Les mésopotamiens ont bel et bien posé les bases de la civilisation, et qui dit civilisation implique l’usage de l’écriture. Une tablette d’argile, retrouvée dans les ruines de la cité antique d’Ur, témoigne même d’une plainte à l’endroit d’un marchand de cuivre. C’est à ce jour, la plus ancienne lettre de réclamation au monde. A l’évidence, les Mésopotamiens pouvaient aussi connaître des problèmes avec leur « service après vente ».

Un marchand de cuivre malhonnête ?

La tablette d’argile en question date donc de 3770 ans, et témoigne de la plainte d’un certain Nanni, ce dernier mettant en cause la mauvaise qualité du cuivre et le service déplorable du marchand Ea-nāṣir. Soupçonné d’être véreux, notre entrepreneur faisait commerce entre la Mésopotamie et Dilmun (région située dans le golfe persique, et importante route commerciale reliant la Mésopotamie et l’Indus). Le litige porte entre autres sur le manque de parole de Ea-nāṣir qui avait promis de livrer du cuivre de haute qualité, ce qui n’était pas le cas, selon les critères de Nanni qui envoya un premier homme faire état de sa plainte. Le marchand lui se contenta de répondre : « Si tu veux les prendre, prends-les ; si tu ne veux pas les prendre, va-t’en ! », tout en prenant finalement son argent. Nanni réclamait son argent en invoquant aussi son droit de refus mais, visiblement la conciliation et l’esprit commercant n’étaient pas le fort du marchand de cuivre.
Pas son premier mauvais coup ?
La tablette de Nanni n’est cependant pas la seule à témoigner des pratiques douteuses d’Ea-nāṣir. D’autres tablettes retrouvées dans sa maison à Ur montrent qu’il a eu des problèmes avec d’autres clients, en l’occurrence un homme du nom de Imgur-Sin demandant au fournisseur de métaux de « transférer du bon cuivre à Niga-Nanna […] afin que je ne sois pas contrarié ! »
Malheureusement, nous ne disposons pas de sources éclairant sur la réponse et les solutions données aux plaignants. Toujours est-il qu’il semble que Ea-nāṣir ait fini par faire faillite à cause de sa réputation ; du moins est-ce l’hypothèse des chercheurs de l’université du Michigan.
Un témoignage précieux faisant écho à notre époque
Ces tablettes sont des sources d’informations précieuses sur la production et l’échange des métaux dans le Proche-Orient ancien, ainsi que sur la vie de la classe marchande à l’âge du bronze. Comme l’explique l’archéologue australien Lloyd Weeks, ces documents témoignent de “réalités d’une économie ancienne en miniature”. Aussi le célèbre magasine Forbes a souligné que ces cas de malversations, de qualités médiocres des produits et de failles dans le service client font un écho avec notre propre époque. Enfin, notre époque moderne, s’est d’ailleurs saisie de l’histoire d’Ea-nāṣir et Nanni pour la détourner de façon humoristique sur Internet, devenant un mème populaire.
Cet article est tiré de celui publié sur www.geo.fr et intitulé : Cette tablette mésopotamienne est la plus ancienne lettre de réclamation au monde, vieille de près de quatre millénaires – Geo.fr



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