C’est là une découverte archéologique inattendue qui a été faite dans l’île danoise de Zealand. Deux archéologues amateurs ont mis au jour un petit portrait d’Alexandre le Grand datant d’environ 200 de notre-ère. Comment cet artefact a pu se retrouver dans cette région a priori distante du monde gréco-romain ?

La découverte du médaillon
Finn Ibsen et Lars Danielsen, deux amateurs d’archéologie, ont l’habitude de parcourir les terrains de l’île de Zealand avec leurs détecteurs de métaux, dans l’espoir de retrouver des vestiges du passé. Un jour ordinaire, alors qu’ils exploraient un champ près de Ringsted, le détecteur de Finn a émis un signal fort. Après avoir creusé, ils ont exhumé un médaillon en bronze, petit en taille, mais lourd de significations. Ce médaillon, mesurant entre 26 et 28 millimètres, et coulé dans un alliage de bronze contenant du plomb, porte une image frappante d’Alexandre le Grand, reconnaissable à ses cornes de bélier stylisées. Il s’agit d’un attribut associé au dieu Zeus Ammon que le conquérant macédonien avait adopté suite à sa visite à l’oracle de Siwa en Égypte.
Plusieurs hypothèses
L’ornement délicatement conçu suggère qu’il a pu servir de décoration sur un bouclier ou une ceinture, ce qui est typique de l’équipement militaire romain de l’époque. Cette découverte soulève bien des questions sur les interactions culturelles et les voies commerciales de l’époque. L’on sait que les liens entretenus entre Rome et les peuples habitants l’actuel Danemark remontent au bas mot au IIème siècle avant notre-ère. Notamment lorsque les Cimbres et Teutons ont quitté le Jutland pour menacer les frontières romaines. Une première rencontre militaire donc qui eut son épilogue avec la victoire des légions romaines en 101 av.J.-C.
Par la suite et d’une manière moins belliqueuse, le Danemark connaît l’influence greco-romaine par le truchement de la céramique méditerranéenne. Au Ier siècle av. J.-C., après une expansion progressive dans une grande partie du nord de l’Allemagne actuelle, le monde germanique emerge.
Des influences mutuelles
Les provinces romaines situées près du Danemark ont aussi entretenu des relations commerciales avec les peuples danois, comme en témoignent les pièces de monnaie romaine retrouvées dans le pays. Dès lors, et à la lumière de ce que l’on sait, la présence de cette médaille n’est pas si surprenante dans la mesure ou Alexandre le Grand d’une aura et d’une postérité singulière dans le monde gréco-romain. Il demeure un modèle politique et militaire pour les généraux et les empereurs.
Soulignons par ailleurs que la datation de la médaille coïncide avec le règne l’empereur Caracalla (211-217), connut pour son admiration profonde et quelque peu obsessionnelle envers Alexandre le Grand. Caracalla se voulait être l’émule du souverain macédonien et même revendiquer son héritage
L’on peut se dire que cette admiration de l’empereur a pu connaître un nouvel élan jusqu’en dans les aspects culturels et spirituels de l’empire et d’ailleurs.
Un objet protecteur ?
Les portraits en bronze, tels que celui mentionné, servaient peut-être d’amulettes ou de symboles de pouvoir. Les élites locales les adoptaient pour affirmer leur autorité. Ces portraits étaient censé canaliser les qualités du représenté (ici les qualités martiales d’Alexandre) vers celui qui les possédait.
Sous le règne de Caracalla, une bataille majeure eut lieu à Illerup Ådal, près de Skanderborg, où deux armées germaniques s’affrontèrent. Les épées, arcs, flèches, lances et boucliers restants furent offerts en sacrifice aux dieux et jetés dans un lac.
Lors des fouilles du lac, des boucliers ornés de disques décoratifs représentant des portraits de guerriers furent découverts. L’un de ces disques portait un portrait d’Alexandre le Grand, identique à celui de la monture nouvellement découverte.
Bilan
Cette trouvaille inattendue met en lumière la portée de l’influence d’Alexandre le Grand, bien au-delà des frontières de son empire. Les mondes de l’Antiquité étaient loin d’être cloisonnés. La figure d’Alexandre transcendant l’espace et le temps ouvre ainsi la porte à une histoire antique bien plus connectée que l’on pouvait le croire.
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