Le règne d’Antiochos III entre 227 et 187 av. J.-C. fut le plus long et aussi le mieux documenté de l’histoire des Séleucides. Sa politique expansionniste et impérialiste le fit ressembler à un nouvel Alexandre le Grand. En vainquant les éternels rivaux Lagides en Syrie et les Attalides en Asie Mineure, il porta son royaume à son extension maximale. Hélas pour le Grand Roi, son rêve d’empire se heurta à Rome et finit par devenir le « chant du cygne » du monde hellénistique.


Une accession au trône mouvementée
Les conflits de succession étaient loin d’être rares au sein des monarchies hellénistiques. Entre assassinat, et guerres civiles l’arrivée sur le trône d’Antiochos III n’échappa non plus à la règle. Tout commença donc par un meurtre, celui de son frère Séleucos III en 222. En réaction, l’armée décida de proposer la couronne au général Achaïos qui refusa pour prendre la tête des territoires d’Anatolie. De son coté, le satrape de Médie, Molon fut nommé pour gouverner les satrapies orientales. Celui-ci, jaloux de l’influence du vizir Hermias, finit par se révolter contre Antiochos. Il fallut l’intervention directe du monarque pour résoudre la crise. Profitant de l’éloignement du roi, Achaïos revint sur ses résolutions en se proclamant souverain de ses possessions en 220 – nous y reviendrons plus tard. Parallèlement, Antiochos devait aussi faire face aux Lagides durant la quatrième guerre de Syrie entre 219 et 217.
Âgée de 20 ans, lors de sa prise de pouvoir, Antiochos eut d’abord du mal à s’affirmer. Il parvint toutefois à juguler les menaces contre l’intégrité du royaume, en menant de front les querelles internes autant que la guerre contre les Lagides. Enfin, il fit place nette dans son entourage en se débarrassant notamment de l’ambitieux et impopulaire Hermias exécuté en 220. L’ambition d’Antiochos de rétablir l’empire tel qu’il était à l’époque de son ancêtre Séleucos Ier pouvait se concrétiser.
Raphia et la campagne contre Achaïos
Antiochos III entretint une activité militaire soutenue tout au long de son règne. Si les débuts furent marqués par des succès, l’échec en 217 lors de la bataille de Raphia (actuelle Palestine) contre Ptolémée IV, roi d’Égypte a porté un coup dur au monarque séleucide et la Coelé-Syrie restait sous le contrôle des Lagides.
Cet échec compromettait le prestige naissant d’Antiochos. A l’époque hellénistique, l’expression du pouvoir royal et surtout la légitimité de celui-ci se basait, pour une grande partie, sur la victoire militaire. Le roi devait être un guerrier et surtout un guerrier victorieux. Antiochos se devait donc de réaffirmer son autorité par une campagne à l’issue victorieuse. Achaïos, le roi autoproclamé des territoires d’Anatolie – et accessoirement cousin d’Antiochos – était la cible toute désignée. C’est donc en 216, à peine remis de la défaite à Raphia qu’Antiochos passa le Taurus tout en concluant une alliance avec Attale Ier, roi de Pergame.


La campagne dura quatre ans. De ces années, nos sources sont relativement maigres et proviennent de deux fragments de Polybe. Les combats furent essentiellement concentrés autour de Sardes qui tomba en 215. Achaïos resta enfermé dans l’imprenable acropole de la ville, mais finit par être trahi, capturé et mis à mort en 213. Sur la réorganisation de l’Asie Mineure, les fragments de Polybe ne nous renseignent guère. Le rétablissement de l’autorité séleucide dans ces territoires restait partiel, mais l’essentiel était fait. La sédition était neutralisée, et le prestige militaire du roi rénové, désormais Antiochos pouvait se consacrer sans entrave à son projet de reconquête des satrapies orientales.
L’Anabase d’Antiochos
A l’origine, une anabase (littéralement une ascension) désigne une longue expédition militaire menée vers le haut-pays. Ce fut le titre de l’œuvre de Xenophon relatant l’expédition des dix mille mercenaires grecs dans les terres de l’empire perse. Outre la réaffirmation de son autorité sur ces territoires orientaux, Antiochos reproduisait le parcours d’Alexandre le Grand et ainsi capter l’aura du conquérant.


Ce long périple débuta donc en 212 pour durer jusqu’en 205. Les objectifs étaient les suivants : réaffirmer l’autorité séleucide sur les satrapies de Médie, d’Arie, de Bactriane, de Sogdiane, de Drangiane et de Margiane, lutter contre l’expansion des Parthes et enfin réprimer la sécession du royaume gréco-bactrien.
Aux enjeux politiques s’entremêlaient des buts économiques. A savoir faire revenir le tribut payé par les satrapies, rétablir les routes commerciales et faire du butin.
En ce qui concerne son armée, Antiochos parvient à former un effectif considérable. Justin parle, sans doute en exagérant, de 100 000 hommes et de 20 000 cavaliers.
L’Arménie
La première étape commença par l’Arménie, État-client du royaume séleucide qui avait cessé de payer le tribut. Après quelques velléités de résistance, le souverain arménien Xerxès traita. Il paya les arriérés du tribut et prit en épousailles Antiochis, une sœur d’Antiochos. Si l’alliance matrimoniale pouvait représenter une garantie de fidélité, mieux valait être prudent en rajoutant deux stratèges dans le gouvernement du royaume.
La Médie
Fin 211, Antiochos et son armée se rendirent vers la Médie pour y préparer l’expédition contre les Parthes et le royaume gréco-bactrien.
Ces préparatifs furent contrariés par un problème de poids, surtout en temps de guerre : celui des finances. Le paiement des arriérés de tribut de l’Arménie avait certes servi pendant un temps ; mais il fallait trouver une autre solution et prélever de l’argent là où il y en avait. A savoir, dans un sanctuaire dédié à Anaïtis déesse iranienne de la fécondité. Un expédient peu judicieux d’un point de vue politique. Spolier un site religieux était la meilleure facon de froisser les populations indigènes ; mais la nécessité fit loi et le pragmatisme financier l’emporta sur les considérations religieuses et culturelles. Avec les 4000 talents de métal précieux récoltés (un talent équivaux à environ 26 kilos) le roi pouvait largement financer ses nouveaux préparatifs militaires. Dernier point important sur cette période de l’Anabase, Antiochos associa son jeune fils à la royauté, préparant ainsi sa succession dans le cas où le monarque viendrait à disparaître en Orient.
Les Parthes
Au début de 209, le souverain séleucide entama sa campagne contre les Parthes. La progression fut relativement simple jusqu’à Hécatompyles. Arsace II, vraisemblablement surpris de cette avancée se replia dans les montagnes d’Hyrcanie, où la progression des armées séleucides se fit plus pénible. La ville de Sirynx tomba ce qui amena le roi parthe à traiter. Nos sources, Polybe et Justin ne précisent guère les conditions du traité, néanmoins la pénétration parthe au sud des chaînes caspiennes avait été refoulée et la grande route commerciale reliant l’Occident et les grandes satrapies de l’Extrême-Orient (Margiane, Arie, Bactriane) était rouverte.
La route de l’est était désormais ouverte pour mener la guerre contre Euthydème roi de Bactriane.
La guerre contre Euthydème
En 208, un premier engagement entre Gréco-Bactriens et Séleucides eut lieu sur l’Arios (Actuelle rivière Hari). Malgré une cavalerie nombreuse de 10 000 hommes, recrutée parmi les populations locales. Euthydème se replia suite à un passage surprise d’Antiochos. Un épisode rappelant d’une certaine manière, les batailles d’Alexandre le Grand, en particulier celle de l’Hydaspe ( rivière du Pakistan) où les armées respectives du conquérant et du roi Poros se tenaient respectivement sur chaque rives. Alexandre avait pu surprendre son ennemi par des diversions et faire passer son armée. Mais revenons à la campagne bactrienne et à Euthydème qui se replia donc à Bactres (actuelle Balkh dans le nord de l’Afghanistan). Le siège qui suivit dura deux ans et fut, selon Polybe, un des plus fameux de l’histoire (voir Polybe XXIX, 12, 8). Deux années au bout desquelles il fallut traiter. Les négociations se firent sur un pied d’égalité, les deux camps étant dans une impasse. Le roi gréco-bactrien se montra habile en argumentant sur la menace représentée par les nomades du nord. Cette tache défensive, Antiochos n’était pas en mesure de l’effectuer, dés lors mieux valait utiliser la Bactriane comme une sorte d’État tampons et lui laisser son indépendance. Une alliance fut toutefois conclue à travers la promesse d’un mariage entre Démétrios fils d’Euthydème et une des filles d’Antiochos. On ignore cependant si ce mariage eut lieu.
Pour Euthydème, la résolution était avantageuse, il gardait son indépendance et son trône. Du coté d’Antiochos, l’objectif de ramener le royaume gréco-bactrien au rang de satrapies avait du être revu. C’était une politique réaliste qui tenant compte des réalités de ces régions lointaines. Anachroniquement et de notre point de vue moderne on pourrait-dire qu’Antiochos a fait de la realpolitik.
L’Inde
En 206, Antiochos continua sa marche à l’imitation d’Alexandre le Grand en marchant vers l’Inde. En réalité, cette « campagne » fut plutôt une promenade militaire teintée de visites diplomatiques. Le roi franchit l’Hindou-Koush, descendit dans l’Inde, et rencontra le roi Sophagasénos – qui tenait du dynaste local, vraisemblablement sans liens avec la dynastie des Maurya. Incapable de s’opposer à Antiochos, il consentit à ravitailler l’armée séleucide, à livrer des éléphants et enfin à payer une forte somme. Les amitiés furent renouvelées et Antiochos ne s’attarda pas plus longtemps. Il est clair que cette campagne indienne fut bien moins intense que celle menée par Alexandre le Grand.
Retour et passage par le golfe persique (206-204)
Antiochos reprit la route de l’Occident, cette fois par l’Iran méridional en passant par l’Arachosie, la Drangriane, et la Carmanie où il hiverna. Là encore, les sources qui nous sont parvenues en l’occurrence Polybe sont assez peu dissertes sur les détails de cette période. Nous retrouvons ensuite le roi séleucide en 205 pour une expédition en Arabie. Une chose qu’Alexandre n’a pu mener. Non seulement Antiochos se plaçait dans les pas du conquérant macédonien ; mais aussi comme son continuateur. Il parvint à Gherra sur la cote ouest du golfe arabique. C’était à l’époque un important carrefour commercial à la fois maritime et caravanier entre l’Océan indien et les États hellénistiques. Ce commerce profitait d’ailleurs plus aux Lagides qu’aux Séleucides et ces derniers demandèrent aux Gherréens de mieux répartir les profits. Finalement, il n’y eut pas de traité d’alliance formel entre les deux partis, Gherra demanda à ce que sa liberté soit préservée, en échange Antiochos obtint une compensation de 100 talents d’argent, 1000 tonnes d’encens, 200 tonnes de myrrhe. L’Anabase était achevée.
Bilan de l’Anabase
Cette longue expédition de sept années a rapporté un immense prestige à Antiochos qui avait marché dans les pas d’Alexandre. De fait, recut reçut l’épithète « ho mégas » (le Grand). Notre source, Polybe se montre élogieux sur cette entreprise « il consolida le royaume, ayant stupéfié tous ses sujets pas son audace et son inlassable activité. C’est en effet cette expédition qui le fit apparaître digne de la royauté non seulement aux Asiatiques, mais encore aux Européens.» Un constat qu’il faut nuancer. Que ce soit sur la campagne d’Arménie, ou celles contre les Parthes les Bactriane, Antiochos ne put restaurer totalement l’autorité séleucide. Tout au plus parvint-il à des compromis avec ses adversaires considérés désormais comme « vassaux ». Un état de fait appuyé par l’adoption par Antiochos du titre de « Grand Roi » (Basileus Megas). Originellement dédié aux rois achéménides, le séleucide soulignait ainsi sa supériorité par rapport aux autres souverains dont il ne put, paradoxalement, contester l’autorité. Il restait que l’Anabase permit de rouvrir les échanges commerciaux entre Occident et Orient, tandis que la circulation monétaire permise par les pillages et le paiement des tributs s’intensifiait. Enfin, les lendemains de l’Anabase virent aussi apparaître un culte officiel de la personne royale. C’était là une rupture par rapport à ses prédécesseurs qui eux ne recevaient de culte que de la part des communautés grecques réceptives. Désormais ce culte devait se faire dans tout l’empire et était délivré par des grandes prêtresses. En associant la divinité à sa propre personnalité, le roi entendait se présenter comme une divinité tutélaire et protectrice, désormais apte à renforcer et fédérer des peuples aux cultures variés.
Intervention en Anatolie (204-203) et cinquième guerre de Syrie (202-200)
L’absence prolongée d’Antiochos n’avait pas été sans créer des remous en Asie Mineure. Le roi devait à nouveau y faire acte de présence. De plus, une opportunité s’ouvrait avec la mort prématurée de Ptolémée IV et la montée sur le trône de son fils Ptolémée V âgé de seulement cinq ans, de surcroît manipulé par ses ministres. C’était donc l’occasion de disputer les possessions lagides en Asie Mineure. Un inscription de mai 203, nous apprend qu’une petite ville de Carie, Amyzôn, rompit avec Alexandrie, pour passer sous la tutelle des Séleucides. D’autres suivirent, notamment Mylasa. Antiochos poussa ainsi jusqu’à Téos en Ionie. C’était la première étape d’un plan visant à porter des coups plus durs à l’Égypte.


En 202, profitant de la situation proche de l’anarchie de l’Égypte et des régences passant d’un ministre à l’autre, Antiochos organisa l’invasion de la Cœlé-Syrie. Il trouva un allié en la personne du roi de Macédoine Philippe V. Ce dernier avait aussi été courtisé par les ambassadeurs égyptiens. Cependant un jeu de dupe s’organisa, Philippe V joua sur les deux tableaux en visant aussi les territoires lagides en Asie Mineure. Dans un sens le souverain macédonien faisait monter les enchères du dépeçage programmé de l’Égypte du jeune Ptolémée V et s’allia finalement avec Antiochos.

L’échec de Raphia fut vengé, le roi Séleucide s’empara de la Cœlé-Syrie et même de la Samarie et de Jérusalem, grâce à la victoire décisive lors de la bataille de Panion près du Jourdain. L’avantage ne fut pas poussé jusqu’à l’Égypte elle-même. Par ailleurs, une puissance montante Rome s’inséra dans les affaires hellénistiques. Les ambassadeurs romains proposaient une médiation, et demandaient de ne pas envahir l’Égypte, pays à l’importance capitale pour le ravitaillement en blé. Aussi Rome ne voulait pas que Philippe V ancien allié de Hannibal Barca lors de la deuxième guerre punique ne face cause commune avec Antiochos. Finalement, l’Égypte traita. Antiochos avait tenu ses objectifs, mais ses ambitions territoriales n’étaient pas encore assouvies.
Les Séleucides versus Rome
La deuxième guerre punique (218-202 av.J.C) et la première guerre macédonienne menée contre Philippe V avaient mené Rome à s’impliquer à une échelle « internationale » à travers des protectorats – l’Illyrie menacée par Philippe V en était un – et en répondant aux demandes d’autres États grecs. Ainsi Rhodes et Pergame inquiètes des menées Macédoniennes en Asie Mineure demandèrent de l’aide aux Romains qui se posaient de plus en plus comme les arbitres des querelles du monde hellénistique. Une deuxième guerre macédonienne fut déclenchée en 200, un conflit qui tourna en défaveur de Philippe à la bataille de Cynocéphales en juin 197 av J.-C.


Du fait, des déboires macédoniens, Antiochos IV en profita pour atteindre l’Hellespont et occuper les détroits. Il soumit les cités grecques autonomes (Abydos). Éphèse devint sa base navale en mer Égée. En 196, le Séleucide passa en Thrace avec des forces importantes et profita des jeux isthmiques pour envoyer une ambassade diplomatique. Les Romains se montrèrent fermes sur leur ligne politique en défendant à Antiochos de s’en prendre aux cités grecques d’Asie Mineure et d’Europe. Les échanges diplomatiques entre les deux puissances se poursuivirent à Lysimacheia en Thrace. Antiochos fut invité à évacuer les places qu’il avait prise à Ptolémée. Ce à quoi il répondit que les affaires d’Asie ne regardaient pas plus les Romains, que les affaires d’Italie ne le regardaient lui-même. La conférence n’aboutit donc à rien ; sinon à ce que les deux adversaires se jaugent.
Antiochos regagna sa capitale Antioche en laissant son fils Séleucos à la tête des forces militaires de Thrace. Sur le trajet le roi essaya bien de s’emparer de Chypre ; mais sa flotte avait été diminuée par une tempête et il dut renoncer à son entreprise.
En 195, Antiochos tendit un peu plus ses relations avec Rome en accueillant Hannibal, le général carthaginois qui avait tant fait souffrir les Romains lors de la deuxième guerre punique. Suite à ce mauvais message diplomatique, les contacts furent rompus et ne purent reprendre qu’au début 193. Antiochos envoya une ambassade aux Romains, cependant ce fragile équilibre ne tarda pas être compromis par les affaires internes de la Grèce.
La Ligue étolienne se sentant lésée suite à la fin de la deuxième guerre macédonienne décida de monter une coalition dirigée contre Rome. L’engrenage se mit en marche, quand la Ligue vint chercher l’aide du Séleucide. La prise de Démétrias en Thessalie fournit un argument aux Étoliens qui annonçaient que les armées séleucides pouvaient disposer de la ville comme d’une base de débarquement. D’autre part, il était assuré que les Étoliens avaient obtenu des Grecs une grande popularité en faveur d’Antiochos. Se dérober aurait donc entamé ce capital, et le roi débarqua en Thessalie en octobre 192, dans la ville de Démétrias avec une force relativement réduite d’environ 10 000 hommes et à peine six éléphants. Les Etoliens furent déçus de ce faible contingent ; d’autant plus que le ralliement promis des autres cités grecques était rare. Plus inquiétant pour la suite de la campagne, la Ligue achéenne regroupant les cités du Péloponnèse rejoignit Rome.
Si le contexte n’était pas véritablement en faveur d’Antiochos et de ses alliés, les débuts du conflit furent à leur avantage avec, notamment la prise de Chalcis en Eubée. A partir de 192, les événements se renversèrent avec l’arrivée des premiers renforts romains venant d’Illyrie, bientôt suivis au début 191 par 20 000 soldats supplémentaires. Un aide fut aussi fournis aux Romains par Philippe V. L’ennemi passé se trouvait contraint par traité ; mais aussi intéressé par l’idée de reprendre ses territoires de Thessalie. A partir de là tout va de mal en pis pour le roi séleucide et les Étoliens. Ils furent refoulés de la Thessalie, et l’Athamanie fut envahie. Antiochos et ses hommes étaient isolés et conscients de ne pouvoir combattre en plaine. Le choix stratégique du roi fut alors de tenter de barrer l’accès de la Grèce centrale aux Thermopyles à l’image de Léonidas et des Spartiates face aux Perses en 480. Le déroulement de la bataille et son issue ne furent pas si différents de l’épisode de la deuxième guerre médique. Les forces romaines attaquaient les retranchements d’Antiochos, tandis qu’une coalition secondaire parvint à surprendre les Étoliens chargés de défendre les cols. Le Séleucide, comme Léonidas fut pris à revers ; mais à la différence des valeureux 300 Spartiates, il n’y eut pas de défense héroïque, le meilleur qualificatif serait plutôt une débâcle. Finalement Antiochos ne parvint qu’à ramener 500 de ses hommes à Chalcis et à rembarquer pour l’Asie fin avril 191.
Le corps expéditionnaire –ou plutôt ce qu’il en restait – d’Antiochos rembarqué, il restait aux Romains à régler la question étolienne tout en tachant de ménager les ambitions territoriales des Achéens et surtout des Macédoniens. Après la chute d’Héraclée en Malide, une tentative de paix fut bien adressée ; mais la question de la deditio, soit une capitulation pure et simple exigée des Romains fut rejetée par les Étoliens. Les légions dirigées par le consul Acilius Glabrio assiégèrent Naupacte et de son coté Philippe V en profita pour prendre Démetrias, et d’autres places de Thessalie (Perrhébie, Dolopie). Des menées déplaisantes pour Rome qui craignait de voir perdre les bénéfices de la deuxième guerre macédonienne. Occupés face aux Étoliens, les Romains ne pouvaient que laisser faire. La Ligue achéenne en profita aussi dans le Péloponnèse où Elis et Messène échappaient à la confédération. Une situation finalement réglée par l’arbitrage du Romain Flaminius qui incita les deux cités à rejoindre la Ligue achéenne. Le dernier point territorial concernait l’ile de Zacynthe. Le gouverneur de l’île en question jugea bon de la vendre aux Achéens, in fine les Romains, parvinrent à obtenir d’en faire une base.

Le siège de Naupacte piétinait, Flaminius convainquit Acilius de délaisser cette opération peu fructueuse pour se tourner vers Antiochos. Une trêve fut conclue et les Étoliens envoyèrent une ambassade à Rome en 191. Une trêve était obtenue. L’année suivante, la guerre reprit, en cause les Étoliens qui avaient rejeté les conditions du Sénat. Cette fois d’autres acteurs romains, et non des moindres, intervinrent dans la situation : Scipion l’Africain et son frère Lucius Cornélius Scipion. En vérité, l’intervention des Scipion dans le conflit avec l’Etolie ne représentait qu’un préalable au conflit à venir contre Antiochos. Jugeant le conflit étolien dépassé, un armistice fut conclue par l’entremise des deux membre de la puissante famille romaine.
Après la défaite des Thermopyles, les forces séleucides avaient dû livrer bataille à la fois sur mer et sur terre contre les forces réunis de Rome, de Pergame, et de Rhodes. Antiochos rejoignit son fils Séleucos qui assiégeait Pergame. Malheureusement pour eux, la cité restait imprenable et dans le même temps, le roi savait que les Romains se préparaient à passer en Asie. Encore une fois, la diplomatie avec Rome se mit en place ; avec le même insuccès qu’auparavant pour les deux parties.
La maîtrise de la mer Égée était capitale pour la suite des opérations. Deux batailles navales en décidèrent. Une première en août 190 à Sidé en Pamphylie, les Rhodiens battaient une flotte séleucide conduite par Hannibal en personne. Une deuxième en septembre où les coalisés détruisirent la flotte séleucide à Myonnèsos. Ces défaites poussèrent à évacuer la Thrace et sa base de Lysimacheia tomba entre les mains des Scipions. La suite de la guerre se jouerait donc sur terre.
Les armées romaines purent passer en Asie et opérer la jonction avec les forces alliées de Pergame. Là encore en cette fin 190, Antiochos souhaita éviter la décision militaire tout en essayant de gagner du temps pour ses préparatifs, en envoyant une ambassade à l’état-major consulaire. Les propositions du roi étaient les suivantes : la renonciation des possessions de Thrace, et sur les cités grecques d’Asie mineure, enfin il offrait aux Romains de payer la moitié de leurs dépenses militaire. Au fond, c’était des concessions importantes de la part d’Antiochos ; mais les Romains ont surenchéri en exigeant le paiement de la totalité des frais et que l’Asie Mineure soit évacuée jusqu’à l’ouest du Taurus. Des conditions exorbitantes pour Antiochos qui eut toutefois un aperçu de ce qui l’attendait en cas de défaite. Longtemps différée, le temps de la bataille décisive, entre les deux puissances était arrivé.
La bataille de Magnésie du Sipyle
Ce sont deux armées aux antipodes qui se rencontraient. A l’image de l’empire séleucide et de Rome. Les Romains disposaient de 30 000 hommes, les quatre légions qui en constituaient le noyau dur lui conféraient l’homogénéité qui faisait défaut à l’armée séleucide. De plus, il s’agissait en grande partie de vétérans, aptes à compenser leur infériorité numérique face à la vaste armée d’Antiochos composée de 72 000 hommes venus de toutes les parties de l’empire. Une force impressionnante, certes mais hétérogène et formée par des recrues fraîchement levées. La puissance de cette armée reposait dans sa cavalerie (cataphractaires), des chars à faux et enfin 64 éléphants. Jugeant bon de miser sur sa supériorité numérique permettant un encerclement de son ennemi romain, Antiochos put faire le choix du terrain, et parvint à attirer les Romains à Magnésie du Sipyle sur l’Hermos (aujourd’hui la rivière Gediz). Ce fut Antiochos qui déclara les hostilités. Le roi et ses cavaliers avaient réussi à enfoncer l’aile gauche romaine, mais il commit la même faute tactique qu’à Raphia en préférant foncer sur le camp romain. Au centre les phalangistes séleucides dominaient la situation sur les hastati (infanterie légère en première ligne) qui se replièrent. Pour les Romains, la situation était compliqué. Pourtant Eumène roi de Pergame et Domitius Ahenobarbus tinrent bon en formant un carré défensif et en harcelant les phalanges à l’aide de projectiles. Dans le même temps, la cavalerie romaine placée à l’aile droite fit une manœuvre d’enveloppement sur la gauche séleucide. De son coté, Antiochos se trouvait stoppé devant le camp romain où des auxiliaires macédoniens et Thraces s’étaient remobilisés pour mener une contre attaque.
Eumène et les Romains varièrent leur tactique en décidant de concentrer les tirs sur les éléphants, ceux-ci affolés et blessés ont alors semé le désordre dans les phalanges séleucides. Ce qui offrit l’ouverture aux légionnaires pour attaquer. Antiochos refoulé du camp romain revint au centre de son armée ; mais ne put que constater la situation catastrophique. Les combats se poursuivirent jusqu’aux portes du camp séleucide qui se trouva pillé par la même occasion. Pour Antiochos et son armée, c’était une débâcle et les pertes furent très lourdes. Appien parle de 50 000 tués, ce qui apparaît comme disproportionné. Antiochos n’eut d’autre choix que de se retirer à l’intérieur de son empire et de traiter.
La recherche de la paix
Pour négocier la paix, Antiochos envoya Zeuxis, le stratège général des provinces anatolienne, ainsi qu’Antipatros cousin du roi. Les pourparlers se déroulèrent à Sardes au début 189. Les conditions romaines à la paix ne variaient pas : renonciation à la Thrace, évacuation totale de l’Asie Mineure jusqu’au Taurus et paiement d’une indemnité de 15 000 talents d’or et enfin la livraison de vingt otages – dont le fils d’Antiochos, et évidemment Hannibal. La rencontre à Sardes permit la paix. En 189, un deuxième traité : la paix d’Apamée fixa définitivement les conditions. Antiochos consentait aux conditions des Romains : la frontière occidentale fut fixée au Taurus, le paiement de l’indemnité , la livraison des otages (à l’exception d’Hannibal qui parvint à s’enfuir). Enfin le traité comportait aussi la limitation des moyens militaires des Séleucides. Les Romains eux préférèrent « redistribuer » le territoires Anatoliens à leurs alliés Pergaméniens et Rhodiens. Les ambitions séleucides sur l’ouest étaient ainsi empêchées, l’empire se restreignait à l’Asie. Rome confirmait son statut de nouvelle puissance et d’arbitre des querelles du monde hellénistique en vainquant l’empire séleucide et en redéfinissant les frontières.
Le règne d’Antiochos fut ponctuée par des campagnes incessantes, des grandes victoires ; mais aussi des défaites. Une belle fin pour un tel roi aurait pu se produire sur le champ de bataille ; mais l’histoire peut se montrer cruelle et sa mort fut à vrai dire assez piteuse. C’est en Elymaide que le Grand Roi connut sa fin. Confronté aux difficultés financières causées par l’indemnité demandée par Rome, Antiochos eut l’idée de réitérer son « exploit » d’Ecbatane en pillant un sanctuaire sacré. Naturellement, ce qui devait arriva, la population fut indignée et se rebella. Il fut tué la nuit de 187 comme un « vulgaire bandit » pour reprendre les mots d’Édouard Will.
Conclusion
Antiochos III avait eu un but, restaurer l’empire séleucide tel qu’il fut à l’époque de son ancêtre Séleucos. Il y parvint en partie, en renouvellement son autorité sur les satrapies orientales bien que le royaume bactrien garda son indépendance, et que les Parthes ne furent que partiellement repoussés. L’Anabase apporta un grand prestige à Antiochos qui par là même revêtait l’épithète de ho mégas. En voulant restaurer la gloire du royaume de ses ancêtres ; il en précipita la chute par ses heurts face à Rome. On pourrait donc dire que le règne d’Antiochos III fut le chant du cygne des Séleucides et par extension, de l’époque hellénistique.
Bibliographie :
E. Will, histoire politique du monde hellénistique (323-30. av. J.-C.). Editions du Seuil. 2003.
L. Martinez-Sève, M. Benoit-Guyod, Atlas du monde hellénistique (336-31 av. J.-C.), Edtions Autrement, 2011.
Sources antiques :
Appien, Guerres de Syrie
Polybe, Histoires
Tite Live, Histoires romain



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