l’Antiquité.  

Le renard dans la Bible 

Une réputation qui ne varie pas dans les textes religieux. Dans la bible, il est généralement associé à la ruse et au vol. Cependant dans certains cas il peut être un instrument du divin. C’est le cas avec Samson dans Juges 15:3-5 où Samson utilise trois cents renards pour détruire les récoltes des Philistins. Il attache des torches allumées aux queues des renards et les laisse courir dans les champs.  

 Luc 13:32 : rapporte que dans lors de l’arrestation de Jésus à Jérusalem, celui-ci parle d’Hérode Antipas comme d’un renard probablement en raison de sa ruse.  

Dans le Cantique des Cantiques 2:15 : Les renards sont décrits comme ravageant les vignes, une métaphore de ceux qui ne suivent pas le Seigneur et ne respectent pas sa vigne2

L’Antiquité a bien posé les bases de la réputation du renard perfide et rusé. L’animal devenant miroir du rapport ambivalent des Anciens avec l’idée de ruse. Cette dernière pour les Grecs étant à la fois valorisé à travers la mètis, preuve d’intelligence, Ulysse est réputé pour sa ruse qui lui permet de se sortir de situations difficiles. Dans le même, temps il y a aussi l’arété. Idéal de force et de bravoure dont semble être dépourvu notre renard. Aussi les Romains dévalorisaient la ruse contraire à leur idéal de virtus (force morale et courage) et bien entendu la discipline. Bien entendu, les diverses campagnes menées par Rome ont assoupli dirait-on se point de vue sur l’usage de la ruse.  

Enfin pour ce qui est du religieux le renard perfide est évidement contraire aux valeurs d’honnêteté et de charité prônés par les Chrétiens.  

Le renard rusé et perfide continue de trainer sa réputation au Moyen-Age pourtant son image va peu à peu évoluer et s’étoffer. C’est ce que nous allons voir.  

L’hstoire du renard à l’époque médiévale 

Pour ce qui est du renard dans la littérature et la poésie médiévale, il nous apparait très important de mentionner la poétesse Marie de France (1160-1210). Elle est la première femme de lettres en Occident à écrire en langue vulgaire. Surtout pour notre sujet, elle reprend les récits d’Esope et y place le renard dans de nombreuses de ses fables. Là encore, le renard y est rusé et beau-parleur. C’est le cas dans l’histoire de Renart et de Chanteclerc le coq.

Le renard et le coq

Dans cette fable un renard s’approche d’un coq qui chantait et le flatte sur sa belle voix. Il le manipule pour qu’il chante les yeux fermés afin d’avoir une voix plus claire, ce qui permet au renard de saisir sa proie. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais de façon inattendue, il y a un rebondissement. Le renard, poursuivi par les bergers et les chiens, se fait piéger par le coq :  

“[…] Il (le renard) traversait un champ 
quand tous les bergers se lancent à sa poursuite ; 
Les chiens aboient après lui. 
Regardez ce renard, qui tient le coq ! 
S’il passe par ici, il paiera cher sa capture ! 
— Vas-y ! dit le coq, crie-leur 
que je suis à toi et que tu ne me laisseras pas ! 
Le renard veut crier fort, 
et le coq saute de sa gueule : 
il monte en haut d’un arbre. 

Quand le renard s’en aperçoit, 
il se voit bien attrapé 
et bien trompé par le coq. 
De colère et de fureur 
il se met à maudire la bouche 
qui parle quand elle devrait se taire. 
Le coq répond : « Je dois faire comme toi : 
maudire l’œil qui veut se fermer, 
quand il devrait veiller et guetter 
pour éviter un malheur à son seigneur ! » 
Ainsi font les fous : la plupart 
parlent quand il faut se taire, 
et se taisent quand il faut parler. 
Avis au sot.” 

La revanche du goupil

Le coq prend finalement sa revanche sur la ruse et la flatterie du renard et en profite pour lui donner une leçon de vie. C’est là un renversement qu’à parfois emprunté Esope dans ses propres fables. Le renard parfois vainqueur, parfois vaincu en devient quasi pathétique dans ce cas précis. Sa perfidie s’en trouve punie.  Dans une autre fable intitulée “d’un Vorpil et d’un Aigle”. Le renard est victime et prend sa revanche, il incarne aussi la figure du peuple face à l’aristocrate. 

“Ce récit conte d’un goupil, 
Sorti devant sa renardière, 
Pour jouer avec ses petits. 
Un aigle en vit un et le prit. 
Le renard lui vint, suppliant 
Pour qu’il lui rende son enfant ; 
Mais l’aigle ne voulut l’écouter, 
Et Renard dut s’en retourner. 
Il s’empare d’un tison ardent 
Puis une bûche va cueillant, 
Et met le feu au pied du chêne 
Où l’aigle niche en son domaine. 
 
Quand l’aigle voit le feu jaillir 
Il supplie Renard et lui dit, 
« Eteins le feu, prend ton rejeton (enfant chael chiot) 
Avant que brûlent mes oisillons ». 
 
MORALITÉ 
 
“Par ce récit nous comprenons 
Qu’ainsi va du riche félon. 
Jamais du pauvre il n’a merci (pitié) 
Ni de ses plaintes, ni de ses cris 
Mais si le pauvre peut se venger 
Aussitôt l’autre de s’incliner  
Comme le fit l’aigle face au renard 
Ainsi qu’on conte en cette histoire.” 

Marie de France est bien représentative de ce qui fut appelé :  “la Renaissance du XIIème siècle. Cette même période durant laquelle commence l’écriture des premières branches du fameux “Roman de Renart”. Recueil qui assoie la place singulière du renard à la fois dans la littérature et l’imaginaire collectif.  

Le Roman de Renart 

On date vers 1174, la plus ancienne des “branches” du Roman de Renart. En effet, nous ne sommes pas face à une œuvre réalisée par un seul auteur sur une période courte. Si on devait se hasarder à une comparaison, la composition du Roman de Renart relève plus du cycle arthurien où plusieurs auteurs se succèdent sur une certaine période. 

Au XIIIe siècle, les branches sont regroupées en un seul recueil et l’époque moderne considère l’ensemble comme cohérent avec comme titre : “le roman de Renart”. A vrai dire peu d’auteurs sont nettement identifiés, tout au plus on peut citer Pierre de Saint-Cloud et Richard de Lison.  

Le héros ou plutôt antihéros dans ce cas est donc Renart. Protagoniste fourbe, hypocrite, menteur, malicieux et parfois redresseur de torts. Dans la branche VII intitulée la confession de Renart, il est écrit :  

“Messieurs, si vous voulez bien m’écouter, 
je vous raconterai sans mentir, tout 
sur la vie de Renart le goupil, 
qui a fait tant de vilenies, 
qui a trompé tant d’hommes, 
soit par ruse, soit par la force, 
qui a fait croire cent discours 
dont aucun n’a une once de vérité. 
Il n’y a personne qu’il n’ait pas berné.” 

Bien entendu, tout protagoniste réussi d’une histoire doit avoir un antagoniste fort. Tout comme Achille avait comme ennemi Hector. Renart trouve son alter-ego avec le loup Ysengrin.  

“[…] Mais vous n’avez jamais eu vent de cette guerre 
qui fut dure au plus haut point 
entre Renart et Ysengrin, 
qui dura pourtant si longtemps et fut si acharnée. 
Ces deux seigneurs, c’est la pure vérité, 
ne s’aimèrent jamais. 
Il y eut maintes échauffourées et maintes batailles 
entre eux, c’est sûr.” (Branche XXIV : La naissance d’Ysengrin et Renart) 

Le renard, protagoniste de l’histoire médiévale

Ce duel est au cœur de nombreux rebondissements et stimule la ruse intelligente de Renart qui se manifeste par son maniement du verbe. Ce sont là les deux héros qui sont à la tête d’un peuple d’animaux, à la fois représentatif et satyrique de la société médiévale.  

Renart dans l’œuvre est un chevalier vivant dans son château de Maupertuis. Renart est bel et bien un aristocrate prompt à mépriser le petit peuple. Toujours rusé et trompeur, il met en exergue les travers des nobles. C’est du moins une interprétation courante.  

Le roman de Renart est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature médiévale. Une œuvre complexe et riche, à la fois satyrique et transgressive dont le renard est l’animal- héros dédié. Une belle réussite pour le canidé dont l’aura traverse les siècles. En héritier d’Esope et des auteurs du Roman de Renart, Jean de la Fontaine met lui aussi en scène le fameux renard dans ses fables.  

Le Renard à l’époque moderne  

Jean de la Fontaine (né en 1621- mort en 1695) poète, fabuliste, homme de lettres, du Grand siècle, est l’un des représentants les plus fameux du classisme français. S’inspirant aussi d’Esope dans ses fables, il fait œuvre à travers les animaux de moraliste. Là encore, le renard et sa ruse sont convoqués. La fable le “Corbeau et le Renard” l’illustre parfaitement et l’on connait bien cette histoire. Le renard flatte le corbeau qui tient un fromage dans son bec. Le renard complimente le corbeau sur sa beauté et sa voix. Le corbeau, flatté, ouvre son bec pour chanter et laisse tomber le fromage. Le renard le ramasse et dit que “tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute”.  

Ici la ruse et la maitrise du verbe du renard triomphent, mais tout comme chez Hésiode et Marie de France, ce n’est pas toujours le cas.  

Tel est pris qui croyait prendre

Dans le renard et la cigogne, le renard invite la cigogne à dîner et lui sert de la soupe dans une assiette plate. La cigogne, avec son long bec, ne peut pas manger la soupe, tandis que le renard la lèche facilement. Plus tard, la cigogne invite le renard à dîner et sert la nourriture dans un vase à long col. La cigogne peut manger facilement avec son long bec, mais le renard ne peut pas atteindre la nourriture. Cette fable montre comment le renard a été trompé par sa propre ruse. 

Dans “le Coq et le Renard”, le renard voit une nouvelle fois sa ruse déjouée. Dans cette fable, un vieux coq se tient en sentinelle sur la branche d’un arbre. Un renard, cherchant à tromper le coq, adoucit sa voix et lui annonce que la paix a été déclarée entre eux. Il invite le coq à descendre de l’arbre pour qu’ils puissent s’embrasser en signe de réconciliation. 

Cependant, le coq, méfiant, répond qu’il est ravi d’apprendre la nouvelle de la paix et qu’il voit deux lévriers (des chiens de chasse) qui approchent rapidement. Il suggère que ces lévriers sont des messagers envoyés pour annoncer la paix et propose qu’ils attendent leur arrivée pour célébrer ensemble. 

Le renard, réalisant que son stratagème a échoué, s’enfuit rapidement. Le coq, quant à lui, rit de sa propre peur, car il a réussi à tromper le trompeur

Le renard, notre enfant intérieur ?

Finalement la sagesse et l’intelligence du coq ont gagné sur la ruse et de la tromperie. Jean de la Fontaine continue à faire du renard, l’animal rusé déjà développé par Esope. Le poète français perpétue cette image. Le renard étant personnage polyvalent, malin, espiègle, il est aussi un peu notre enfant intérieur comme le dirait Carl Jung. Et cela, l’époque contemporaine et les auteurs et divers médias ont bien cerné le potentiel du renard.  

Le renard à l’époque contemporaine 

Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et auteur du “Petit Prince”, à ce jour livre le plus traduit après la bible, fait intervenir le renard dans son histoire. Plus précisément dans le chapitre XXI, l’un des plus beaux passages du livre. Et la première rencontre amicale du Petit Prince. Moment décisif donc, dans lequel le renard joue un rôle très singulier.  C’est un renversement complet dans la représentation du renard. Point de ruse, ni de perfidie chez le renard d’Antoine de Saint-Exupéry.  

Le Petit-Prince arrivé sur Terre rencontre un renard sage, un guide spirituel qui lui apprend le vrai sens de l’amitié. Le renard n’aime pas beaucoup les hommes, mais cherche toutefois l’amitié du héros :  

 « Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… »  

Un renard mentor et sage

Les deux amis s’apprivoisent donc, mais cette amitié n’est que de courte durée car le Petit Prince doit s’en aller et continuer sa quête. Le renard l’ayant rendu plus sage dans ce beau passage de l’histoire. Insistons sur l’étonnant renversement opéré par l’auteur. Dans les fables que nous avons étudiées plus haut, il n’est pas rare que le renard donne une leçon, mais cela est souvent une leçon donnée par la tromperie et le mensonge. Or, le renard de Saint-Exupéry est honnête et sincère et ne cherche pas à duper le Petit-Prince. Dépouillé de sa ruse intéressée, et de son égoïsme, le renard conserve son intelligence et son sens du discours, ainsi qu’un certain opportunisme. Surtout quand le renard apprend que le Prince vient d’une autre planète :  

“Le renard parut très intrigué : 

« Sur une autre planète ? 

– Oui. 

– Il y a des chasseurs sur cette planète-là ? 

– Non. 

– Ça, c’est intéressant ! Et des poules ? 

– Non. 

– Rien n’est parfait », soupira le renard.” 

Dans l’histoire du Petit Prince, le renard n’est donc pas intégralement dépouillé de ses atours, mais ses défauts lui ont été ôté. C’est comme si Antoine de Saint-Exupéry nous offrait la vision d’un renard assagi, fataliste, et seul qui aurait trop vécu dans un monde ennuyeux.  

Le renard de Disney

Le XXe siècle offre au renard une autre stature. Par exemple, Disney lui offre le premier rôle dans Robin des Bois (1973). Personnage anthropomorphe évident pour jouer un voleur. Il devient dans le même film plus romantique aussi avec son amour pour la renarde Marianne. Un penchant pour les sentiments amoureux confirmé dans Rox et Rouky, avec Rox qui finit par tomber sous le charme de Vixy. Le renard sert aussi un militantisme anti-chasse.  

D’autres exemples seraient à mentionner, chez Disney les auteurs se sont aussi attachés à garder des personnages de renards malveillants. Dans l’histoire de Pinocchio (1940), l’on trouve le vénal renard « Grand Coquin » qui voit dans la marionnette un moyen de gagner de l’argent. Il est d’ailleurs selon les mots de l’écrivain John Grant, l’un des : “[…]des rares renards réellement mauvais créés par le studio Disney au côté de Renard Vantard dans Petit Poulet (1943) et Frère Renard dans Mélodie du Sud (1946).   

Le renard de Zootopie

En 2016, Disney produit le film “Zootopie”, réussite commerciale et critique, le long-métrage d’animation met en scène un monde dans lequel évolue des animaux anthropomorphes. Proies et prédateurs y cohabitent pacifiquement. Dans cette histoire, l’on retrouve bien évidemment un renard. Nick Wilde, escroc notoire doit faire équipe avec une lapine policière. Le personnage obéit à sa nature ou du moins aux a priori que les autres habitants de Zootopie ont sur son espèce. Au fur et à mesure du récit, il trouvera sa rédemption. Il en est de même pour un autre renard du film : Gideon Grey. Durant son enfance, il était agressif et violent envers ses proies naturelles, mais bien des années plus tard il devient un pâtissier pacifique et tempéré.  

L’histoire de Zootopie montre un renard conformes à la nature qu’on lui prête, mais rien n’est inexorable. La figure du renard est multiple dans ce film et nous apprend à dépasser les préjugés. Là encore le renard est le vecteur d’une leçon de vie. 

L’histoire du fantastique Maître Renard

Quittons le cinéma et l’animation pour retourner vers la littérature (bien qu’il y ait une adaptation cinéma) avec le livre pour enfant de Roald Dahl : intitulé “Fantastique Maître Renard” (1970). 

L’histoire du héros renard se déroule dans une vallée où vivent trois fermiers, Boggis, Bunce et Bean. Ces derniers essaient de tuer un renard qui vient rôder autour de chez eux à la tombée de la nuit pour leur voler poulets, canards, oies et dindes. Bean a repéré le terrier du renard et les trois fermiers lui tendent une embuscade. Ils déclenchent la fusillade lorsque le renard sort de son repaire la nuit tombée. Le renard leur échappe une fois de plus, non sans mal car les coups de fusil ont coupé sa queue. 

Pris au piège par les fermiers et leurs employés et manquant de mourir de faim au bout de trois jours, le renard et sa famille creusent un tunnel jusqu’au poulailler de Boggis et volent quelques poulets. Ils continuent en direction de l’entrepôt de Bunce et de la cave où Bean garde son cidre. Au cours de ces péripéties, ils rencontrent le blaireau et d’autres animaux en train de mourir de faim à cause du siège que les fermiers montent autour de la colline où se trouve le terrier. 

Une renard altruiste ?

Le renard, se sentant responsable de cette situation, invite les autres animaux à un banquet préparé grâce à ses chapardages. Maintenant que leur subsistance est assurée, tous décident de rester sous terre où ils ne sont plus soumis aux dangers de l’extérieur. 

Ici l’histoire et le comportement du renard subissent une évolution. D’abord conforme à son instinct de prédateur. Il se trouve assiégé mais son habilité lui permet de s’en sortir. Malgré tout il réalise que ses actions ont des conséquences néfastes sur les autres animaux. Le renard se fait altruiste et partage son butin tout en préservant ses compagnons des dangers extérieurs. Le renard se fait leader et protecteur. Loin donc de l’animal fourbe et égoïste dépeint par Esope et Jean de La Fontaine.  

L’histoire du renard dans la bande-dessinée : “De cape et de crocs” 

Dans la série de bandes-dessinées intitulées : De cape et de crocs scénarisées par Alain Ayroles et dessinées par Jean-Luc Masbou de 1995 à 2016. Le renard est un poète gascon du nom de Armand Raynal de Maupertuis. Gentilhomme, il se lance avec son ami le loup Don Lope de Villalobos y Sangrin dans une aventure épique à la quête d’un trésor. La référence au Roman de Renart est évidente à la différence que le loup et le renard sont ici amis. Là encore le renard est particulièrement en verve, les auteurs s’inspirent même des vers de Cyrano de Bergerac pour lui prêter ses répliques. 

Les aventures du renard dans les jeux-vidéo 

Nous avons ici évoqué l’histoire du renard dans le cinéma, la bande-dessinée et la littérature, aussi nous voulions parler du jeux-vidéo où il est aussi présent. L’exemple de la série de jeux vidéo “Star Fox” a comme personnage principal un renard anthropomorphique, pilote de vaisseaux spatiaux et leader de son équipe.  C’est un personnage habile et confiant dans ces compétences quitte à se montrer imprudent. Il est aussi loyal et protecteur envers ses compagnons. Fox McCloud a eu une grande popularité, preuve en est avec les 8 jeux sortis entre 1993 et 2016. Il est devenu une star de Nintendo. 

Le renard héros moderne ? 

Nous n’avons certes pas été exhaustif ici sur toutes les œuvres comprenant le renard dans notre époque contemporaine. Nous pouvons tout de même rapporter de grandes tendances dans l’histoire du renard. Une certaine continuité dans l’intelligence prêtée au canidé. La ruse évidemment est une constante. La fourberie et l’égoïsme aussi dans d’autres exemples. Si une certaine forme de sagesse apparaissait déjà chez Esope, elle se confirme nettement avec le renard d’Antoine de Saint-Exupéry.

Roald Dahl lui prête aussi de l’altruisme envers d’autres que sa propre famille. Il est un guide moral et aussi un éducateur. Il peut aussi se montrer romantique, un trait qui fait écho au véritable comportement animalier du renard. L’on sait que le couple de renard reste collé ensemble environ 30 minutes après l’acte. Aussi, le male et la femelle élèvent leurs petits au sein d’un terrier. Un comportement animalier qui a inspiré les poètes avec notamment la fable l’aigle et le renard. Un comportement qui est étonnement proche de celui des humains mais l’on touche ici à l’anthropomorphisme. 

Définitivement le renard a marqué les imaginaires et à garder sa constance à travers l’histoire. Comme le dit très bien Octave Feuillet : “La ruse supplée à la force : si on n’est pas lion, on se fait renard”. Une belle leçon donnée par le goupil. 

La longue histoire du renard : 

Nous avons tenté ici de dresser le portrait du renard à travers l’histoire. Dès l’Antiquité les grands traits du goupil ont été fixés par Esope. Celui d’un animal complexe au comportement ambivalent. Moins fort que l’ours, moins féroce que le loup, mais plus rusé que les deux. Il est l’ennemi de l’éleveur de poule et la proie des chasseurs. Source d’inspiration des poètes et des auteurs. Sa symbolique est riche et à travers lui ce sont nos propres comportements humains qui sont questionnés.

A la manière du Roman de Renart, il sert à la satire de la société. Son intelligence rusée fascine et les stratèges et généraux habiles n’ont pas manqué de s’identifier au renard. Son aspect espiègle et sa grâce dans ses mouvements ne pouvaient que lui offrir une place de choix parmi les animaux anthropomorphe des fables et récits.  Enfin, d’une façon plus psychologique, l’histoire montre que le renard incarne le séducteur en marge de la société. L’homme libre qui joue de son intelligence. Cette liberté enviée se faisant au prix de la solitude. En fin de compte, le renard est le marginal séduisant, ambivalent qui outrepasse le bien et le mal. Il est définitivement le “fripon divin” tel qu’il est défini par Carl Jung et Paul Radin.  

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