Histoire de la chaise électrique

L’imagination de l’Homme a été particulièrement prolifique en matière de méthodes d’exécution. La croix, le bucher, la guillotine, le pal ou encore la potence ne sont ici que quelques exemples de ces moyens. Parmi cette diversité, nous allons nous intéresser à un objet typique de la culture et de l’histoire américaine : la chaise électrique.   

Petite histoire de l’électricité 

Dès l’Antiquité, l’Homme a cherché à en apprendre plus sur cette forme d’énergie. Thalès de Milet, savant grec ayant vécu entre le VIIème et VI siècle av. J-C., découvrit l’électricité statique en frottant un morceau d’ambre avec un tissu et constaté que la pierre réussissait à attirer des petits objets légers comme de la paille. Il nomma ce phénomène l’êlektron.   

Il fallut attendre de nombreux siècles pour parvenir à comprendre la nature de l’électricité et surtout comment l’exploiter et la mettre au service de l’humanité. A la fin du XVIIème siècle la compréhension s’affina avec notamment Charles de Colomb, tandis que d’autres laissèrent leurs noms dans le jargon de l’électricité. Citons ici : Volta avec sa pile Voltaïque, André-Marie Ampère, Georges Ohm, ou encore Heinrich Rudolf Hertz. Aussi comment parler d’électricité sans évoquer Thomas Alvas Edison. Né à Milan (pas en Italie, mais dans l’Ohio) en 1847, Edison fut un scientifique de grand talent et un inventeur prolifique crédité de plus de mille brevets. Il fonda la General Electric Compagny et fit construire la première centrale électrique du monde. Par ses activités, il participa grandement à la seconde révolution industrielle. Enfin Thomas Edison, est fondamental pour notre sujet car il supervisa l’invention de la chaise électrique. 

Genèse.  

Indéniablement, la chaise électrique fait partie des objets caractéristiques de la culture américaine, même si ladite chaise a aussi été employée aux Philippines. Non sans une certaine correspondance avec la guillotine, ce nouvel instrument exécution naquit d’une réflexion pour une mise à mort rapide et sans douleur. Dés 1886, l’Etat de New-York plancha sur la question en cherchant une alternative à la pendaison.  

Cette recherche prend aussi place dans le contexte de : « la guerre des courants », soit la controverse technique et industrielle entre courant continu et alternatif. C’est à ce point ci que l’on retrouve Thomas Edison, partisan du courant continu. Si l’inventeur a bien le mérite d’être le premier à avoir proposé un réseau de distribution électrique, celui-ci vit immanquablement la concurrence arriver en la personne de George Westinghouse, par ailleurs un ami de Nikolas Tesla. Edison cherchait à discréditer les partisans du courant alternatif en montrant sa dangerosité. Pour ce faire, il entreprit une campagne de dénigrement composée, entre autres, de fausses informations, et d’électrocutions d’animaux en public. L’inventeur et industriel était opposé à la peine capitale, mais poussé par son désir d’invalider le courant alternatif, il chargea un ingénieur électricien du nom de Harold P. Brown et un dentiste, Alfred Southwick de fabriquer la première chaise électrique.  

Un premier fiasco.  

Le 6 aout 1890, William Keller condamné à mort pour avoir tué sa femme sous l’empire de l’alcool, rentra dans la postérité pour être le premier à passer sur la chaise électrique. Et tout ne s’est pas passé comme prévu. Malgré un premier test exercé sur un cheval. Keller, sanglé sur la chaise et relié à des électrodes subit une première décharge de 1 000 volts en courant alternatif, c’était censée lui faire perdre conscience et provoquer un arrêt cardiaque mais ce fut un échec. L’homme était encore en vie. Le médecin sur les lieux préconisa de redémarrer le courant le plus rapidement possible, mais le générateur prenait du temps à se recharger.

Quand la seconde décharge survint, une vision horrifique se déroula sous les yeux des témoins et des journalistes présents. Pendant huit longues minutes, les vaisseaux sanguins de Kemmler explosèrent les uns après les autres, de la fumée s’échappait des électrodes et de l’ensemble du corps du condamné, enfin les témoins soulignèrent l’odeur insoutenable. A ce stade, les plus cinéphiles penseront éventuellement au film « la Ligne verte » dans lequel l’un des gardiens ne mouille pas l’éponge placée entre l’électrode et le crane du condamné, ce qui conduit à une scène d’électrocution à la fois spectaculaire et macabre. 

La chaise électrique se diffuse malgré tout

George Westinghouse, le partisan du courant alternatif, déclara : « qu’ils auraient mieux fait de s’y prendre avec une hache ». Dans un sens et même si tout ne s’est pas passé comme prévu, Edison avait réussi sa démonstration de la dangerosité du courant alternatif.  

Pour ce qui était de la volonté de créer une méthode d’exécution rapide et sans douleur, respectueuse de la dignité humaine, force est de constater que ce galop d’essai, fut un échec cuisant (sans faire de jeux de mots douteux). Malgré cela, la chaise continua à être utilisé dans l’Etat de New York et se diffusa meme aux Etats de l’Ohio, du Massachusetts, du New-Jersey, de la Caroline du Nord et du Sud, de la Virginie, et du Kentucky. En 1916, la chaise électrique était devenue la méthode d’exécution la plus employée aux États-Unis.

C’est à partir de 1982, que son utilisation commença à s’essouffler en raison des nombreux échecs provoquant parfois une longue et cruelle agonie. Jusqu’à nos jours, 4441 individus furent exécutés (dont 27 femmes et 57 mineurs), le plus jeune d’entre eux Georges Stinney, un afro-américain n’avait que 14 ans quand il fut exécuté le 16 juin 1944. De nos jours, elle reste une méthode d’exécution secondaire au choix du prisonnier, sauf dans les Etats du Tennesse et de Caroline du Sud ou elle est de facto utilisée si les produits pour l’injection létale de sont pas disponibles.

Bilan

Parler de la chaise électrique, c’est évidemment parler de la peine de mort et c’est une question qui relève des convictions de chacun sur la question. L’évolution de L’Histoire tend à refréner l’emploi de la peine capitale. Les Etats-Unis, eux entretiennent un rapport complexe sur la question. Selon un sondage réalisé en juin dernier par le Pew Research Center, un institut de recherche spécialisé dans les enquêtes d’opinion liées aux sujets de société outre-Atlantique, 60% des Américains se disent toujours favorables à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables de meurtre par la justice.

Big electric chair, Andy Warhol

La chaise électrique, mettant la technique et la modernité pour épargner des souffrances et sauvegarder la dignité du condamné fut un échec. A l’image de la guillotine ou de la potence, la chaise s’intègre aussi dans une « justice spectaculaire » qui met volontairement en scène l’exécution finale de la justice. Enfin c’est bien un élément important de la culture et de la mentalité américaine au sujet de la difficile question de la peine de mort.

Aussi pouvons-nous terminer avec les mots de Serge Gainsbourg qui disait : « Si le Christ était mort sur une chaise électrique, tous les petits chrétiens porteraient une petite chaise en or autour du cou.  

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